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  • Année A - Sixième dimanche de Pâques

    Références scripturaires de la liturgie de ce dimanche  : Ac 8, 5-17 - 1 P 3, 15-18 - Jn 14, 15-21

    Texte (i-dessous) : P. Marie-Joseph Le Guillou, o.p.  -  L'Amour du Père révélé dans sa Parole, homélies année A - Éditeur : Parole et Silence, 1998

     

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    Saint Pierre nous exhorte aujourd'hui à "rendre compte de l’espérance qui est en nous." Témoigner de notre espérance est vraiment la chose la plus importante qui soit puisque l'espérance habite notre cœur par le fait que Jésus est ressuscité. Nous avons à en rendre témoignage devant nos frères. Or saint Paul dit que le monde païen est un monde sans Dieu et sans espérance. C'est dans ce monde sans espérance que nous vivons : voilà pourquoi se dévoile la profondeur du mal, de la souffrance et de l'atrocité des choses.

    Rendre compte de l'espérance. Y réfléchissez-vous ? Nous sommes-nous demandés jusqu'où cela mène, témoigner de l'espérance ?  D'autant plus que Pierre nous rappelle " d'avoir une conscience droite, pour faire honte à vos adversaires au moment même où ils vous calomnient." Êtes-vous capables de témoigner de l'espérance de la résurrection ? Oui, l'espérance de ressusciter avec le Christ est déjà dans cette vie, l'espérance nous entraîne, c'est un mouvement qui part du cœur du Père par le Christ qui lui-même, dans l'Esprit Saint nous fait rejoindre le cœur du Père.

    "Le Christ est mort au péché une foi pour toutes" (Rm 6,10). Dans sa chair il a été mis à mort, selon l'esprit il a été rendu à la vie. Nous avons dans notre vie cette présence extraordinaire : il faut le réaliser. Car enfin, que se passe-t-il ? Il se passe que si nous aimons le Seigneur et si nous lui sommes fidèles, le Seigneur nous donne un défenseur, un avocat, un esprit de consolation ou plus fortement un esprit de vérité qui témoigne de l'amour du Père pour nous. 

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    Dans ce temps préparatoire à la Pentecôte, nous devons demander de découvrir l'Esprit Saint qui n'est pas une personne abstraite. C'est une personne, nous dit le Christ, que nous connaissons puisqu'il demeure en nous. Réalisez que l'Esprit Saint est là, au cœur de chacune de nos vies dans la communauté, dans l’Église entière. " Je ne vous laisserai pas orphelins." C'est cela qui est merveilleux. Au moment où il part, le Seigneur, qui va quitter ses disciples, leur dit : "Je reviens vers vous". Partir signifie venir et si le Christ part, c'est pour nous donner l'Esprit Saint. Si le Christ meurt sur la croix, c'est pour nous donner l'Esprit Saint. Si Jésus Christ est venu dans  notre monde, s'il a pris notre humanité, c'est pour qu'en nous donnant l'Esprit Saint  nous communions au mystère du Christ et que nous découvrions que nous sommes dans le Père, avec le Christ, et que nous sommes en lui. " Vous êtes en moi, et moi en vous."

    Nous avons à rendre compte de l'espérance en croyant vraiment que le Saint-Esprit nous habite, en croyant que nous sommes aimés de Dieu et qu'il nous appelle à l'aimer davantage. "Celui qui m'aime sera aimé de mon Père." Il n'y a pas de parole plus étonnante dans l’Évangile que ces paroles d'amour, d'amour incessant, d'amour qui nous poursuit, d'amour qui nous met près de lui et qui se donne. 

    "Celui qui m'aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l'aimerai, et je me manifesterai à lui". Nous avons à être des hommes debout face à la tourmente, face à la tempête. L’Évangile est vrai. Dieu n'a jamais biaisé devant l'atrocité du mal. Le mal est là et s'amplifie tous les jours. La vision que donne le Christ de l’Évangile n'est pas une vision facile ni commode. C'est une vision d'espérance.  

    "Je viens vers vous" et non je reviens car dans le départ du Christ, tout est déjà donné, tout, tout le mystère du Christ. Nous sommes entraînés dans son mystère et nous y communierons. Si Jésus a fait la volonté de son 141 Père, nous la ferons aussi. Vous voyez : si Jésus a été fidèle, nous devons être fidèle.

