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Prier

  • converser avec le Maître (06) : cinquième méthode

    Extrait du livre : "Pour converser avec le Maître" de G. Courtois (Éditions Fleurus 1949)

     

    LE FEU

     

    C'est l'illustration de la phrase de Notre Seigneur : " Je suis venu apporter le feu sur la terre, et que puis-Je vouloir sinon qu'il s'allume (Lc 12,49). Cette méthode a l'avantage de mettre l'accent sur la vertu essentielle du christianisme qu'est la charité. Vous pouvez prier de la manière suivante :

    1°) Faites un acte de foi en l'amour infini de Dieu pour vous. Pensez que Dieu vous a aimé jusqu'à la folie de la crèche, jusqu'à la folie de la croix, jusqu'à la folie de l'hostie, d'un amour personnel, s'adressant vraiment particulièrement à vous.

    " J'ai pensé à toi dans mon agonie. J'ai versé telle goutte de sang pour toi." (Pascal) Et cela malgré vos négligences et vos fautes : " Je t'aime plus ardemment que tu n'as aimé tes souillures." (Pascal) "Si l'on pouvait se rendre compte, disait sainte Thérèse, de l'intensité de l'amour de Jésus pour nous, nous serions comme anéantis."

    2°) Après Lui avoir demandé pardon de si peu L'aimer, suppliez-Le de vous accorder la grâce de L'aimer davantage. Ne craignez pas d'insister :

    "Seigneur, Vous qui savez tout, Vous savez bien que je suis loin de Vous aimer comme Vous méritez de l'être. Vous savez bien que je Vous ai souvent déçu et que je Vous déçois encore. Je Vous en supplie, mettez le feu à mon cœur, pour que toute ma vie soit dominée par votre amour."

    3°) Communiez à l'amour de Marie pour Jésus. Personne ne L'a aimé comme elle. Il n'y a pas de plus grande joie à lui faire que de lui demander de faire passer en nous quelque chose de son amour pour Jésus. (...)

    4°) C'est le point culminant de cette méthode : il s'agit pendant quelques instants, sans rien dire à Jésus, de Lui faire sentir l'intensité de votre amour pour Lui.  Il ne s'agit pas de vous forcer, mais, très paisiblement et très loyalement, de concentrer sur Lui toute votre volonté d'amour.

    5°) L'amour de Jésus doit avoir comme principale expression une plus grande charité vis-à-vis du prochain, aussi importe t-il de faire grandir en votre cœur quelque chose de l'amour de Jésus pour le monde entier et plus spécialement pour les personnes de votre entourage. (...)

    6°) Efforcez-vous de vous faire poste émetteur, et d'envoyer comme des ondes de charité, de bienveillance, de sympathie, à toutes les personnes auxquelles vous avez affaire et, d'une manière générale, à toute l'humanité. Prévoyez les personnes avec lesquelles vous serez en contact, et d'avance adressez-leur des pensées de bienvenue, des souhaites de bonheur et de vie meilleure.

    Alors, finalement, en esprit offrez toute l'humanité actuellement sur la terre, et offrez-la aux rayons du Cœur de Jésus, pour qu'Il daigne les embraser du feu de sa divine charité.

     

  • converser avec le Maître (05) : quatrième méthode

    Extrait du livre : "Pour converser avec le Maître" de G. Courtois (Éditions Fleurus 1949)

     

    LES TROIS OFFERTOIRES

     

    Cette méthode des trois offertoires consiste :

    1. A s'offrir soi-même à Jésus pour se remplir de lui.

    2. A lui offrir l'humanité pour qu'il puisse la guérir et la sanctifier ;

    3. A l'offrir lui-même à son Père comme l'hostie parfaite de louange et d'amour, au nom de toute l'humanité.

     

    Reprenons ces trois points.

    1. S'offrir soi-même à Jésus

    Dans la vie du moine Dom Marmion il nous est rapporté que son père, fervent Irlandais, avait pris la résolution de ne jamais rester plus de dix minutes sans faire à Dieu l'offrande de tout lui-même. Sans arriver à cette performance spirituelle, il est bien certain que tout chrétien trouverait un enrichissement spirituel extraordinaire à s'offrir plus fréquemment à Notre Seigneur.

    Ce qui empêche peut-être certaines âmes de s'offrir à Dieu, c'est, pour les unes, la peur : "Songez donc, Dieu pourrait m'enlever ce que je vais Lui offrir !" ; pour les autres, une humilité pusillanime : " Que puis-je offrir à Dieu ? Je n'ai rien, et je ne suis rien."

    Si Dieu désire que nous nous offrions à Lui, ce n'est pas pour nous enlever ce que nous Lui présentons, mais pour nous remplir de tout ce qu' Il est, de tout ce qu'Il a. Infiniment respectueux de notre liberté humaine, Il ne pénètre en nous que dans la mesure où nous nous ouvrons à Lui, ou, en d'autres termes, dans la mesure où nous nous offrons à Lui. Il est tout don, toujours disposé à se répandre en chacun de nous et à dilater notre âme en intensifiant notre désir de nous laisser envahir par Lui.

    Le sentiment de notre misère, loin de ralentir l'élan de notre offrande, doit au contraire le stimuler. Et c'est précisément parce que nous sommes pauvres et misérables que nous avons besoin des richesses divines.

    Pour vous aider à faire ce premier offertoire, vous pouvez utiliser des phrases comme celles-ci (mais en veillant à ce qu'elles correspondent à votre véritable mouvement intérieur, car il n'y a de prière véritable que là où il y a loyauté du désir) :

    " Seigneur, je Vous offre mon esprit, remplissez-le de Vos pensées, pour que j'arrive à pensez comme Vous." (Arrêtez-vous quelques instants et précisez même les sujets sur lesquels vous désirez que le Christ fasse passer en vous son idée divine).

    " Seigneur, je Vous offre mes yeux, remplissez-les de votre regard pour que j'arrive à voir les gens, les événements et les choses comme Vous les voyez Vous-même."

    " Seigneur je Vous offre mon cœur, remplissez-le de votre amour, afin que j'arrive à aimer comme Vous."

    " Seigneur, je Vous offre ma volonté, remplissez-la de vos énergies, pour que j'arrive à vouloir comme Vous."

