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élie wiesel

  • La seule chose qui compte

    (suite)

    32. (...) Enfin, face à l'apparente trahison de Dieu, je voudrais partager avec vous cette idée que j'ai trouvée dans le journal saisissant de Etty Hillesum (Une vie bouleversée...) à savoir que c'est nous qui pouvons aider Dieu 33. plutôt que Dieu nous aide. Cette jeune juive hollandaise, qui s'était portée volontaire dans un camp de transit afin de partager le sort de son peuple, fut finalement expédiée à Auschwitz où elle mourut le 30 novembre 1943. Dans les pires conditions du camp, elle écrit cette prière un dimanche matin de 1943 qui traduit une expérience très profonde qui est au-delà de la révolte et de la résignation. "Je vais t'aider, mon Dieu, à ne pas t'éteindre en moi, mais je ne puis rien garantir d'avance. Une chose cependant m'apparaît de plus en plus claire : ce n'est pas toi qui peux nous aider, c'est nous qui pouvons t'aider, et ce faisant, nous nous aidons nous-mêmes. C'est tout ce qu'il nous est possible de sauver en cette époque, et c'est aussi la seule chose qui compte : un peu de toi en nous, mon Dieu. Oui, mon Dieu, tu sembles assez peu capable de modifier une situation finalement indissociable de cette vie. je ne t'en demande pas compte, c'est à toi au contraire de nous appeler à rendre des comptes, un jour. Il m'apparaît de plus en plus clairement, à chaque pulsation de mon coeur, que c'est à nous de t'aider et de défendre jusqu'au bout la demeure qui t'abrite en nous."  Ce n'est pas Dieu qui peut nous aider, mais nous pouvons aider Dieu à faire en sorte que sa demeure, au sens de notre expérience de la présence gratuite de Dieu en nous, subsiste en nous.

    Dieu nous a-t-il trahis ? Vous voyez que je ne réponds pas simplement comme théologien, mais comme homme tout court et comme croyant. La réponse à cette question ne peut être que modeste. je ferais volontiers mienne la confidence d'Elie Wiesel quand il disait : "Parfois pour Dieu, souvent contre lui, et pourtant jamais sans lui."

     

    Claude Greffé dans "La religion, les maux, les vices" - Conférences de l'Etoile présentées par Alain Houziaux - Presses de la Renaissance, Paris 1998 - ISBN 2-85616-708-X

  • Le Dieu caché

    Je ne peux répondre à la question de savoir pourquoi Dieu se cache. Je ne peux m'élever au-dessus de Dieu pour scruter ses pensées. Je me contente d'en faire le constat : Dieu est souvent caché. Mais en creusant davantage, je puis tenter de comprendre son secret et m'efforcer de trouver une réponse. Peut-être que l'on pourrait proposer un essai de réponse qui irait dans ce sens : Dieu se cache, afin qu'il ne nous vienne pas à l'esprit de l'annexer, de le posséder et d'avoir de lui une connaissance totale. Dieu se cache pour nous montrer qu'il est le Tout Autre et qu'il est le Dieu sur qui je n'ai pas de prise et qu'il nous faut le chercher sans cesse. Saint Benoît demande au moine de chercher Dieu sa vie durant, car lui non plus n'a pas trouvé Dieu une fois pour toutes. Il lui faut sans cesse poursuivre la quête du Dieu  caché. Parfois, Dieu se montre pour nous stimuler dans notre recherche. Mais ensuite, il se cache de nouveau, afin d'intensifier notre quête et que nous l'effectuions de tout notre coeur.

    Sur ce sujet, il y a une histoire hassidique merveilleuse. Elie Wiesel, qui en sa propre chair a subi cette absence de Dieu à Auschwitz, nous la rapporte dans un de ses ouvrages. Un jeune garçon vient trouver le rabbi Baruch, son grand-père, pour se plaindre de son ami : " Nous avons joué à cache-cache; je me suis caché et c'était à son tour de me chercher. Mais je m'étais si bien caché qu'il n'a pu me trouver. Alors il a renoncé et il a cessé de me chercher. Ce n'est pas loyal." Rabbi Baruch lui répondit : " Il en va ainsi avec Dieu. Imagine-toi sa douleur. Il s'est caché et les hommes ne le cherchent pas. Comprends-tu cela ? Dieu se cache et l'homme ne le cherche même pas !"

    Jésus lui-même déclare que le royaume de Dieu s'implante en restant caché. Il est comme le grain de moutarde qui devient un grand arbe (cf Mt 13,31). Jésus nous invite à prier Dieu dans le secret : " Quand tu veux prier, entre dans ta chambre, ferme ta porte et prie ton Père dans le secret et ton Père qui voit dans le secret te le rendra." (Mt 6,6) Dieu réside dans le secret. C'est la raison pour laquelle notre prière doit se faire dans le secret. Jésus sait le danger qu'en priant, nous nous élevions au-dessus des autres et que nous voulions en tirer avantage aux yeux d'autrui. Quand nous cherchons Dieu dans le secret, une telle attitude protège notre quête de Dieu. Nous pénétrons au fond de nous-mêmes, dans notre sphère secrète. C'est là que nous pouvons atteindre Dieu qui se cache  pour se refuser aux hommes qui voudraient avoir une prise sur lui.

    De son côté, Martin Buber  raconte une histoire sur le secret de Dieu. C'est l'histoire d'un juif pieux qui vient trouver son rabbi et qui lui demande ce que le croyant doit faire, quand Dieu cache son visage. Le  rabbi lui répond : "Si l'on sait qu'il y a un secret, alors il n'y a plus de secret." (...)

    Anselm Grün - Réponses aux grandes questions de la vie - DDB 2009 pp.152-154