    "Je suis le Fidèle" dit le Christ dans l'Apocalypse [c'est le dernier livre de la Bible. Le terme "apocalypse" vient du grec qui signifie "dévoilement"]  Nous avons à être les fidèles au sens fort du mot c'est-à-dire que cet amour nous lie au Christ. C'est une alliance indissoluble qui nous emporte avec lui.

    Il faut demander les uns pour les autres l'espérance malgré toutes les tourmentes, malgré toutes nos faiblesses, malgré tous nos péchés. Le Seigneur est lumière et il est vérité. Nous n'avons qu'une chose à lui demander : qu'il se manifeste à nous. Nous sommes ses enfants, nous ne sommes pas orphelins. Nous sommes aimés, enveloppés d'amour, pris dans l'amour. Le monde ne peut pas savoir ce que cela signifie. Je dirai même que le chrétien qui ne se laisse pas prendre par la réalité du mystère du Christ ne peut comprendre de quoi il s'agit. Mais celui qui se laisse prendre découvre l'aventure que le Seigneur veut nous faire vivre avec lui. Je te connais personnellement, je te connais et je t'aime.

    Le monde est incapable de comprendre le mystère d'amour de Dieu qu'il nous donne librement. Demandons au Seigneur, dans l'Eucharistie, d'être pris dans la tornade de son amour. Il s'agit de se laisser emmener là où Il veut. Alors nous témoignerons de l'espérance d'être avec lui, un jour, ressuscités dans la gloire, dans la joie, dans la paix. Amen !

     

     

     

  • Les enfants de Sara-la-Kâli (7)

    Chaque année en mai, les Tsiganes viennent aux Saintes, en pèlerinage pour vénérer leur Sainte, Sara la Noire. Ce temps fort est marqué (tous les 24 mai) par la procession de la statue de Sara portée jusqu'à la mer.

     

    Dix jours aux Saintes...

     

    Texte extrait du livre de Maurice Colinon  : " Les Saintes Maries de la Mer " Éditions SOS, 106 rue du Bac, 1975 - ISBN 02.7185.0792-6

     

    Né à Château-Thierry en 1922, Maurice Colinon a mené parallèlement une double carrière de journaliste et d'essayiste. Reporter dans un hebdomadaire à grand tirage, il est parti à la découverte de l'occultisme, du spiritisme, de la guérison buissonnière et des sectes. En 1955, il pénètre enfin dans l'univers insolite des gitans, et devient leur chroniqueur et leur ami. Vice-président national de " Notre-Dame des Gitans " et directeur de la revue " Monde Gitan ", ce fidèle pèlerin des Saintes-Maries-de-la-Mer nous ouvre le chemin.

     

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    Nous voici  parvenus au bord de la mer. Les chevaux y entrent les premiers et forment un demi-cercle. Sara les suit, sur les épaules de ses porteurs. Puis, dans un élan irrésistible, la foule gitane entraînant les curieux sur son passage. Les jeunes Gitanes ont de l'eau jusqu'aux genoux, mais ne font pas un geste pour relever leurs longues robes. Comme les hommes, elles sautent joyeusement sur place, poussent des cris et frappent dans leurs mains, sans que personne puisse expliquer le sens de cette exaltation. Puis tout le cortège fait demi-tour et, sous l'ardent soleil de mai, reprend le chemin de l'église. Il s'effiloche tout au long du parcours, chacun s'écartant au moment où il passe devant ses caravanes. Quand Sara regagne la crypte, elle n'a plus autour d'elle qu'une centaine de fidèles, que deux heures de marche et de cris n'ont pas épuisés. Longtemps encore, elle recevra visites et hommages, l'humble servante devenue reine d'un peuple aussi étrange qu'elle. 