    " Seigneur, je Vous offre ma vie, remplissez-la de votre grâce, pour qu'elle serve à votre gloire."

    " Je Vous offre mon être tout entier, remplissez-le de tout Vous-même, pour que Vous puissiez Vous servir de moi, à volonté, en vue de la réalisation de vos desseins d'amour."

    Dans le même esprit, on peut offrir ce que l'on fait, ce que l'on souffre, ce que l'on espère, afin que tout cela, uni aux travaux de Jésus, aux souffrances de Jésus, aux désirs de Jésus, serve efficacement à la rédemption du monde.

    On peut même offrir l'heure de notre mort, afin qu'unie à la mort de Jésus en Croix, elle contribue, pour son humble part, au salut de l'humanité.

     

    2. Offrir l'humanité à Jésus pour qu'il puisse la guérir et la sanctifier

    En vertu de la communion des Saints, vous avez le droit, dans un grand élan de charité, de Lui offrir tous nos frères et sœurs de l'humanité. Vous pouvez aussi Lui offrir les prières de ceux qui prient, les douleurs de ceux qui souffrent, les combats de ceux qui luttent, les fatigues de ceux qui peinent, pour que tout cela, se coulant dans son oblation incessante, puisse prendre valeur de rédemption.

    Vous pouvez également Lui offrir les âmes découragées pour qu'Il les réconforte, les âmes en détresse pour qu'Il les console, les âmes courageuses pour qu'Il les soutienne, les âmes dans l'épreuve pour qu'Il les fortifie.

    Vous pouvez Lui offrir les péchés du monde pour qu'Il les pardonne, les efforts et les actes de vertu pour qu'Il les fasse fructifier, les défauts et les misères morales pour qu'Il y apporte le remède salutaire.

    "Seigneur, j'offre aux rayons de votre humilité toutes les âmes orgueilleuses, aux rayons de votre pureté toutes les âmes sensuelles, aux rayons de votre amour tous les égoïsmes et toutes les haines de la terre... etc..."

    Vous pouvez à ce moment-là renouveler le geste de ces disciples dont nous parle l’Évangile, qui n'hésitaient pas à présenter à Jésus tous les malades et tous les infirmes de leur voisinage. " Une force sortait de lui qui les guérissait tous " relate saint Luc (Lc 6,19). Vous pouvez prendre tous les malades du monde et les offrir ainsi aux radiations salutaires du Christ Sauveur.

     

    3. Offrir Jésus à son Père

    Jésus, Verbe incarné, est la parfaite Hostie de louange. C'est par Lui, avec Lui et en Lui que sont rendus au Père des cieux une gloire véritable et un honneur total, c'est-à-dire digne de Lui. Lui seul est capable d'adorer le Père autant qu'il est adorable, de L'aimer autant qu'il est aimable, de Lui demander pardon autant qu'Il a été offensé, de Le remercier autant qu' Il a été bienfaisant.

    Or, au baptême, en devenant membre du Christ, vous avez acquis le droit d'offrir au Père Celui qui est l'oblation parfaite.

    Pour réaliser ce troisième offertoire, vous pouvez, en union avec Marie, procéder ainsi :

    "Père éternel, en union avec Marie Vous présentant Jésus à Bethléem, au temple de Jérusalem, au Calvaire, à la descente de Croix, je Vous offre la prière incessante de Jésus pour tous les besoins du monde. Je vous offre ses humiliations, en réparation de toutes les fautes d'orgueil ; ses jeûnes au désert, en réparation des fautes de gourmandise ; ses fatigues, en réparation des fautes de paresse ; sa flagellation, en réparation des fautes d'impureté; sa charité totale, en réparation de tous les égoïsmes de la terre."

    Vous pouvez également vous unir à Lui dans l'acte incessant d'offrande qu'Il ne cesse de faire Lui-même à son Père, par ses prêtres, sur tous les autels de la terre.

     

     

     

  • Seigneur notre secours

     

    Seigneur, mon secours : psaume 120 cliquer ici

    en union de prière avec les victimes des attentats terroristes des 7, 8 et 9 janvier

    en union avec nos frères chrétiens persécutés dans le monde en particulier au Nigeria et au Proche Orient

  • converser avec le Maître (04) : troisième méthode

    Extrait du livre : "Pour converser avec le Maître" de G. Courtois (Éditions Fleurus 1949)

     

    LES PHRASES D’ÉVANGILE

     

    Vous possédez certainement un Évangile ; pas simplement les passages d’Évangile qui sont dans votre missel, mais les quatre récits évangéliques complets de saint Matthieu, saint Marc, saint Luc, saint Jean. 

    Constituez-vous une anthologie, ou, si vous préférez, des morceaux choisis, à votre usage personnel, des phrases d’Évangile, et surtout des phrases de Notre Seigneur qui vous touchent davantage.

    Et maintenant, voici comment vous pouvez procéder :

    Après avoir adoré Notre Seigneur, imaginez que Jésus vous adresse telle parole - et ce n'est pas une imagination factice, car en prononçant cette phrase, Il savait qu'un jour vous la noteriez, et Il y a caché un sens spécial pour vous. Demandez-Lui de vous la faire comprendre, et répétez-la plusieurs fois, savourez-la pour en extraire tout le suc caché. 

    Peut-être ces simples mots seront-ils le point de départ d'une conversation cœur à cœur avec Lui ? Alors, ne cherchez pas plus loin, et laissez-vous aller avec une grande simplicité à cette conversation intérieure qui facilite la mystique étreinte de l'âme avec son Dieu où, par le don mutuel, s'opère en nous une imprégnation plus profonde des vertus divines. 

    Si, au contraire, telle phrase s'est vite usée, et aujourd'hui ne vous dit rien, prenez-en une autre, puis une troisième. Vous en tirerez au moins une prière courte et fervente que vous pourrez murmurer, méditer tout au long de votre journée.

    En tout cas, on ne perd jamais à "presser" l’Évangile. Et même si, sur le champ, on ne semble rien en retirer, plus tard, dans le travail, à l'heure de la lutte ou de la souffrance, on s'aperçoit que les idées de Jésus ont pénétré notre substantifique moelle.

    Vous pourriez d'ailleurs faire la même chose avec les psaumes, les lettres de saint Paul, les textes de la liturgie du jour.

