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M-J Le Guillou - Page 2

  • la question posée à Pierre

    [30] Est-ce que nous aimons Dieu ? L'aimons-nous comme nous chérissons un être très proche, plus encore, davantage que tout être ? (...) le Seigneur n'a pas à nous poser d'autre question que celle posée à Pierre au soir de sa vie : [31]  " Pierre m'aimes-tu ?"  Chacun entend dans sa conscience cette parole : " Pierre m'aimes-tu plus que ceux-ci ?", es-tu décidé à jouer ta vie sur ma vie, es-tu décidé à t'engager avec moi, es-tu décidé à connaître la mort et la résurrection ? Car enfin, ce que le Seigneur nous propose c'est d'entrer dans la vie : " Je suis venu pour qu'ils aient la vie, et qu'ils l'aient en abondance ". L'atrocité de la souffrance et l'atrocité de la mort sont là : le Seigneur ne les nie pas puisqu'il les traversera mais il passera en triomphant de la fragilité humaine, de la faiblesse humaine, en les enveloppant d'amour car au fond, il n'y a de vérité et de vie que dans l'amour. C'est l'amour seul qui compte.  

    Marie-Joseph Le Guillou - La puissance de l'amour de Dieu dans sa paroles, homélies année C - Ed. Parole et Silence 2007. ISBN 978-2-911940-13-2

  • sens de l'existence

    [22] Garder nos coeurs en Jésus-Christ, il n'y a rien de plus merveilleux ; garder nos coeurs dans une dépendance incessante au mystère du Christ, il n'y a rien de plus apaisant. Oui, je vous le demande, gardez vos coeurs dans cette présence indicible du Seigneur et découvrez que le [23] Seigneur n'a qu'une visée, celle de nous faire crier de joie en sa présence même.

    Il veut nous faire découvrir qu'il est là au milieu de nous, même au milieu des tribulations, même au milieu des difficultés, même au milieu de l'atrocité de ce monde. "Jubilez, criez de joie". Il ne s'agit pas de nier le mal ou la souffrance, nous savons qu'ils sont trop présents et actifs dans le monde pour le faire. Mais au-delà, il y a quelque chose d'infiniment plus grand, d'infiniment plus beau qui enveloppe tout cela et qui lui donne sens, c'est la joie même de Dieu.

    Dieu veut nous faire participer à sa joie et s'il a créé le monde, c'est pour que nous vivions de sa joie. Si toute l'histoire sainte se déroule comme nous la connaissons, c'est pour que nous vivions de sa joie ; si toute l'histoire de l'Eglise se déroule comme nous le savons, c'est pour que nous vivions de sa joie. Et s'il laisse le monde se développer ainsi, c'est pour que dans la liberté nous reconnaissions l'amour. Oui soyons des témoins de l'amour, des témoins véridiques, des témoins qui ont fait l'expérience de leurs limites et de leurs faiblesses et qui découvrent que sublime est le nom du Seigneur.  

    Demandons (...) au Seigneur d'entrer dans sa joie, de participer à ce souhait de Paul : " Soyez dans la joie" (cf. Phil 4). Paul connaît l'atrocité du monde, il n'est pour le savoir que de relire la deuxième épître aux Corinthiens. Vous verrez combien il a fait l'expérience, à l'intérieur de lui-même, de la souffrance qui est au coeur du monde, de ce monde qui est en agonie. Et pourtant c'est le même homme qui nous  dit : " Soyez dans la joie".  

     

    Marie-Joseph Le Guillou - La puissance de l'amour de Dieu dans sa paroles, homélies année C - Ed. Parole et Silence 2007. ISBN 978-2-911940-13-2

  • Ne soyez inquiets de rien

    [20] "Soyez dans la joie, je vous le répète, soyez dans la joie. Que votre sérénité soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. Ne soyez inquiets de rien, mais en toutes circonstances, dans l'action de grâces, priez et suppliez pour faire connaître à Dieu vos demandes." (Phil 4)

    Ce qui doit caractériser le chrétien, c'est la sérénité. Au milieu des tribulations de ce monde, qu'il garde cette paix, cette joie qui lui viennent de la proximité du Seigneur. Le Seigneur l'habite, il est au milieu de l'Eglise, il est au coeur de chacun d'entre nous. L'inquétude est dépassée parce que tout simplement tout est repris dans la prière et l'action de grâces et que nous demandons tout au Seigneur, sûrs d'être accueillis par Lui. (...) La tranquilité du mystère de Dieu nous unifie, nous met en place et nous rend disponibles aux événements, disponibles à nos frères, disponibles à tous. Ce que nous avons à demander, c'est cette joie fondamentale, cette joie qui est merveilleuse : laissons éclater notre joie car Dieu est au milieu de nous.