    Jusqu'à minuit, les gitans ne cesseront de pénétrer dans l'église, pour y accomplir une série de dévotions au déroulement presque immuable. La première halte s'effectue devant la barque des Saintes Maries, dont les statues jumelles commencent à ressembler à celle de Sara et à disparaître sous les vêtements dont les parent les Gens du Voyage. Une vieille Gitane, portant sur le bras deux somptueux manteaux brodés de paons bleus et or, est là depuis plusieurs minutes. Elle est trop âgée et trop faible pour se hisser sur la pierre d'autel et atteindre les saintes. Un jeune Boumian grimpe à sa place et attache les vêtements, prenant grand soin d'en arranger les plis avant de redescendre. La vieille tend la main, la pose sur chacune des Saintes puis la porte dévotement à ses lèvres.

    D'autres Gitans traversent la nef, les bras chargés de cierges énormes. arrivés devant les châsses, ils s'arrêtent, déposent leur fardeau et étreignent à pleins bras les coffres jumeaux. Longuement, ils y posent un bouquet de feuillages qu'ils remporteront avec eux. Puis ils gagnent, d'un pas assuré, la crypte de plus en plus enfumée.

    44 Leurs cierges allumés, ils s'approchent de la statue et, à tour de rôle, embrassent son visage bruni. Puis ils entreprennent  de se photographier mutuellement avec elle. Un tout jeune garçon, d'un geste spontané et touchant, saisit la robe de Sara et l'étreint contre son cœur. Quand c'est au père de poser, il passe un bras presque tendre autour du cou de Sara et son visage prend un air d'intense gravité. C'est vraiment la "photo de famille", et le plus sceptique s'avoue attendri et ému. 

    Avant de quitter la crypte, la mère de famille glisse subrepticement dans le coffret préparé à cet effet un objet invisible. Ce réceptacle des intentions laisse deviner, à travers une vitre jaunie, quelque-uns de ses secrets. Il y a là, entassés les uns sur les autres, des fragments de vêtements, des mouchoirs, des mèches de cheveux, beaucoup de petites photos, des pansements encore maculés de sang, des brassières d'enfants et des dizaines de messages, griffonnés sur un bout de papier déchiré ou soigneusement tracés au dos de cartes de visite. Et l'on a le cœur étreint à la pensée de toutes ces misères humblement confiées, de tant  de détresses et d'espoirs déposés là par tant de mains anonymes et ferventes, de tant de confiance et d'amour. 

    Au moment où j'émerge avec la famille de la fournaise souterraine, une étrange agitation attire tous les regards vers le fond de l'église. On entend des appels étouffés, des vagissements, des trépignements, sur lesquels se plaquent par instants des  accords de guitare. On tape dans ses mains, on rit sans retenue, on jacasse en dialecte. Impossible de s'y tromper : ce sont des Gitans rassemblés pour venir faire baptiser leurs nouveaux-nés. Qu'ils aient la foi démonstrative et joyeuse ne saurait que choquer que les chrétiens moroses !

    Le petit groupe s'approche du maître-autel et s'installe au premier rang des bancs du chœur. Entre deux invocations et deux gestes liturgiques, les guitares retentiront parfois encore, égrenant quelques notes en cascade. C'est que le baptême est, pour les Gitans, un acte essentiel. Avant d'avoir reçu l'onction sainte, l'enfant n'est pas tout à fait, à leurs yeux, un être humain ; 45 on n'est pas sûrs qu'il ait une âme. Le baptême, par une vertu quasi magique, va le préserver des maladies et le mettre à l'abri des ruses et des esprits mauvais. 

    Mais il faut très vite corriger cette interprétation primitive et utilitaire. Comme tous les pèlerinages gitans, celui des Saintes-Maries-de-la-Mer est aussi pour certains l'occasion d'un retour sur eux-mêmes et de secrètes conversions. Loin de la foule et du bruit, des prêtres, des religieuses, des laïcs s'en vont dans les caravanes faire le catéchisme et préparer le peuple errant à la réception vraie des sacrements. Que cela porte fruit, comment en douter devant une scène comme celle-ci ?

    Un papa gitan, moustaches en croc et regard de feu, contemple le cierge qu'il tient à la main, au-dessus de l'enfant baptisé. Comme pour lui-même, il commente : " Tu vois, on allume un cierge pour éclairer la route qui nous mène à Jésus." Et pour appuyer son affirmation, il ajoute d'une voix vibrante : " Que je meure à l'instant si je ne dis pas vrai !"