  • converser avec le Maître (03) : deuxième méthode

    Extrait du livre : "Pour converser avec le Maître" de G. Courtois (Éditions Fleurus 1949)

     

    GETHSEMANI

     

    Cette méthode convient surtout en cas de fatigue, de manque de temps ou de goût à prier, d'absence d'idées.

    Rappelez-vous ce que l’Évangile nous rapporte de la prière de Jésus au Jardin des Oliviers : "Entrant en agonie, Il prolongeait sa prière" (au lieu de la raccourcir comme nous serions tous tentés), répétant toujours la même chose : " Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de Moi, mais que votre volonté soit faite, et non la mienne !" (Lc 22,42). 

    Il n'y a rien de plus simple que cette méthode. Pour être toujours en mesure de l'utiliser, ayez habituellement avec vous, sur un petit carnet, une liste d'intentions qui vous tiennent à cœur, ou, si vous préférez, un catalogue personnel de courts versets bibliques correspondant à vos véritables besoins d'âme et aux désirs que vous avez au fond de vous-même concernant la gloire de Dieu, le bien de l’Église, le bonheur de tous ceux qui vous sont chers...

    Pour établir ce carnet on peut se servir de phrases prises dans l’Évangile : " Seigneur, je crois, mais augmentez ma foi. - Seigneur, Vous qui savez tout, Vous savez bien que je vous aime. - Seigneur, si Vous le voulez, Vous pouvez me guérir "; des différentes paroles du Notre Père, etc. ou bien de prières prises dans les psaumes ou dans la liturgie; ou plus simplement encore, de formules que l'on invente soi-même parce qu'elles correspondent vraiment à nos nécessités personnelles.

    Il est parfaitement licite d'introduire dans cette liste des intentions d'ordre temporel, comme la santé, la réussite de tel projet, le succès de telle entreprise, etc. Notre Seigneur s'intéresse à tout ce qui nous touche. Dans le Pater, Il nous fait demander le pain quotidien. Il ne Lui est pas plus difficile de donner beaucoup que de donner moins. C'est de la mesure de notre confiance qu'Il fait dépendre la mesure de sa puissance effective à notre égard.

    Ne vous laissez jamais arrêter par la stupide objection : " Le Seigneur sait mieux que moi ce dont j'ai besoin, pourquoi donc Lui préciser mes intentions ? "

    Certes, le Seigneur sait toutes choses mieux que nous, mais Il sait aussi qu'il nous est salutaire, pour nous garder dans l'humilité et stimuler notre prière, de nous rendre compte de nos besoins, et c'est pourquoi Il tient à ce que nous entrions dans les détails.

    L'essentiel c'est de Lui faire confiance pour qu'il trie dans nos désirs ceux qui s'harmonisent avec son dessein d'amour sur nous.

    Ce qui est certain, c'est qu'aucune de nos demandes ne reste sans la réponse que nous aurions donnée nous-même, en voyant les choses comme Il les voit. Et Il attend notre prière pour nous accorder ce qui nous convient le mieux. "Demandez et vous recevrez ! Frappez et l'on vous ouvrira ! " (Mt 7,7)

    Après avoir adoré Notre Seigneur et vous être humilié devant Lui, choisissez quelques unes de ces intentions, et répétez-les lentement dix ou vingt fois de suite. Mais, prenez garde, il ne s'agit pas de vous transformer en moulin à prières ou de battre un record de vitesse, comme certaines personnes qui récitent en s'essoufflant  chapelets ou litanies. Méfiez de ce que Notre Seigneur appelle "l'abondance de paroles" (cf. Mt 6,7).

    Voici comment il vous faut procéder :

    Exprimez clairement, à voix basse ou au fond de vous-même, la phrase que vous avez choisie, en vous adressant à Notre Seigneur. Puis faites une pause d'une ou deux minutes ; pendant ce temps, concentrez votre volonté sur l'intention que vous venez d'exprimer, et sans rien dire essayez de faire sentir l'intensité de votre désir. Ce qui fait la force de notre prière, ce n'est pas le nombre de nos paroles, mais la puissance de notre cri intérieur. Vos prières, souvent, ne sont pas exaucées parce qu'elles ne sont pas assez "violentes" (cf. Mt 11,12)

    Puis exprimez à nouveau la même phrase, et ainsi de suite. Pour varier, vous pouvez d'ailleurs la prononcer en union avec Notre-Dame, avec votre Ange gardien, avec tel saint qui vous est cher, en union avec tous ceux qui prient en même temps que vous sur la terre, ou au nom de tous ceux qui ne prient pas.

    Quand une intention vous semble avoir été suffisamment présentée au seigneur, prenez-en une autre. Mais surtout ne cherchez ni la complication, ni la multiplication.

    Terminez comme Notre Seigneur à Gethsémani, ou sur la Croix, par un acte de communion à la volonté du Père et d'abandon confiant entre ses mains. " Père, que votre volonté soit faite et non la mienne" (Lc 22,42) - "Entre vos mains je remets mon esprit et tout ce que je suis" (Lc 23,46).

     

     

     

     

  • Pour converser avec le Maître 02 : première méthode

    Extrait du livre : "Pour converser avec le Maître" de G. Courtois (Éditions Fleurus 1949)

    La Halte féconde

    Considérez le temps dont vous disposez comme le temps d'une halte bienfaisante, où vous rencontrez le Seigneur. Rencontre de deux regards, de deux cœurs, de deux désirs.

    Rencontre de deux regards :

    Pensez qu'Il est là, qu'Il vous voit, qu'Il vous regarde... Restez-là sans rien dire, à Le regarder vous aussi le plus longtemps possible, sans vous fatiguez, à la manière du paysan d'Ars qui résumait sa prière par ces mots : "Je L'avise et Il m'avise".

    Faites passer dans ce regard intérieur tous les sentiments qui vous viennent à l'esprit: votre foi... votre adoration... votre reconnaissance... votre repentir... votre confiance...

    Rencontre de deux cœurs :

    On raconte que sainte Thérèse de Lisieux interrogée sur ce qu'elle disait au Bon Dieu quand elle priait, répondit : " Je ne Lui dis rien, je L'aime."

