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Thérèse de Lisieux et la Grande Guerre (3)

Textes tirés du livre : " Thérèse de Lisieux ou La Grande Saga d'une Petite Soeur " Auteurs : Bernard GOULEY - Rémi MAUGER - Emmanuelle CHEVALIER - Éditions Fayard 1997

 

JEANNE ET THÉRÈSE, MÊME COMBAT

81 à 83

Dans le jardin du carmel s'élève une statue représentant un ange tenant dans ses mains une médaille de Thérèse. Sur le socle, une plaque de marbre : " Hommage de reconnaissance de soldats français et alliés, 1914-1916." Au milieu, un drapeau français et une croix. Les "poilus" qui ont offert cette statue n'étaient pas ingrats. Thérèse, il est vrai, leur avait apporté beaucoup.

Pourquoi cette amitié vraie entre une religieuse cloitrée et des soldats ?

"Thérèse est jeune, dit l'historienne Anne  Becker (La Guerre et la Foi, Armand Collin, 1994, lien ici); comme les soldats de la Grande Guerre souffrent, elle a souffert, elle s'est offerte comme eux s'offrent pour la patrie. Elle est aussi la "petite sœur" et ils ont tous une petite sœur qui est restée à l'arrière. Tout cela joue beaucoup. Thérèse est quelqu'un dont ils se sentent très proche... Dans la dévotion des soldats, Thérèse et Jeanne d'Arc - qui ne sont pas encore saintes - sont associées. On le voit dans la correspondance. Les soldats font tout naturellement comme si ces deux jeunes filles étaient déjà sur les autels. Ils les associent dans leur jeunesse et dans le sentiment de la patrie. D'autant que la guerre est réellement vécue par les soldats comme une passion, avec, pour les croyants, le sentiment d'un sacrifice. Ils s'offrent comme le Christ s'est offert, comme Thérèse s'est offerte... Jeanne d'Arc est une combattante, on la voit avec sa cuirasse et son épée. C'est à la pointe de son épée qu'elle aide les soldats de 1914 à tenir. Pas Thérèse, même si l'on baptise une escadrille et une batterie en son nom. Thérèse ne combat pas, elle prie et elle obtient des consolations pour ceux qui subissent les barrages d'artillerie ou les bombardements des batteries et des escadrilles d'en face. Tous les dessins de l'époque la montrent envoyant depuis le Ciel les rayons de grâces auxquels sont accrochées les roses qu'elle a promises. 

Il est remarquable que le culte de Thérèse soit présent chez les soldats des deux camps. Les catholiques allemands et autrichiens commencent, dès les premières années du siècle à vénérer Thérèse. Ils continueront dans les tranchées. Le carmel ne possède évidemment pas de courrier de combattants des empires centraux comme celui envoyé par les Français, les Anglais, les Canadiens, les Belges ou les Italiens : les relations épistolaires étaient interrompues.

La dévotion à Thérèse ne s'exprime pas de la même façon chez les Austro-Allemands et chez les Alliés. Chez les premiers, la piété est plus individuelle, plus secrète. Après tout, Thérèse appartient à une nation ennemie. Chez les Français, cette piété est plus collective, on insiste sur le fait qu'elle est comme Jeanne d'Arc, elle a donc une couleur patriotique que les Allemands, bien évidemment, ne lui donnent pas. Ce n'est qu'après la guerre et devant la mondialisation de sa renommée que les catholiques allemands multiplieront images et statues. Thérèse sera alors devenue universelle avant d'être française. Le culte de Jeanne d'Arc, qui existait en Allemagne avant 1914, disparaît complètement avec la guerre. Pour une raison évidente : c'est la sainte guerrière de la France. Alors que Thérèse, qui n'est pas guerrière, demeure dans la dévotion des catholiques allemands..."

Une correspondance de mère Agnès montre que les demandes d'images formulées par les soldats "ennemis" ont 83 été transmises à Lisieux par la Croix-Rouge et qu'elles ont été satisfaites : " On nous demande, par la Suisse, des reliques pour les Allemands. Nous en envoyons volontiers car, devant Dieu, les âmes ne sont ni françaises ni allemandes. les unes et les autres sont précieuses aux yeux de Dieu " (6 mai 1915)

A suivre...

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