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une expérience communautaire et personnelle

44. Il y a, au fondement de toute foi, un Evénement, une Initiative du Père : quelque chose qui n'est pas au pouvoir de l'homme, ni de son effort moral, ni des déductions de son intelligence. Une rencontre, comme dans tout amour, mais provoquée par ce Dieu qui "nous aime le premier" (1Jn 4,19). C'est ce mystère qui est déconcertant, pour nous d'abord, et encore plus pour les autres, parce qu'il ne nous permet guère qu'une seule attitude : la prière ; et qu'une seule prière : " Viens en aide à mon manque de foi " (Mc 9,14). Car ce don est hors de nos prises. C'est notre plus grande pauvreté : être contraints de recevoir l'Unique Nécessaire. Aucune statistique ne contournera cette réalité ; aucune méthode n'en viendra à bout.

L'Eglise, ce n'est pas d'abord cette "affaire" montée il y a deux mille ans par Jésus, et qui, depuis, bon an mal an, par les procédés les plus opportuns, aurait réussi à se maintenir dans la concurence, voire à prospérer, du moins jusqu'à l'apparition de cette redoutable société de l'athéisme, qui obligerait désormais à jouer plus serré, voire à tenter des "fusions" avec les entreprises religieuses parallèles. C'est une communauté qui est à elle-même une véritable expérience, une manière de Révélation.

D'abord parce que sa coagulation présente, par-delà toutes les raisons psychologiques et sociologiques, n'est due en définitive qu'à l'amour fidèle de Jésus-Christ. A la question : "Pourquoi sommes-nous rassemblés, nous, si divers et si divergents dans notre unité ?", une seule réponse, que nous chantons le Jeudi Saint : "C'est l'amour du Christ qui nous fait un." L'Eglise nous est un "signe", à nous chrétiens en tout premier lieu, et pas seulement au reste de l'humanité. Elle atteste très concrètement la présence permanente et active de Jésus Ressuscité, qui nous réunit dans son Esprit.

Ensuite, parce que, dans la communauté, chacun contemple dans l'autre une évangélisation réussie, ou en voie de réussir. 45 Chacun est  pour l'autre une Parole de Dieu obéie, une démonstration convaincante de l'attraction exercée par la Croix aujourd'hui comme toujours (Jn 12,32). De frère à frère, nous nous manifestons cette séduction qu'opère encore la sequela Christi, le compagnonnage avec le Seigneur. L'Eglise est apostolique d'abord parce que ses fils s'évangélisent mutuellement, en se renvoyant le témoignage de leur propre fidélité ; parce qu'ils sont l'un pour l'autre un sujet d'émerveillement. Paul ne s'extasiait-il pas devant la ferveur   des Thessaloniciens (Th 1,2-10), preuve vivante de la puissance de son Evangile ? Ne faisait-il pas oraison sur la foi de ses fidèles ? 

Encore faut-il que l'Eglise soit autre chose qu'un amalgame d'habitués, dont le seul lien serait la peur de changer ; autre chose aussi qu'une juxtaposition fortuite de brasseurs d'affaires "apostoliques", venant pomper, à la station-service dominicale, le carburant de leur activisme. Encore faut-il que mon frère ne soit pas pour moi une pure main-d'oeuvre "apostolique", l'homme à tout faire que je trie et que j'aiguille de mon dispatching sacerdotal, sans tenir compte de son mystère personnel, pour des raisons de productivité. 

André Manaranche - Je crois en Jésus-Christ aujourd'hui - Seuil, 1968  

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