    Vous aussi, sans rien Lui dire, pensez qu'Il vous aime comme Lui seul peut aimer, et en retour essayez de Lui faire sentir, du mieux que vous pouvez votre amour pour Lui. Ce sera peut être timide, mais avec sa grâce, peu à peu, ce sera de plus en plus loyal, de plus en plus profond, de plus en plus intense. Dites-vous bien que rien en vous ne Lui échappe, et ce qui compte à ses yeux c'est précisément la sincérité de vos sentiments intérieurs.

    Rencontre de deux désirs :

    Cette fois-ci, demandez-Lui tout ce que vous pouvez désirer, pour vous, pour l’Église, pour Lui-même. Si vous n'avez pas d'idées précises, récitez par exemple le Pater, en vous arrêtant quelques secondes après chaque demande.

    Puis, et ce n'est pas la partie la moins importante de votre entretien, demandez-Lui qu'Il vous inspire ce qu'Il peut bien avoir à désirer de vous en ce moment. Si vous ne trouvez pas, posez-Lui lentement la question, par une phrase très simple, comme celle de saint Paul sur le chemin de Damas : " Seigneur, que voulez-Vous que je fasse ? Seigneur, qu'attendez-vous de moi ? Seigneur que puis-je faire pour Vous faire plaisir ?" Ce serait bien étonnant que Dieu sous une forme ou sous une autre , ne vous envoie pas une inspiration sollicitée avec une telle confiance.

     

    Pour terminer, demandez à Notre-Dame de vous aider à réaliser ce que son Fils attend de vous, et repartez confiant pour une nouvelle étape.

  • Pour converser avec le Maître (1) : intro

    Extrait du livre : "Pour converser avec le Maître" de G. Courtois (Éditions Fleurus 1949)

     

    Jusqu'à présent, vous avez surtout conçu la prière comme une pieuse obligation qui consistait dans la récitation, aussi attentive et loyale que possible, de formules apprises par coeur, ou lues dans un livre. Oui, sans doute, prier c'est un peu cela. Mais ce n'est pas que cela.

    Voulez-vous une autre définition de la prière ? Je l'emprunte à sainte Thérèse d'Avila : " Prier, c'est converser cœur à cœur avec Dieu." Oh ! j'entends d'ici votre objection : " Converser avec Dieu ? Mais je ne saurais quoi dire... Je me trouverais très vite à court, surtout en face d'un interlocuteur muet !"

    Muet ? D'abord, pas tant que cela. Sans doute Il ne vous parlera pas par bruit de paroles qui frappent vos oreilles. Mais Il a d'autres moyens de faire passer en vous ses idées. Croyez-vous que Celui qui, selon la parole de saint Augustin, "est plus intime à nous-mêmes que nous-même" soit embarrassé pour faire jaillir en nous telle lumière qu' Il lui plaît, ou simplement pour dégager, à travers le mystérieux complexe de notre psychisme, telle pensée qu'il désire mettre en valeur ?

    " Mais, dira-t-on, ne serait-ce pas là purement et simplement le fruit de l'imagination ? d'une sorte d'autosuggestion ? " Appliquons ici la règle du discernement des esprits. On juge d'un arbre à ses fruits. Si les idées qui vous viennent vous incitent à devenir plus humble, plus généreux dans le sacrifice, plus charitable envers ceux qui nous entourent, plus fidèle à votre devoir d'état, allez, rassurez-vous, l'Esprit de Dieu est là, qui peut d'ailleurs, nous l'avons laissé entendre, se servir, pour nous communiquer sa parole ineffable, du jeu normal des lois psychologiques dont Il est l'auteur.  (...)

    " Mais précisément, dites-vous, je suis avant tout un homme (ou une femme) d'action, un esprit pratique, je ne suis pas du tout un mystique..."

    Eh ! qui vous parle de mystique ! Croyez-vous d'abord que "mystique" s'oppose à "pratique" ? Personne n'a eu une vie mystique aussi profonde que la Sainte Vierge. Personne n'a été aussi pratique qu'elle. N'est-ce point elle qui, la première, à Cana, s'est aperçue que le vin allait manquer ? 

    De même, n'est-ce pas Notre Seigneur qui, le premier, se préoccupa de nourrir les foules qui L'avaient suivi au désert ?

    En vérité, puissiez-vous devenir un véritable mystique, c'est-à-dire une âme pour qui les réalités "cachées" ("mystique" vient d'un mot grec qui veut dire "caché") de la foi comptent pratiquement dans sa vie parce qu'elles sont devenues des réalités vécues. 

    Tout chrétien est appelé à vivre de foi, et par conséquent à vivre d'une certaine vie mystique. Il n'est pas nécessaire de connaître la définition de la mystique pour en vivre, pas plus qu'il n'était nécessaire à M. Jourdain de connaître la définition de la prose pour en faire.

    Précisément parce que vous êtes plongés dans l'action, vous avez besoin de venir de temps en temps passer un moment en tête à tête avec Celui qui est " la Voie, la Vérité et la Vie", source  de toute lumière et de toute fécondité.

    Vous l'avez déjà certainement constaté vous-même : sans l'aide de Dieu, nous ne pouvons pas faire grand chose. Le naturel revient si vite au galop ! Nous sommes tentés d'agir plus sous l'influence des considérations humaines que par fidélité à un idéal, plus par égoïsme que par amour véritable, et la recherche subtile de nous-même se glisse à travers tout ce que nous faisons.

    Rien de tel qu'une reprise de contact en profondeur avec Dieu pour nous remettre dans l'axe, voir les choses avec son regard, puiser auprès de Lui les lumières et les énergies en vue d'une nouvelle étape. Notre équilibre intérieur en bénéficiera et notre action aussi.

    Auprès du Maître, on acquiert un sens plus nuancé des proportions de toutes choses, une clairvoyance étonnante pour résoudre les problèmes qui se posent à nous, une intuition plus fine du plan divin sur nous. On acquiert surtout ce sens de Dieu et ses exigences d'amour qui sont le secret du véritable sens de l'homme.

    Ne l'oublions pas : un chrétien, ce n'est pas seulement celui qui pratique, qui va aux offices ; mais celui qui, dans toute sa vie, que ce soit sa vie de famille, de travail, de loisirs, de relations ou sa vie personnelle, s'efforce d'avoir dans la tête les idées de Jésus-Christ, dans le cœur les sentiments de Jésus-Christ, dans la volonté les réactions de Jésus-Christ.

