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05 Baptiseur au Jourdain

Jean ajoute à sa prédication une action symbolique qui en souligne le sens et en renforce les effets. Il n'est pas seulement un crieur public, comme il aime à se qualifier lui-même (cf. Jn 1,23). Il va demeurer, du moins au temps le plus fort de sa mission, le baptiseur qui vous fait prendre un bain de pénitence. De là le surnom qui lui restera et qui qualifiera son ministère. 

 

 

 

On connaissait en Israël l'usage des ablutions religieuses. On les pratiquait pour l'admission des prosélytes dans la communauté. On les pratiquait aussi, beaucoup plus fréquemment, pour de multiples purifications légales ; celles-ci n'en finissaient pas, quand c'était par exemple avant les repas et qu'on rentrait de la place ou du marché ; à cet égard, les gens dévots rivalisaient d'observance (cf. Mt 7,3-4). 

Mais le baptême inauguré par Jean est tout autre chose que cela. C'est une initiative à la manière des anciens prophètes. Celle de Jean est devenue une sorte d'institution et elle fait partie de ses grands moyens d'action. Il semble même que c'est afin de pouvoir baptiser à son gré que Jean est descendu de son désert et venu sur les bords du fleuve.

Du haut de ses montagnes, il a vu serpenter le chemin d'eau. Ce n'est pas  que le Jourdain eût en soi rien de sacré aux yeux de ce nabi. Mais il lui fut inspiré qu'en amenant ses disciples à s'y plonger le corps, il les invitait plus efficacement à se purifier l'âme. Ce baptême administré par Jean lui appartenait en propre. (cf. Jn 3, 23-24). On ne le recevait qu'une fois, et dans les eaux choisies par le prophète. Sur ces points d'eau, nous aurons dans l'évangile de Jean des suppléments d'information. Comme le fleuve, principalement l'hiver, avait des bords bien détrempés et que l'accès en eût été difficile et salissant, il semble que Jean ait choisi plutôt des eaux de dérivation, retenues dans des bassins. Il pouvait trouver en certains endroits des baptistères fort convenables. Nous connaîtrons par Jean l'évangéliste deux de ces endroits. 

   Il ne s'agissait pas d'une simple ablution, mais d'une véritable immersion. Les hommes se plongeaient dans les eaux, sous la main du prophète. Il priait avec eux et les faisait prier avec lui. Ce grand bain prenait ainsi une signification fortement marquée. On l'appelait " baptême de pénitence pour la rémission des péchés " (cf. Mc 1,4 // Mt 3,11 //Lc 3,3). Non que Jean remît lui-même les péchés ; il n'y a pas trace d'une telle prétention  ni d'un pareil pouvoir dans tout le ministère du Baptiste. Mais, comme il savait que ce baptême était un excitant à la pénitence, il le prêchait avec force et invitait les gens à s'y soumettre. Malgré la douceur du climat, c'était déjà pour eux eux une pénitence que de se déshabiller et de se baigner dehors en cette saison. Ils le faisaient cependant, mus par de véritables sentiments de repentir ; et, pendant que le prophète les baptisait, ils avouaient à Dieu leurs péchés (cf. Mc 1,5 // Mt 3,6). 

"Faites donc de dignes fruits de pénitence", insistait le Baptiseur (Lc 3,8). Nous ne pouvons nous méprendre aucunement sur le caractère de cette pénitence, à laquelle il les porte par sa parole et par son baptême, sans parler, bien entendu, de son exemple. Il s'agit d'une véritable conversion du cœur, d'une profonde  transformation de l'âme. Jean " ramène ainsi de nombreux fils d'Israël au Seigneur leur Dieu " (Lc 1,16)

 