     

    Marie-Joseph Le Guillou - La puissance de l'amour de Dieu dans sa paroles, homélies année C - Ed. Parole et Silence 2007. ISBN 978-2-911940-13-2

  • l'unique nécessaire

    [17] " Il faut aller de commencement en commencement par des commencements qui n'auront pas de fin. " (St Grégoire de Nysse). Laissez le Seigneur faire le chemin en vous, laissez-lui construire son unique chemin, son seul chemin qui est le sien, celui que vous ne pouvez pas inventer. Le Seigneur ne fait pas de multiples oeuvres alors que l'homme veut créer de plus en plus. Le Seigneur ne fait qu'une oeuvre : la volonté de son Père. Alors nous aussi, n'ayons qu'une oeuvre  qui transcende toutes les oeuvres que nous avons à faire : découvrir l'amour du Seigneur, le laisser se dévoiler à nous-mêmes et à nos frères dans la joie de Dieu.

     

    Marie-Joseph Le Guillou - La puissance de l'amour de Dieu dans sa paroles, homélies année C - Ed. Parole et Silence 2007. ISBN 978-2-911940-13-2

  • jour du Seigneur

    [16] Avons-nous le sens de ce que la tradition appelle l'eschatologie, c'est-à-dire la fin des temps ? Avons-nous le [17] sens que le plus important est "le jour du Christ",  le jour où le Christ nous rassemblera tous autour de lui dans la vision et dans sa résurrection ? Le Christ viendra comme il est venu parce qu'il nous entraînera définitivement avec lui et que nous ne serons plus qu' " un " dans le mystère de Dieu.

    Une vie chrétienne est une vie toute polarisée par ce jour du Seigneur, par ce jour auquel rien n'est comparable, qui n'est pas du tout comme dans l'Ancien Testament un jour d'effroi mais qui est un jour de rencontre dans l'amour, de découverte de la plénitude de la justice de Dieu, grâce à Jésus-Christ, pour la gloire et la louange de Dieu.

     

    Marie-Joseph Le Guillou - La puissance de l'amour de Dieu dans sa paroles, homélies année C - Ed. Parole et Silence 2007. ISBN 978-2-911940-13-2

  • Si tu cherches le repos

    [8] Pensons-nous vraiment que le Seigneur habite en nous et qu'il nous transfigure jusque dans notre corps ? Pensons-nous vraiment que la transfiguration de notre être est commencée et que le mystère de Dieu est présent au coeur de nos vies ? " Si quelqu'un m'aime, il gardera ma Parole, mon Père l'aimera et nous établirons en lui notre [9] demeure" (Jn 14,23). Etre habité ! Pensez-vous à cette habitation ineffable de Dieu, à ce dialogue incessant que vous offre le Christ ? En réalité, ce que le Seigneur nous propose, c'est de choisir entre ce commerce avec lui et le commerce avec le monde. Nous sommes tous spontanément plus prêts au dialogue non pas avec le Seigneur mais avec le monde. Demandons au Seigneur d'apprendre à lui plaire, d'apprendre cette complaisance d'amour en Lui, de nous habituer à nous reposer dans son amour. La tradition nous livre cette notion fondamentale que l'on trouve dans l'Evangile : le repos.

    Il s'agit de nous reposer en Dieu. Dieu est-il notre repos, ce repos qui détend notre être, le rectifie et nous remet dans la vérité du Seigneur ? C'est une expérience à faire absolument. Si vous ne l'avez pas faite, commencez et, si je puis m'exprimer ainsi, "jouer" avec le mystère de présence et d'amour du Seigneur. Bien sûr, Il se cachera, bien sûr à certains moments, Il disparaîtra, mais c'est toujours pour une présence plus profonde.

     

    Marie-Joseph Le Guillou - La puissance de l'amour de Dieu dans sa paroles, homélies année C - Ed. Parole et Silence 2007. ISBN 978-2-911940-13-2

     

  • la fragilité au coeur de Noël

    (...) Cette fragilité est au cœur de Noël, au cœur de toutes nos vies parce que, en chacune, il y a le mal à l'œuvre et nous devons le regarder en vérité.

    Devant tout enfant, nous éprouvons une tendresse ineffable dont nous parle Saint Luc. Nous espérons pour son avenir et nous sommes pris par la joie et la paix parce qu'un avenir est là, parce qu'un avenir se dessine. Nous savons que le terme de cet avenir est déjà donné et qu'il est inscrit au cœur même de cet être.

    C'est un mystère de tendresse, oui, de tendresse infinie mais aussi un mystère de puissance. Il y a quelque chose d'extraordinaire :  Dieu vient à nous dans la faiblesse. Dieu vient à nous dans cet enfant couché dans une mangeoire et emmailloté. C'est le Seigneur Dieu que nous adorons, le Seigneur qui a fait le ciel et la terre. Dieu vient à nous, non pas comme nous le souhaiterions tous, c'est-à-dire en triomphant magnifiquement de toutes les difficultés, en nous protégeant de la souffrance et en nous évitant la mort mais au contraire, il vient pour les assumer en les prenant sur lui. C'est cela le mystère de Noël, un mystère de rencontre avec la faiblesse et la puissance. Dieu est à l' œuvre et vous vous souvenez de ce que l'Ange du Seigneur dit  aux bergers: «Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple: aujourd'hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, il est le Seigneur ».  