    Une religieuse, témoin de la scène, murmure à mon oreille :

    - Voilà la foi gitane en marche. A travers un peu de superstition, ils aiment les Saintes et Sara de tout leur cœur, un peu comme nous autrefois quand la Vierge masquait souvent le Christ. Combien de temps nous a-t-il fallu pour évoluer, à nous qui avons des paroisses ? Devant eux, qui sont à peine évangélisés, je me sens parfois bien tiède...

    Les Gitans, il est vrai, se sentent peu à l'aise à l'église, à moins qu'ils ne s'y retrouvent entre eux seuls. A la veillée de ce soir, qui est celle du pèlerinage régional, on en verra très peu se mêler aux gadjé. Peut-être, au fond de leur âme collective, subsiste-t-il quelque souvenir du temps où on les reléguait dans la crypte, eux les suspects, les malvenus, les inconnus dans la maison du Père...

    Pourtant, ce soir encore, l'église-forteresse est pleine. Ici et là, des Arlésiennes en costume jettent dans la grisaille anonyme de la foule une note claire et traditionnelle. Comme toujours aux Saintes, le pieux rassemblement prend tout de suite un air de 46 famille. On entre, on sort, on s'interpelle, on papote joliment avec le bel accent du cru. Ce devait déjà être ainsi jadis, quand la veillée du 24 mai durait toute la nuit. 

    A suivre...

     

  • Les enfants de Sara-la-Kâli (6) : vers la mer

    Chaque année en mai, les Tsiganes viennent aux Saintes, en pèlerinage pour vénérer leur Sainte, Sara la Noire. Ce temps fort est marqué (tous les 24 mai) par la procession de la statue de Sara portée jusqu'à la mer.

    Une semaine aux Saintes par ce beau livre de Maurice Colinon.

    Texte extrait du livre de Maurice Colinon  : " Les Saintes Maries de la Mer " Éditions SOS, 106 rue du Bac, 1975 - ISBN 02.7185.0792-6

    Né à Château-Thierry en 1922, Maurice Colinon a mené parallèlement une double carrière de journaliste et d'essayiste. Reporter dans un hebdomadaire à grand tirage, il est parti à la découverte de l'occultisme, du spiritisme, de la guérison buissonnière et des sectes. En 1955, il pénètre enfin dans l'univers insolite des gitans, et devient leur chroniqueur et leur ami. Vice-président national de " Notre-Dame des Gitans " et directeur de la revue " Monde Gitan ", ce fidèle pèlerin des Saintes-Maries-de-la-Mer nous ouvre le chemin.

     

    suite du post du 23 mai

     

    39 Suspendues entre ciel et terre, les châsses descendent imperceptiblement. Quand les grands coffres enluminés sont enfin à trois mètres de la table, c'est la bousculade 40, la ruée. Le plus long des cierges les a touchés ! Puis un enfant, lancé à la volée, tente de s'y accrocher avant de retomber en riant dans les bras de son père extasié. Et je songe à la phrase de Jean-Louis Vaudoyer, spectateur fasciné de ces rites surprenants : " Est-il irrespectueux de croire une seconde, dans cette église nue comme une grange, qu'on est en train de descendre une malle de famille du grenier ? "

    Les châsses sont maintenant parvenues à portée des petits Gitans juchés sur les épaules ou tendus à bout de bras, qui s'aident des ferrures et des cordages pour se hisser jusqu'à elles. Un petit groupe de femmes vêtues de noir guide en tremblant la main d'un aveugle jusqu'à ce qu'à tâtons il effleure à son tour les coffres aux peintures naïves. Les Gitans ont définitivement investi la place et se bousculent pour gagner les premiers rangs dans un tumulte d'acclamations et de prières. Car, chez eux, la tradition veut que quiconque touche les châsses avant qu'elles ne se soient posées verra son vœu exaucé. Puis, la houle bohémienne déferle vers la table où désormais les Saintes reposent, jusqu'à demain.

    Pendant ces vingt-quatre heures où le ciel touchera la terre, ils ne cesseront de venir, par familles entières, embrasser les reliquaires enluminés, y frotter des objets divers, y déposer des bébés. Beaucoup s'arc-boutent tout contre les châsses, les étreignant de leurs bras, collant leur joue contre le bois peint, murmurant des prières naïves ou de douloureuses confidences, indifférents aux curieux, aux photographes, à tout ce qui n'est pas leur sublime et singulier colloque. Et l'on se surprend à marcher sur la pointe des pieds, saisi de respect devant cette foi gitane si directe, si abandonnée et qui ne se pose pas de questions.