   A certains signes nous devinons que ce baptême de Jean a connu la vogue. Il y eut un temps, une saison au moins, où il fut de bon ton d'avoir été baptisé par ce nabi. Mais lui renforce alors sa sévérité. Il n'admet pas qu'on prenne à la légère ses saintes immersions, ni surtout qu'on y vienne par une espèce d'ostentation et pour se faire une bonne réputation.  Matthieu et Luc nous rapportent les paroles fortes que le jeune et rude prophète ne craignait pas d'adresser aux foules lorsqu'il les voyait sortir de leurs demeures et se presser vers lui pour qu'il les baptisât. S'il a connu la popularité, les paroles qu'il dit  montrent qu'il ne l'a pas cherchée. Il ne flatte pas les Juifs. Il ne les ménage pas, principalement lorsqu'il voit beaucoup de pharisiens et de sadducéens venir à son baptême (Mt 3,7 // Lc 3,7) . C'est Matthieu qui donne cette dernière précision, et qui nous met  pour la première fois en face des représentants de ces deux classes  juives que nous allons si souvent rencontrer. Elles sont, disons-le tout de suite, comme aux deux pôles du Judaïsme. Les sadducéens réduisent la religion à un minimum de respectabilité ; les pharisiens la poussent à des excès d'observance et de légalisme. Les premiers sont une sorte de parti qui occupe dans la nation d'importantes fonctions : beaucoup de prêtres des rangs les plus élevés sont des sadducéens. Les pharisiens forment une espèce de confrérie qui tourne à la secte : ils ont beaucoup d'influence sur les consciences ; de bonnes âmes sont parfois quelque peu terrorisées par eux ; les scribes et les hommes de la Loi sont en général des pharisiens. Il n'est pas étonnant de rencontrer auprès de Jean-Baptiste des représentants de ces deux tendances : c'est une preuve du succès remporté par lui, et du prestige de son prophétisme. Les conducteurs  du peuple, qui ne se font pas faute de diriger l'opinion, sont souvent obligés de la suivre. En tout cas, lorsque Jean les aperçoit, il leur dit leurs vérités : " Race de vipères, qui vous a montré que vous pouviez échapper à la Colère imminente ? Faites donc porter un digne fruit à votre pénitence. Et n'ayez pas l'air de dire en vous-mêmes : Nous avons pour père Abraham ! Car je vous le dis, des pierres qui sont ici, Dieu peut susciter des enfants à Abraham ! Déjà d'ailleurs la cognée est ajustée à la racine même des arbres. Par conséquent, tout arbre qui ne fait pas de bons fruits est arraché et jeté au feu." (Mt 3,7-10)

Nous lisons tout à fait la même chose dans Luc (cf. Lc 3, 7-9). Jean-Baptiste reconnaît aisément, parmi ceux qui viennent à son baptême, de ces pharisiens qui ont la mine confite en dévotion et sont chamarrés de phylactères, et de ces sadducéens qui se donnent de grands airs et portent de beaux habits. Quel contraste ils font avec lui, qui est dépouillé comme son désert, et limpide comme l'eau dans laquelle il baptise ! Il n'est nullement grisé de voir venir à lui les notables de la Judée. Il ne se fait aucune illusion sur les motifs qui les amènent, ni sur la droiture de leurs intentions.

Droit comme un chêne, noueux comme un olivier, Jean-Baptiste se sent inflexible au milieu de ces roseaux qu'agite le vent du jour. Dans son âme magnanime et humble, toute remplie de Dieu, il a l'intuition  que leurs âmes sont vides, et qu'ils ne sont pleins que d'eux-mêmes. Vous distillez du venin, leur dit-il, vous êtes une race de vipères ; et vous vous croyez pourtant d'une essence supérieure. Il leur parle de la Colère à venir. N'ayez pas l'illusion d'y échapper, leur crie-t-il. Elle n'est rien d'autre que la colère de Yahvé. Anciennement, bien des oracles prophétiques en ont fait l'objet de leur annonce ; et, actuellement, maints écrits apocalyptiques en font un abondant usage. Jean le sait ; ses auditeurs aussi. Cette Colère désigne le côté vengeur, le feu justicier du Règne de Dieu. Pour y échapper, il ne suffit pas de se dire fils d'Abraham. Des fils d'Abraham ! dit Jean, mais si Dieu veut, des pierres de ces déserts, il peut en susciter ! Vous acceptez le rite que je propose, conclut le Baptiste; acceptez-en surtout l'esprit : ayez au cœur une vraie pénitence et faites-en de dignes fruits. 

 

   Jean le baptiseur leur présente même comme imminente cette Colère à venir. Il dit que la cognée est à la racine des arbres et qu'elle va faire une grande coupe. De même qu'il dira tout à l'heure  en désignant le Messie : Il a le van à la main, pour nettoyer son aire et ramasser son blé (Mt 3,12 // Lc 3,17). Le Baptiste a vu pratiquer dans les futaies ou les vergers ces coupes sévères ; il a vu le paysan livrer la balle au souffle de l'air et ne garder que le bon grain. Oui, la venue du Messie, même sa première venue, celle qui est toute proche, ne se produira pas sans faire tomber de hautes cimes, sans faire voler la balle et faire rentrer le bon grain. C'est à cela que Jean se sait employé, et c'est ce qui donne à sa parole cette véhémente inspiration.

Toutefois, nous allons l'entendre proclamer  hautement, à côté de ce jugement de Dieu, l'effusion de l'Esprit de Dieu. Ces deux œuvres, apparemment tout opposées, sont attribuées au Messie : Il vous baptisera dans l'Esprit-Saint, s'écrie Jean d'autres fois, il vous baptisera dans le feu. Il y a donc du feu dans les deux annonces : dans l'une le feu de la Colère, dans l'autre celui de la Faveur de Yahvé. Le précurseur a-t-il pu faire deux prédictions aussi divergentes ? Rien ne dit qu'elles aient été simultanées. Jean recevait des lumières successives. Il se peut qu'il n'ai pas su clairement ni tout de suite comment les accorder. Nous verrons justement Jésus l'en instruire. 

 

A suivre…

P.-R. Bernard,  O.P - Le Mystère de Jésus - Salvator, 1967 

 

   

 

 

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