    «Ne craignez pas, je vous annonce une bonne nouvelle ! » Pour combien d'entre vous Noël est-il la bonne nouvelle, la bonne nouvelle qui éclate dans les cœurs, la bonne nouvelle qui chasse toutes les autres nouvelles, la bonne nouvelle qui fait que toutes les actualités de ce monde ne paraissent rien même si elles sont tragiques, même si elles sont atroces? Nous interrogeons-nous, nous tous bien pensants, que disons-nous pour que Noël soit la bonne nouvelle ? Dans le monde occidental ou dans les autres continents, des hommes méprisent la vie, des hommes béatifient l'avortement, des hommes nient la mort, la refusent sottement alors qu'il faudrait sauver la vie, la faire respecter à tout prix pour qu'elle triomphe. Le Seigneur nous dit: « Je vous annonce une grande joie » parce que toute vie est respectée, toute vie est merveilleuse, toute vie a des possibilités étonnantes. Croyons-nous que la vie est merveilleuse ? Au coeur même de la souffrance, au cœur de l'anéantissement, il peut y avoir la joie, la joie de Dieu. (...) 

    Sommes-nous des hommes décidés à jouer notre vie pour Dieu, à la jouer pour de bon, à devenir des êtres pour qui Dieu existe, pour qui Dieu est un être non pas imaginaire comme tant d'hommes le pensent, mais un être qui  est Dieu, le seul qui compte, le seul  qui engage nos vies, le seul à travers qui tout passe?

    Est-ce que nous aimons Dieu? L'aimons-nous comme nous chérissons un être très proche, plus encore, davantage que tout être? Je vous pose cette question car elle est centrale dans nos vies. En cette fête de Noël, le Seigneur n'a pas à nous poser d'autre question que celle posée à Pierre au soir de sa vie: «Pierre m'aimes-tu?» Chacun entend dans sa conscience cette parole: «Pierre m' aimes-tu plus que ceux-ci? », es-tu décidé à jouer ta vie sur ma vie, es-tu décidé à t'engager avec moi, es-tu décidé à connaître la mort et la résurrection ? Car enfin, ce que le Seigneur nous propose c'est d'entrer dans la vie: «Je suis venu pour qu' ils aient la vie, et qu'ils l'aient en abondance ». L'atrocité de la souffrance et l'atrocité de la mort sont là: le Seigneur ne les nie pas puisqu'il les traversera mais il passera en triomphant de la fragilité humaine, de la faiblesse humaine, en les enveloppant d'amour car au fond, il n'y a de vérité et de vie que dans l'amour. C'est l'amour seul qui compte.

    Avez-vous lu certains récits russes d'hommes qui ont traversé la souffrance? L'un d'entre eux raconte comment il a triomphé de tous les esclavages, il a brisé toutes les contraintes établies contre lui et il s'écrie qu'il est seul mais qu'un homme seul peut tout briser à condition d'aimer. C'est ce que le Seigneur nous demande: briser les liens qui sont à briser mais resserrer les liens d'amour entre les hommes qui les construisent.

    Le Seigneur nous demande d'avoir au cœur la joie d'être sauvés. Etes-vous persuadés d'être sauvés, êtes-vous sauvés en espérance, comme dit saint Paul ? Croyez-vous vraiment au tréfonds de votre être que vous avez besoin d'être sauvés par le Seigneur, je dirais arrachés, comme on arrache une proie aux serres de l'aigle, du mal, de la souffrance et de la mort?  Y croyons-nous vraiment?  Sommes-nous assez fous ensemble pour croire à  cette vérité et pour nous la donner réciproquement ? Nous devons incarner cette phrase du Seigneur: « aimons-nous les uns les autres ». Ce ne sont pas des mots et Lucien, le "Voltaire" de l'Antiquité, disait des anciens: «On leur a fourré dans le crâne qu'ils sont frères ». Oui, c'est cela, on  nous a fourré dans le crâne que nous sommes frères. Nous vivons cette folie de croire à la folie de l'amour de Dieu.

    En cette fête de Noël, je vous demande une chose: croire au bonheur, croire à la plénitude du bonheur, à la plénitude de la vérité du bonheur, de la joie triomphale du bonheur. C'est une véritable joie qui est dans notre cœur devant ce petit enfant si fragile et cependant tout-puissant. Il triomphera, après sa mort, dans la résurrection. Voilà ce que nous confessons après avoir entendu les paroles de Paul: « Il s'est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien». Sommes-nous ardents à faire le bien, ardents à tout lâcher pour le Christ comme Paul regarde toutes choses derrière lui comme des ordures, de la balayure pour gagner le Christ ? Nous sommes des êtres extraordinaires ! Les chrétiens, s'ils savaient ce qu'ils sont et s'ils savaient vivre, transformeraient le monde par leur témoignage de vie. Ils transformeraient le monde car ils seraient ce que le Seigneur leur demande d'être. Le Seigneur n'a pas promis une transformation magique mais il a promis un monde de justice et de paix : « Gloire à Dieu, au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qui l'aiment ». Un triomphe de l'amour! Vous savez combien l'amour est humble, pauvre parce qu'il se met aux pieds de ses frères. (...)

    Marie-Joseph Le Guillou - La puissance de l'amour de Dieu dans sa Parole - Ed. Parole et Silence, 2007 pp. 29-32