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Thérèse de Lisieux et la Grande Guerre (2)

Textes tirés du livre : " Thérèse de Lisieux ou La Grande Saga d'une Petite Soeur " Auteurs : Bernard GOULEY - Rémi MAUGER - Emmanuelle CHEVALIER - Éditions Fayard 1997

 

THÉRÈSE EST LA

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Dans ce calvaire les  combattants ont besoin de compassion et d'amour. Thérèse va les leur prodiguer...

"Il faut partir pour sauver la patrie, garder sa foi, lui conserver l'honneur." Signé : sœur Thérèse de l'Enfant Jésus. Telle est l'épigraphe d'une carte postale éditée en 1913 à l'occasion du congrès de la Jeunesse catholique de France qui se tient à Lisieux. Le document représente un groupe d'officiers et de soldats autour de la tombe de la petite carmélite. La presse de l'époque raconte qu'ils y chantèrent le Magnificat. Au cours de ce pèlerinage militaire, on peut aussi les imaginer entonnant l'un des cantiques en vogue composé par Charles Gounod : " Ils ne l'auront jamais, jamais l'âme des enfants de la France !" Puisque nous en sommes aux formules - nous dirions aujourd'hui aux slogans -, il faut citer d'autres paroles de Thérèse : " Je voudrais mourir sur un champ de bataille pour la défense de l’Église " ; " Je voudrais accomplir les œuvres les plus héroïques " ; " Je me sens le courage d'un croisé " ; " Ma pluie embaumée tombera sur l’Église militante afin de lui donner la victoire ".

Il est évident que ces phrases n'ont aucune connotation guerrière. Il s'agit de la patrie du Ciel et du combat spirituel. (Du reste, Thérèse, dans ses écrits, ne fait jamais allusion à la politique.) Mais tous ces aphorismes sont utilisés entre 1914 et 1918 dans le contexte de la Grande Guerre. Le terrain est réceptif. " Toute guerre est une guerre de religion ", juge l'écrivain 78 Jacques Rivière (A la trace de Dieu, Gallimard, 1925). En 1915, récemment converti au catholicisme, il est prisonnier en Allemagne. Il s'emploie à convaincre ses camarades de captivité que la guerre a un sens et que ce sens, ils doivent le chercher en Dieu : " On fait la guerre pour une certaine manière de voir le monde. Qui ne serait prêt à se faire tuer plutôt que d'accepter de voir désormais le bien et le mal, le beau et le laid là où les voient les ennemis ? La guerre est un acte de foi, le sacrifice du martyr."

Dans toute l'Europe, le conflit est vécu comme une épreuve à forte tonalité religieuse, y compris par les incroyants. La guerre brasse des populations de toutes origines et favorise un regain de piété. Sur le front, cette "grande ligne mystique au long de laquelle coule tant de sang" (Père Dominique Dupouey, Lettres et Essais, Éd. du Cerf 1935), se lève une vague de spiritualité, relayée naturellement à l'arrière. "En ces temps d'incertitude, analyse l'historienne Annette Becker, où le quotidien est transformé par l'absence des êtres chers...on a besoin de ces franges spirituelles où des manifestations sacrales (culte des saints et des reliques, pèlerinages...) apportent des réponses immédiates." Dans son étude très complète sur le sujet, cette spécialiste de la Première Guerre mondiale intitule un de ses chapitres : " A quel saint se vouer dans cet enfer ? " Thérèse est au nombre de ces saints-là. Considérable est le nombre de lettres de soldats reçues à Lisieux pendant la Grande Guerre. Certaines ont été publiées par les carmélites, qui n'ont choisi, dit la préface du recueil, qu' "une ou deux interventions du même genre, car on ne compte plus les balles arrêtées par une relique, une médaille ou une brochure de sœur Thérèse. Beaucoup des correspondants joignent à leur lettre, à titre de témoignage, l'image déchirée par un projectile qui les a protégés. Un exemple de ces humbles témoignages de combattants : " Au cours d'une attaque où je me suis trouvé en très mauvaise posture, 79 une balle de mitrailleuse a traversé mes vêtements, mes poches de capote, de vareuse et de pantalon. Mon caleçon était également troué...mais je n'avais aucune égratignure. L'image de sainte Thérèse que j'avais dans mon portefeuille m'a protégé..."

