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A quoi bon espérer en un ciel ?

[270] (...)

Je répondrais de façon tout à fait élémentaire : par consentement à la vie, par amour de la vie !

Cette affirmation a une double portée. Elle ne suggère ni la jouissance superficielle ni une consommation forcenée ; [271] elle suggère - avec le réalisme de Qohélet - une vie vécue dans toute l'ambivalence de la praxis et de l'histoire humaines, sans illusion sur nous-mêmes. Elle suggère donc d'abord un amour de la vie avant la mort : comme souci et comme joie de vivre une vie au milieu de toutes les tensions, les ruptures et les conflits, dans sa varité, sa chaleur, sa plénitude, avec ses profits et ses pertes, avec ses succès et ses échecs. La "résurrection ici et maintenant " dont a parlé Kurt Marti : l'amour pour la vie comme sursaut contre ce qui est mort dans la vie, comme assentiment à la vie et aussi comme création de vie pour les autres. Oui, nous voulons "être heureux sur terre", comme l'a dit Henri Heine (et parfois nous le sommes effectivement), "avec assez de pain...les roses, les myrtes, la beauté et le plaisir, et les petits pois ne manquent pas non plus " Et nous ne songeons pas à vitupérer, au nom de la théologie, la vie terrestre, l'amour terrestre, le bonheur terrestre. Mais, laisserons-nous pour autant le ciel "aux anges et aux moineaux" ? 

Au contraire : précisément parce que nous aimons la vie, nous ne nous laisserons pas enlever l'espérance que tout ce qui est bon, toute la vie et l'amour ne périront pas dans l'ultime néant. Par conséquent amour pour la vie aussi après la mort, car l'amour de la vie est invisible. Nous ne sommes pas certains d'aller un jour au ciel. Nous sommes sur terre pour vivre sur terre, c'est-à-dire pour vivre ici et maintenant, en hommes, véritablement en hommes, en chrétiens. Mais précisément parce que nous aimons la vie avant la mort, nous espérons en une vie après la mort. C'est pour nous l'alternative majeure. Ou pour mieux dire : nous pouvons - c'est pour nous la grande possibilité, la chance, la grâce -espérer en une vie après la mort. Précisément parce que nous acquiescons ici-bas à la vie, nous ne nous laisserons pas enlever l'espérance d'une vie éternelle ; oui, nous nous opposerons aux puissances de mort, là où la résignation, le désespoir et le cynisme risquent de prendre le dessus.

L'heure la plus heureuse ne dure pas, vivre c'est toujours et encore souffrir, notre vie finira avant d'être  et sans être comblée. Qui oserait le contester ? Qui pourrait nier que nous-mêmes, si tard que nous mourrions, nous mourrons trop tôt et notre vie restera tronquée ? Que de choses inachevées, imparfaites, inassouvies, que de travaux  inachevés, que de jugements imparfaits, de bonheurs inassouvis. 

(...) [273] ... une chose est capitale : ce n'est pas parce que nous désespérons de la terre que nous souhaitons aller au ciel, mais tout au contraire: c'est précisément parce que, malgré tout, nous avons fait ici-bas l'expérience du bonheur que nous espérons que celui-ci dure "au ciel". Et cela aussi est vrai : c'est bien parce que nous souhaitons aller au ciel que le désespoir de cette terre n'aura pas le dernier mot. (...)

Tout ce qui importe, c'est que le ciel et la terre soient considérés dans leur polarité et en même temps dans leur union. Qu'est-ce-à-dire ? C'est dire que de même que la terre n'est pas le ciel et qu'elle doit rester terre, de même le ciel n'est pas la terre et doit rester ciel. De même que l'homme ne doit pas être divinisé, de même il ne faut pas faire de la terre un paradis. Mais cette polarité signifie t-elle que la terre doit être laissée à elle-même , comme on l'a si souvent fait dans les premiers temps "chrétiens", ou bien que le ciel doive être laissé à lui-même, comme on le fait à notre époque moderne ? Non, la polarité implique en même temps un lien nouveau entre ciel et terre. Il s'agit de ne pas oublier le ciel - le Père qui est aux cieux - quand nous parlons de la terre, de ses problèmes, de ses besoins et des ses espérances, et même d'avoir, sur les rapports entre ciel et terre, des idées neuves et un langage nouveau. Et inversement aussi, ne pas parler du ciel sans en tirer les conséquences pour cette terre : " Que sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel." Il s'ensuit que celui qui veut parler du ciel dans l'esprit biblique doit obligatoirement parler aussi de la terre et vice versa.

                                                            A suivre...

Hans Küng - Vie éternelle ? - Ed du Seuil 1985

 

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