    Or, le proverbe est toujours vrai : " Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es."

    Il n'y a pas de moyen plus efficace pour acquérir les réflexes du Christ que d'entrer peu à peu dans son intimité et de Lui réserver, chaque fois que la chose est possible, un temps d'entretien suffisant pour entretenir la flamme.  Peu importe le nom que l'on donne à ces minutes fécondes ou à ces précieux instants : oraison, méditation, action de grâces, visite au Saint-Sacrement, heure sainte. Peu importe le lieu : une cathédrale, une modeste chapelle, un jardin, une forêt, ou tout simplement un coin de votre chambre. L'essentiel est de venir au Seigneur avec toute votre bonne volonté et, en toute humilité, de vous mettre entièrement "face à Lui".

    Au début, laissez-vous conduire par ce modeste guide qui n'a d'autre prétention que de vous aider à orienter vos premiers pas. Vous trouverez ici exposées plusieurs méthodes. Prenez celle qui vous convient le mieux. Pour éviter la routine ou la fatigue, variez de temps en temps. Le rêve de l'auteur, c'est qu'assez tôt vous arriviez à vous passer de lui et à voler tout seul de vos propres ailes, à la rencontre ineffable du Seigneur. (...)

    J'entends votre objection : " Nous n'avons pas le temps." Si l'oraison est un luxe, j'admets que dans vos vies surchargées par les besognes professionnelles et familiales il ne puisse y avoir place pour elle. Mais si prier est une nécessité vitale, comme de manger et de dormir, alors l'objection est absurde (...)  Au vrai ce n'est pas le temps qui vous manque, c'est la foi : si vous étiez convaincus de l'importance  de la prière, vous trouveriez un quart d'heure ou une demi-heure par jour. Parmi les soirées  employées à la lecture, aux travaux de la maison ou réservées à un film, à une visite, vous n'hésiteriez pas à en garder une pour la recherche de Dieu. Ce qui vous fait aussi défaut c'est le sens de l'effort : alors que vous avez consacré des années à vos études, alors que vous dépensez des sommes considérables de temps, d'imagination d'énergie pour développer vos affaires, vous "calez" dès qu'il s'agit de vous initier à la plus haute activité humaine : la prière. 

     

     

  • Faire oraison 03. Le conseil du vieux curé

    Texte tiré de "Présence à Dieu" Henri Caffarel - 100 lettres sur la prière - Éditions Parole et Silence. pp 15-16

    Le livre sur le site de l'éditeur : ici

     

     

    J'ai rencontré voici peu un paysan savoyard qui, outre son travail professionnel, assume d'importantes responsabilités dans les organismes agricoles. On m'avait parlé de son rayonnement chrétien assez exceptionnel. Nous faisons connaissance, nous nous présentons mutuellement  nos activités. Quand je lui parle des Cahiers sur l'oraison, son intérêt visiblement redouble. Devinant que sa réaction m'intrigue, il vient au-devant de ma curiosité.

    "Quand j'étais jeune, je servais souvent la messe du vieux curé de notre village. Un curieux homme, rude, bourru, silencieux, qu'on redoutait un peu, qu'on aimait ou plutôt qu'on vénérait beaucoup. Qu'on hésitait à aborder dans la vie courante, mais qu'on allait aussitôt consulter en cas d'épreuve, dans son presbytère plus dépouillé qu'une cellule de moine. Il passait des heures entières à l'église, en prière. Un jour - j'avais environ quatorze ans - je lui dis :

    - Moi, aussi je voudrais savoir prier, monsieur le Curé.

    Il a dû alors se passer quelque chose d'extraordinaire en lui car il a souri d'une façon que les mots ne peuvent traduire, lui qu'on ne se rappelait pas avoir vu sourire. J'ai pensé depuis qu'il avait prié toute sa vie pour qu'un jour quelqu'un lui posât cette question. Tellement il paraissait heureux, j'ai cru qu'il allait me parler un long moment, là, dans la sacristie, où flottait une vague odeur d'encens. Je ne peux malheureusement pas vous rendre son regard clair, d'une intense pureté ; du moins vous citerai-je textuellement sa réponse ; elle tient en quelques mots :

    - Quand tu vas vers Dieu, petit, pense très fort qu'il est là et dis-lui : Seigneur, je me mets à votre disposition.

    Et sur un ton bourru habituel il enchaîna :

    - Allons, dépêche-toi de ranger ta soutane.

    J'ai compris par la suite que sa brusquerie, c'était de la pudeur.

    Ce jour-là j'avais appris à prier. Et il va y avoir quarante ans que chaque jour je fais oraison en me mettant "à la disposition de Dieu."

     

    Avouez que ce récit vaut bien toute une conférence sur l'oraison. Alors, dispensez-moi de vous écrire plus longuement aujourd'hui. Mais essayez de comprendre ce que signifie : être à la disposition de Dieu. Ça va loin. Il faut commencer par renoncer à disposer de soi. Puis se déposséder de soi-même. S'abandonner tout entier  à Dieu, remettre à sa discrétion, à son pouvoir, à son pouvoir discrétionnaire, son corps, son intelligence, son cœur, sa volonté, sa vie, afin qu'il en dispose à son gré. 

    Mais à quoi bon tenter d'expliquer ? Ce ne sont pas les mots qui peuvent faire comprendre. Priez le vieux curé, qui ne doit plus être bourru maintenant qu'il a trouvé Celui qu'il cherchait, de vous obtenir la grâce d'être à la disposition de Dieu.

  • Faire oraison 02. Vous êtes attendu

    Texte tiré de "Présence à Dieu" Henri Caffarel - 100 lettres sur la prière - Éditions Parole et Silence. 

    Livre chez l'éditeur ici

    [9-10]

    Une sensation de détresse nous saisit lorsque, à notre arrivée dans une ville inconnue (au port, à la gare, à l'aéroport), personne n'est là pour nous attendre. En revanche, si un visage joyeux vous accueille, si des mains se tendent vers nous, nous voilà aussitôt merveilleusement réconfortés, délivrés de la cruelle impression d'être égarés, perdus. Qu'importe, alors, ces coutumes, cette langue, toute cette grande ville déconcertante : nous supportons très bien d'être pour tous un étranger du moment que, pour quelqu'un nous sommes un ami.