Une autre lettre envoyée par un prêtre brancardier et publiée dans La Semaine religieuse de Bayeux le 3 janvier 1915, raconte que le 6 septembre 1914 - premier jour de la bataille de la Marne et de la contre-offensive des armées françaises et anglaises qui battent en retraite depuis 6 semaines - l'unité sanitaire à laquelle il appartient adresse une prière à Thérèse : " Obtenez-nous d'être victorieux dès aujourd'hui... Nous avons avancé de cinq kilomètres.... J'avais depuis longtemps le désir très vif de voir des boches (c'est le surnom universel des allemands dans l'armée française). Je vous assure que ce soir-là, mon voeu a été exaucé. J'en ai vu, des Allemands, des centaines et des centaines, des morts et des blessés... et ceux que les obus n'ont pas blessés, mais que le fracas de l'explosion a rendus comme fous, insensibles, réduits à l'état de choses insensibles, inertes."

Un lien postal permanent s'établit entre les combattants qui demandent prières, images et reliques et le carmel qui se fait un devoir de les envoyer. Le nombre de requêtes, déjà important en 1915 - cinq cents lettres par jour - s'accroît encore en 1916 : c'est l'année de Verdun et de la Somme. La quasi-totalité de ces lettres ont été conservées par les carmélites, qui répondaient à chacune d'entre elles ; elles remplissent cinq volumes. Une partie a été publié sous le titre Quelques Extraits des nombreuses lettres reçues au carmel de Lisieux pendant la guerre. La couverture du livre représente un champ de bataille. Thérèse, de dos, est au premier plan, élevant les mains vers des blessés et des morts qui gisent devant elle, à sa gauche un canon de 75, dont les servants se reposent, l'un d'eux lisant l'Histoire d'une âme, au loin la bataille, avec en fond, plusieurs églises en flammes, dont la cathédrale de Reims. Sur  ce spectacle  de 80 fureur une pluie de roses tombe du Ciel à l'appel de la carmélite.

Le dessin a été probablement inspiré par sa sœur Céline mais il est l’œuvre de Charles Jouvenot, "dessinateur officiel" de l'iconographie thérésienne  à ses débuts. Depuis la fin de 1914, on a entrepris d'illustrer quelques-unes des scènes décrites dans les lettres-témoignages. De vrais reportages de guerre au fusain ou à la plume. Ainsi découvre-t-on les histoires de l'officier allemand mourant consolé par sœur Thérèse, du soldat français qui, dans la tranchée, voit apparaître Thérèse, du blessé qui montre aux brancardiers comment une image de Thérèse l'a sauvé, de l'aviateur qui survit à son avion en feu, de la voiture arrêtée au bord d'un ravin par Thérèse en personne... et de bien d'autres, car les témoignages sont innombrables. Céline est, à sa manière, une pionnière de la bande dessinée. 

On découvre aussi l'existence d'une batterie "sœur Thérèse"et d'une escadrille qui est placée sous la protection de la carmélite. Près de la batterie, sœur Thérèse bénit les combattants et la légende précise : " Avec l'aide de sœur Thérèse nous serons toujours protégés, ou, du moins, assurés de mourir en paix..." Quant à l'escadrille, un de ses aviateurs en a fait la chronique : " Chez nous un avion mis hors de combat était immédiatement remplacé : l'avion Sœur Thérèse est mort, vive l'avion Sœur Thérèse ! Car en vérité, l'équipage sort toujours indemne des accidents les plus périlleux. Dans la nuit du 24 mars, l'avion Sœur Thérèse ne "loupe" pas la gare de Saint-Quentin qu'il assomme des huit obus de 155 qu'il a emportés..."

On apprendra après la guerre comment Thérèse a fait libérer des otages pris par les troupes allemandes à Dinant, en Belgique, comment elle a accompagné Louise de Bettignies jusqu'à la mort. Cette jeune Lilloise qui voulait entrer au Carmel, avait travaillé pour l'Intelligence Service en zone occupée. Condamnée à mort, elle écrit quelques jours avant son exécution : " J'ai découvert que ce temps de prison était un excellent noviciat... N'est-ce pas le moment de vivre la prière 81 d'oblation de la petite sœur Thérèse ?  Cette chère sœur me tient compagnie... Ajoutez-y le Christ, vous connaîtrez mes compagnons de  cellule.

 

A suivre...

 

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