    La cérémonie terminée, mille voix clament le vieux cantique " Prouvençau e catouli " et, quand s'ouvre enfin le grand portail, on aperçoit déjà sur place les gardians à cheval venus, comme chaque année depuis 1935, pour escorter jusqu’à la mer la procession de Sara. Sara, à son tour justifiée, réhabilitée, sortie pour quelques heures de son humble obscurité  et entraînant derrière elle, en grand tumulte et en grand apparat, son peuple éperdu 41 de fierté. Elle la servante, la trop brune, la suspecte, la voici exaltée sur un pavois de fleurs, portée à bras d'hommes à travers les rues écrasées de soleil, avec pour escorte d'honneur le clergé, les gardians et les Arlésiennes en costumes de fête. La longue marche commence. 

    On ose à peine parler de procession devant cette cohue qui s'engouffre dans les rues étroites aux pavés disjoints, avec des ralentissements imprévisibles et des galopades soudaines. On dirait bien plutôt une promenade de famille, comme si on avait voulu, par une attention délicate, emmener la grand-mère revoir tous ces lieux chargés pour elle d'attendrissants et très chers souvenirs.

    On a beaucoup dit de Sara qu'elle avait des allures d’idole païenne. Comment le savoir ? On la devine à peine, dissimulée qu'elle est sous l'accumulation des robes et des manteaux qui l'engoncent jusqu'aux yeux et lui donnent une obésité dont les Gitans semblent ravis. Elle en porte plus de cinquante dont chacun représente une offrande, un sacrifice, l'accomplissement d'un voeu. Robes de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, manteaux de soie, de lamé, de tissu broché rehaussé d'or et de dentelles, dont on la revêt un peu par ostentation sans doute, mais surtout pour être assuré qu'elle pensera à vous et exaucera votre voeu. La tête elle-même est couronnée d'un amoncellement de diadèmes. Ce sont ceux des jeunes Gitanes mariées dans l'année, et qui sont venues lui en faire offrande, dans un geste de piété filiale. 

    Le service d'ordre gitan, main dans la main, fait la chaîne pour contenir à grand-peine les curieux. Autour de la statue , qui oscille par-dessus une forêt de  têtes, des prêtres et des religieuses s'efforcent de créer une atmosphère de piété plus classique. On chante l'Ave Maria, on récite  des bribes de chapelet, on crie surtout à tue-tête : " Vive sainte Sara ! " La cohorte reprend aussi à sa manière un vieux cantique provençal, dont on a à peine modifié les paroles. " Prouvençau e catouli " 42 est devenu, pour la circonstance : " Li Gitan soun catouli " Folklore si l'on veut, mais folklore inoubliable. Il est impossible de douter que ce délire est, à sa manière, une façon de prier et qu'en marchant vers la mer, ce peuple marche aussi vers Dieu. 

    Ne nous abusons pas : tous les Gitans ne viennent pas aux Saintes-Maries-de-la-Mer pour implorer Sara. Un certain snobisme de l'incroyance n'a pas épargné ceux des bidonvilles du Midi de la France, ni les "parvenus" insérés dans la vie sédentaire. Quand la procession de Sara passe entre les caravanes, il est des Boumians qui ne daignent même pas lever les yeux, et poursuivent ostensiblement leur partie de cartes. Je ne jurerais pas qu'il en va autrement des Saintois eux-mêmes, plus nombreux aux terrasses des cafés qu'aux cérémonies religieuses...

    (...) Il y a quelques années, un petit Gitan fut mortellement brûlé à Albaron, sur le chemin du pèlerinage. Le clan l'enveloppa dans une couverture et l'amena  jusqu'aux Saintes, où on le veilla toute la nuit, autour du grand feu de deuil, au milieu des plaintes et des lamentations. Quand passa la procession de Sara, toutes les femmes du clan se détournèrent et lui présentèrent le dos, pour montrer qu'elles la tenaient pour responsable de ce grand malheur.

     

    A suivre...