    Réconfortant aussi de découvrir chez nos hôtes qu'ils nous attendaient. Parents et enfants n'ont pas à dire grand chose pour que nous devinions : leur accueil, une certaine qualité d'empressement suffisent. Et dans notre chambre ces quelques fleurs, ce livre d'art (parce qu'on connaît nos goûts) achèvent de nous en persuader.

    Je voudrais, cher ami, qu'en allant à l'oraison vous ayez toujours la forte conviction d'être attendu par le Père, par le Fils et par l'Esprit Saint, attendu dans la famille trinitaire. Où votre place est prête : rappelez-vous en effet, ce que le Christ a dit : "Je vais vous préparer une place." Vous m'objecterez peut-être qu'il parlait du ciel. c'est vrai. Mais l'oraison, justement, c'est le ciel, du moins ce qui en est la réalité essentielle : la présence de Dieu, l'amour de Dieu, l'accueil de Dieu à son enfant. Le Seigneur toujours nous attend.

    Mieux : à peine avons-nous fait  quelques pas que, déjà, il vient à notre rencontre. Souvenez-vous de la parabole : "Comme il était encore loin, son père l'aperçut, fut touché de compassion, courut se jeter à son cou et l'embrassa longuement." Et pourtant ce fils avait gravement offensé son père. Il n'empêche qu'il était attendu, impatiemment.

     

  • Faire oraison 01. En la maison du Seigneur

    [11-13]

    Le Christ est venu. Il manifeste son amour pour Jérusalem, son respect pour la Maison du Père, mais en même temps il déclare que le temple de Salomon a perdu sa signification, qu'il doit disparaître. A l'heure de sa mort en croix, le voile du Saint des Saints se déchire, comme pour bien signifier que ce temple est maintenant désaffecté. Un temple nouveau, impérissable, "rebâti en trois jours", va le remplacer, le Temple de son Corps, de son Corps mystique. Là, et là seulement, les hommes désormais peuvent trouver Dieu.

    Mais, qui est entré dans ce temple, à son tour devient la demeure de Dieu, Jésus nous l'a assuré : " Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui et nous ferons chez lui notre demeure". (Jn 14,23)

    Étonnante révélation : Dieu aurait déserté le temple de Salomon pour venir habiter l'âme des fidèles ? Oui. Saint Paul le dit explicitement : " Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu ?" (1 Co 3,16) ; " C'est nous qui sommes le temple du Dieu vivant" (2 Co 6,16) Et ce terme de temple qui, pour nous, n'est guère évocateur, prenait sous la plume de l'Apôtre, élevé dans la vénération et l'amour du temple de Jérusalem, la plénitude de son sens. - A noter d'ailleurs que dans ces textes le mot traduit par temple le serait encore mieux par "Saint des Saints", ce centre du Temple, lieu de la présence divine.

    Ainsi donc, Dieu est en nous, au cœur de notre être. Présent, vivant, aimant, actif. Là il nous appelle. C'est là qu'il nous attend pour nous unir à lui.

    Dieu est là, mais c'est nous qui n'y sommes pas. Notre existence se passe à l'extérieur de nous-mêmes, ou du moins à la périphérie de notre être, dans la zone des sensations, des émotions, des imaginations, des discussions...dans cette banlieue de l'âme, bruyante et inquiète. Et s'il nous arrive de penser à Dieu, de désirer le rencontrer, nous sortons de nous-mêmes, nous le cherchons au-dehors, tandis qu'il est au-dedans. Nous ignorons les sentiers de notre âme qui nous conduiraient en la crypte souterraine et lumineuse où Dieu réside. Ou, si nous les connaissons, nous manquons de ce courage qui lançait les Juifs fervents sur les chemins de la Ville Sainte. Se rendre au centre de soi-même serait-il une entreprise plus ardue que d'aller à Jérusalem ?

    L'oraison, c'est quitter cette banlieue tumultueuse de notre être, dont je parlais, c'est recueillir, rassembler toutes nos facultés et nous enfoncer dans la nuit aride vers la profondeur de notre âme. Là, au seuil du sanctuaire, il n'est plus que de se taire et de se faire attentif. Il ne s'agit pas de sensation spirituelle, d'expérience intérieure, il s'agit de foi : croire en la Présence. Adorer en silence la Trinité vivante. S'offrir et s'ouvrir à la vie jaillissante. Adhérer, communier à son Acte éternel.

    Peu à peu, d'année en année, la pointe de notre être spirituel affinée par la grâce deviendra plus sensible à la "respiration de Dieu" en nous, à l'Esprit d'amour. Peu à peu nous serons divinisés, et notre vie extérieure alors sera la manifestation, l'épiphanie de notre vie intérieure. Elle sera sainte parce qu'au fond de notre être nous serons étroitement unis au Dieu Saint, elle sera féconde et des fleuves d'eau vive s'échapperont de nous parce que nous serons branchés sur la source même de la Vie.

    Chers amis, voilà le "conseil essentiel" que vous réclamiez. Puisse t-il dans votre lointaine brousse vous guider à l'heure de l'oraison. Je le résumerai en quelques mots : faire oraison c'est se rendre en pèlerinage au sanctuaire intérieur pour y adorer le vrai Dieu.

    Et si vous voulez que votre vie tout entière devienne une longue oraison, une vie en présence de Dieu, une vie avec Dieu, si vous voulez devenir des âmes d'oraison, sachez, au long du jour, rentrer souvent en vous-mêmes pour adorer le Dieu qui vous attend. Pas n'est besoin d'un long moment : une plongée d'un instant et vous revenez à vos tâches, à vos interlocuteurs, mais rajeunis, rafraîchis, renouvelés. 

    Un humble frère convers carme du XVIIe siècle, Laurent de la Résurrection, qui avait atteint une haute vie spirituelle, aimait dire à ceux qui venait le consulter qu'il n'y a pas de moyen plus efficace pour arriver sûrement à une vie d'oraison continuelle et, ensuite, à une haute sainteté, que d'être fidèle à cette pratique. Écoutez-le : " Nous devons pendant notre travail et autres actions, même pendant nos lectures et écritures, quoique spirituelles, je dis plus : pendant nos dévotions extérieures et prières vocales, cesser quelque petit moment, le plus souvent même que nous pourrons, pour adorer Dieu au fond de notre cœur, le goûter quoique en passant et comme à la dérobée." 

