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haïti

  • Que reste-t-il de Port-au-Prince ?

    Port-au-Prince

    Que reste-t-il de Port-au-Prince? Avant même que le séisme terrifiant d'hier ne se déclenche, n'importe quel visiteur était tenté de se demander comment une telle ville pouvait tenir debout. Et même, comment une telle société, tout simplement, pouvait continuer de vivre. Inégalités effarantes, misère absolue, violences constantes, corruptions de toutes sortes. Une humanité à l'abandon. Le blogueur était allé en Haïti il y a une quinzaine d'années avec une délégation de Reporters sans frontières. Il en était revenu avec l'impression d'avoir connu le pire endroit de la planète, la ville la plus rongée par tous les maux sanitaires, sociaux, politiques, etc. Il avait eu une seule fois, auparavant, l'occasion d'éprouver un sentiment d'une même intensité, c'était lors d'un séjour dans la bande de Gaza. La situation d'Haïti lui était apparue comme ne pouvant empirer. Erreur: il fallait que l'horreur s'ajoute à l'horreur, la catastrophe naturelle aux catastrophes dont l'homme est responsable. Haïti n'avait donc pas atteint le fond du malheur et il y aurait ce pire s'ajoutant au pire. Qui de nous peut s'empêcher ce soir de deviner et d'être hanté: la peur, les larmes, le désespoir d'une ville qui semblait en ruine avant même que de s'effondrer. Que dire qui ne soit dérisoire? Il y avait, avant, une chose qui sauvait ce peuple: l'humour et la gaieté, comme un défi. Le ciel est tombé sur leur joie.
                                                                     Bruno Frappat
    source : blogfrappat.la-croix.com

  • N'oubliez pas Haïti

    Témoignage de Bernard Collignon, Frère des Ecoles Chrétiennes. Présent depuis 2003 à Haïti, Bernard Collignon nous livre ici son témoignage sur la situation dramatique que traverse le pays depuis le tremblement de terre de mardi 12 janvier.


    Chers amis,

     

    Je reviens de faire un tour au centre ville de Port-au-Prince. Ce que l’on peut voir est inimaginable : des foules, des milliers de personnes errant dans les rues allant on ne sait où avec un petit baluchon. Des cadavres en décomposition partout, isolés ou en tas. Maintenant, ils sont recouverts mais on en a encore vu dans les décombres juste au bord de la route. Cet après-midi, j’ai vu quelque chose d’insupportable : une benne à ordures remplie de cadavres en décomposition. Je dis bien une benne à ordures. Insoutenable ! Il règne dans de nombreux quartiers une odeur de décomposition très forte. Les épidémies vont arriver. Les gens ont transformé toutes les places publiques en terrain de camping, certains ont une petite toile pour les abriter, d’autres n’ont rien.

     

    L’Etat a totalement disparu qu’il s’agisse du ramassage des cadavres ou pour donner à manger à ces gens qui ont tout perdu. L’ONU n’est pas plus présente, on a l’impression qu’elle a mis toutes ses forces pour retrouver des survivants dans leur quartier général qui s’est effondré. Mais on ne la voit pas ailleurs. Des hommes avec des pics, des pelles, essaient de percer des passages sous les dalles, beaucoup d’entraide, beaucoup de calme mais les gens sont seuls, livrés à eux-mêmes. Tous ceux qui le peuvent regagnent leur province d’origine. Les autobus habituellement surchargés sont pris d’assaut. Si vous avez 70 personnes à l’intérieur, vous en avez autant dehors. Tous les marchés sont fermés, des pénuries sont à craindre assez rapidement. On parle de secours étrangers, on les attend, mais ils ne sont pas encore là et cela va faire deux jours que la catastrophe est arrivée. C’est apocalyptique !

     

    Tous les symboles de l’Etat et de l’Eglise sont par terre. Le Palais national s’est affaissé, la DGI (direction générale des impôts) qui joue ici un rôle capital n’est plus qu’un amas de gravas. Le Palais de Justice, le Ministère de l’Intérieur, le Ministère de l’Education nationale, des Affaires étrangères, de la Condition féminine, de l’Environnement, la Mairie de Port-au-Prince, le Palais législatif. Seul a tenu le siège du Premier ministre, sa cour est devenu un camp de réfugiés, de sinistrés. Pour l’Eglise ce n’est pas mieux. Son archevêque a été tué dans l’effondrement de l’évêché, il ne reste pratiquement rien de la cathédrale. L’église du Sacré-Cœur, Saint-Louis roi de France, en ruines. La Villa Manrèse bien connue de tous les visiteurs en Haïti inutilisable. Quatre personnes y ont trouvé la mort dont Mme Cécile, une française qui travaillait pour l’éducation catholique. Le collège Canado-Haïtien, St Jean l’Evangéliste, St Louis de Gonzague, rue du Centre, en ruines (une centaine d’enfants ensevelis). La cathédrale épiscopalienne est dans le même état que sa jumelle catholique. Mariani (Filles de la Sagesse en ruines, six sœurs tuées). Le séminaire et le CIFOR en ruines. Ce soir j’ai transporté les affaires des sœurs de St Paul de Chartres de Delmas 33, leur collège s’est effondré, leur maison provinciale est inhabitable. Elles craignent les pillages qui ont déjà commencé. Quand on voit tout cela, on a mal quand on pense à tous les efforts qu’il a fallu faire pour construire ces édifices.

     

    Plus près de chez nous à Pétion-Ville, ce sont les Frères de l’Instruction chrétienne qui ont le plus souffert : leur maison provinciale s’est effondrée sur les trois frères qui s’y trouvaient : un n’a pas encore été retrouvé, l’autre a pu être retiré après une nuit de souffrances, il est décédé peu après (Frère Joseph), le troisième est très gravement blessé, mais il n’y pas un hôpital qui fonctionne. Si rien n’est fait pour son pied écrasé, il aura du mal à survivre. Leurs voisines, les Sœurs de la Charité de Ste Hyacinthe sont totalement sinistrées. Nous en hébergeons 9 chez nous en ce moment.

     

    Ceux qui connaissent Port-au-Prince s’y retrouveront, pour les autres, cela donne une ampleur des dégâts. Les gens semblent hagards, perdus. On les sent même passifs. Demain quand la colère grondera, ce ne sera pas facile à gérer. Mais pour moi tout ce que je vous ai raconté est littéralement insoutenable. On est désarmé. Bientôt nous allons manquer de tout. Comme tous les magasins, les banques sont fermées, viendra un jour où on n’aura plus rien. Pour le moment, on essaie de partager le peu que l’on a. Mais quand nous n’aurons plus rien à partager, quand nous n’aurons plus de carburant pour notre groupe électrogène… que ferons-nous ? Et la terre continue à trembler. (...)

     

     

    Nous, les Frères, dans tout cela nous apparaissons comme des privilégiés. Des dégâts mineurs. Mais nous ne pouvons plus vivre comme avant. Le noviciat est comme en congé tellement nous sommes retournés, incapables de penser à autre chose qu’à ce cataclysme.

     

    N’oubliez pas Haïti !

    Bernard Collignon

    sources : http://www.diocesedegap.com/article-lettre-de-bernard-collignon-frere-des-ecoles-chretiennes-sur-la-situation-en-haiti-42988289.html