    Texte tiré de "Présence à Dieu"  Henri Caffarel - 100 lettres sur la prière - Éditions Parole et Silence. 

     

     

  • Préliminaires à la prière - 14/14

    Conclusion

    En terminant ces rubriques sur les préliminaires à l'oraison, n'y aurait-il pas quelques réflexions à souligner ?

    Assurément, le découpage auquel nous avons soumis l'entrée en prière risque de paraître factice, compliqué. Disons d'abord qu'il s'agit d'une prise de vues au ralenti. Dans le courant  de notre oraison, l'application de ces conseils sera plus ou moins longue selon la grâce, l'inspiration, l'expérience de chacun. Pour certains même, ils auront l'impression de sauter par-dessus ce seuil. Si Dieu accorde cette grâce comment chercher ailleurs ! Mais là encore, d'une manière ou d'une autre, certainement l'Esprit du Seigneur les poussera à s'unir à Lui par une foi plus vive, à s'humilier, à solliciter avec plus d'insistance la lumière du cœur. 

    Confondus au rythme d'un dialogue dont le Tout-Puissant se rend pleinement Maître, ces trois temps [à savoir : 1°) se placer sous le regard de Dieu, 2°) purifier son cœur, 3°) invoquer l'Esprit Saint ]  réapparaîtront ici où là et se mêleront à la trame même  de la prière. Mais le plus souvent pour un bon nombre de chrétiens, il n'en sera pas ainsi. Le moment de prier devient pour eux un instant laborieux. Ils ne savent trop comment s'y prendre. Par ailleurs, les voilà déconcertés par les préoccupations, les distractions. Peut-être même la prière leur paraît  un exercice trop élevé ou inutile. Plaise à Dieu que ces quelques indications soient providentielles ? Il suffit d'une poignée de brindilles pour allumer une grande flamme. A qui voudra se recueillir, lire l' Écriture, ouvrir les premières heures d'une retraite spirituelle, ces quelques conseils voudraient offrir un moyen élémentaire d'attiser l'Amour de Dieu. L’expérience enrichira  ces directives sommaires. La mise en présence de Dieu pourra se prolonger dans l'adoration et la louange des Trois Personnes divines  ou dans un silence paisible devant le Saint Sacrement . Le cœur s'humiliera d'autant plus que l'âme subira une crise violente  ou bien pour obtenir une grâce urgente, le priant s'abaissera davantage, à l'image de la Cananéenne. Rien ne rebute le malheureux qui "comme le petit chien se rassasie des miettes de la table" (Mc 7,28).

    Enfin, ne restera-t-il pas vrai selon l'enseignement des mystiques, très spécialement de sainte Thérèse d'Avila, que dans les voies de l'oraison nous demeurons toujours commençants ? On ne passe pas une fois pour toute par les salles basses, obscures du château. On ne s'installe pas à demeure dans les appartements du roi. Sans cesse, il faut recommencer ce laborieux pèlerinage : de la connaissance de nous-mêmes à la connaissance de Dieu, des rudiments de la vie spirituelle aux états plus élevés que Sa Majesté accorde quand bon Lui semble. C'est alors que l'assistance de l'Esprit s'imposera. Jusqu'ici on croyait s'en tirer tout seul. La lumière divine montrera quel orgueil diffus commandait ces démarches. Nous pensions être quelqu'un, en réalité nous n'étions rien : nous ne pouvions même pas dire " le Nom de Jésus sans l'inspiration  du Saint Esprit" (1 Co 12,3). Tout d'un coup, le Seigneur déchire l'illusion. Vanité de l'effort sans "Celui qui renouvelle la face de la terre" (Ps 104,30). N'a-t-on pas découvert la vraie prière, celle où l'Esprit Saint lui-même intercède pour nous ? A suivre ces très modestes conseils, inspirés de l’Écriture et de l'expérience des Saints, nous avons permis au Seigneur  de se lever comme un grand aigle : 

    "tel il veille sur son nid,

    Plane au-dessus de ses petits,

    Déploie ses ailes et les prend.

    Yahvé est seul pour les conduire." (Dt 32,11)

                                           

                                            Pierre Lauzeral s.j

                                            La Guardia (Espagne) 20 août 1959

                                   Préliminaires à la prière , Ed Apostolat de la prière

                                   coll. du Mirail, 1961     

     

  • Préliminaires à la prière - 13

    [suite de : préliminaires à la prière - 12 ]

     

    Les trois conditions requises pour prier :  troisième condition

     

    Pour entrer en prière (en oraison), trois conditions sont requises :

    - se placer sous le regard de Dieu, [billets 01 à 06 ]

    - purifier son cœur,  [billets 07 à 11 ]

    - invoquer l'Esprit Saint [billets 12 et 13 ]

    - conclusion : billet 14

     

    Invoquer l'Esprit Saint

    (suite)

    Parfois aussi la prière s'embrase - Sentiment poignant de repentir devant son péché et le péché du monde. Mais au même instant où le coeur est broyé , l'impression inexprimable du pardon glisse sur lui. " A mesure que tu les expieras, tes péchés tu les connaîtras et il te sera dit  : vois, vois les péchés qui te sont pardonnés." (Pascal, Mystère de Jésus). Parfois sans doute, approchons-nous déjà de l'oraison passive - l'âme s'oublie. Dépossédée d'elle-même , de son intérêt, de ses désirs, elle ne souhaite  qu'une chose : que Dieu soit glorifié ! Elle s'offre dans la confiance et l'abandon. Elle aime :

    "Qui donc aurais-je dans le ciel ?

    Avec Toi je suis sans désir sur la terre.

    et ma chair et mon cœur sont consumés :

    roc de mon coeur, ma part, Dieu à jamais" (Ps 78, 25-26)

     

    ou bien elle se trouve aussitôt investie d'un recueillement profond. Peu d'idées s'agitent. La mémoire est comme abolie, l'imagination vidée d'images. Dieu est là. Il suffit. Le temps passe très vite. Vraiment l'être est tout entier "enlevé en la louange et en l'Amour de son Créateur et Seigneur". Cet enthousiasme est contenu , sans violence, ni vibration de la sensibilité. Seul avec le Seul. Silencieux dans l'Adoration. Mais l'homme sait  que son silence parle haut à Dieu. Quand cette quiétude s’évanouit dans l'activité retrouvée, elle lui laisse l'impression d'une paix sans borne, d'une unification de toute son intériorité...Que ces situations  sont difficiles à décrire ! N'est-ce pas là "les gémissements indicibles" dont parle saint Paul ? 

    Faudrait-il ajouter une ultime remarque ? Il se peut  très bien  que la prière soit restée pénible, qu'elle ait paru se durcir à mesure quelle se prolongeait. L'âme cependant y a persévéré  avec patience. Incapable de parler  à son Seigneur  et ami, ou de l'entendre, n'importe. Elle se savait avec Lui. De cette sécheresse, elle retire une paix solide, peut-être plus durable, plus savoureuse, plus fructueuse qu'au sortir d'un état consolé. N'expérimente-t-elle pas alors la vérité de cette phrase  de Jean de la Croix : "Le chemin de la souffrance est plus sûr et même plus profitable que celui de la jouissance  et de l'action personnelle ; tout d'abord, parce que, quand on souffre, on reçoit des forces de Dieu, tandis que quand l'âme agit et est dans les jouissances, elle met en mouvement ses misères et ses imperfections; en second lieu, c'est dans la souffrance que l'on exerce et que l'on augmente peu à peu les vertus; c'est alors ainsi que l'âme se purifie et grandit en sagesse et en prudence" (St Jean de la Croix, Nuit Obscure, chap.16  verset 1)

    "Celui qui sonde les cœurs sait quel est le désir de l'Esprit et que son intercession pour les saints correspond aux vues de Dieu", conclut saint Paul. L'Esprit a purifié le cœur de ce subtil amour-propre  qui trouble toujours notre quête de Dieu. Grâce à ce Maître intérieur, ne se  trouve t-il pas en état de charité, sensibilisé à tous les besoins du Corps mystique du Christ ? L'Esprit Saint unit le baptisé en prière au propre Fils de Dieu dans le mouvement d'amour  qui l'entraîne vers le Père. Ensemble, ils veulent tout tout ce que Dieu veut, cette réunion  de tous les hommes dans l'unité  de la Trinité. Dès l'instant commence "cette remise de toutes choses au Père par le Fils" (1 Co, 15,24) dont l'accomplissement éclatera  à la fin des temps. Dans cette union totale au Fils par l'Esprit, impossible à celui qui prie de souhaiter autre chose que la venue du Royaume et "de correspondre  ainsi au plan de Dieu sur le Monde" 

    Il est certain que notre  description rend un compte  bien incomplet des divers  aspects de l'oraison "in spiritu". Heureux cependant qui pénètre mieux cette vérité : pour aller vers Dieu nous ne le pourrons que portés par ce même Esprit du Seigneur. En définitive, c'est lui le Maître. "L'Oraison est un don de Dieu qui dépend beaucoup plus de la grâce que de nous. Le Saint esprit en est l'auteur et le Maître. C'est lui qui nous y appelle. C'est de Lui que nous devons en attendre le succès" (P. Rigoleuc).

     

    Conseils pratiques :

    Comment solliciter l'aide de l' Esprit Saint ? Quand nous nous sommes retirés à l'écart pour prier, nous pouvons formuler une prière personnelle, ou détacher telle ou telle strophe du "Veni Creator" , ou bien du "Veni, Sancte Spiritus", ou bien encore une des oraisons de l'Octave de la Pentecôte. Nous pouvons répéter lentement telle ou telle phrase, insister sur tel ou tel mot selon le goût intérieur. En cette matière, il n'y a pas d'autres conseils à donner.   A suivre...

     

                                                      Pierre Lauzeral s.j

     

    prochain post : conclusion (générale) sur ces Préliminaires à la prière

     

     

     

     

  • Préliminaires à la prière - 12

    [suite de : préliminaires à la prière - 11 ]

     

    Les trois conditions requises pour prier :  troisième condition

     

    Pour entrer en prière (en oraison), trois conditions sont requises :

    - se placer sous le regard de Dieu, [billets 01 à 06 ]

    - purifier son cœur,  [billets 07 à 11 ]

    - invoquer l'Esprit-Saint [billets 12 et 13 ]

    - conclusion : billet 14

     

    L'invocation du Saint-Esprit

     

    Une fois en présence de Dieu, une fois approfondie la conscience de notre petitesse et de notre péché, il reste un dernier préliminaire à l'oraison : c'est l'invocation du Saint-Esprit.

    En réalité, tous ces actes dont nous nous sommes attardés à développer le contenu constitue le début de l'oraison. La principale besogne qui s'impose maintenant consiste à s'exercer soi-même à la prière sur un sujet donné. Or, il est impossible de mener à bien cette activité sans l'aide spéciale de l'Esprit-Saint. Vérité, à notre sens, trop peu enseignée, encore moins pratiquée, dont saint Paul, pourtant, nous fournit une affirmation solennelle.

    Le texte sur lequel nous voulons nous attarder est tiré de la Lettre de saint Paul aux Romains. Au chapitre 8, l'Apôtre décrit d'une manière vigoureuse la vie du chrétien. Avant tout, elle est spirituelle, non au sens psychologique, mais parce que l'Esprit-Saint lui-même en devient l'âme. Il provoque en nous des réactions de fils de Dieu. En définitive, c'est Lui qui anime nos relations les plus personnelles avec le Père, dans le Christ Jésus. Serait-il surprenant que l'Esprit ne pénètre pas notre prière, qu'il n'en fasse pas un peu son affaire ?

    "... L'Esprit-Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons que demander pour prier comme il faut, mais l'Esprit lui-même intercède pour nous  en des gémissements indicibles et Celui (Dieu le Père) qui sonde les cœurs sait quel est le désir de l'Esprit et que son intercession pour les saints correspond aux vues de Dieu." (Rm 8,26-27)

    Nous ne savons pas prier, car nous ignorons dans quel sens nous devons orienter notre prière. Notre condition de créature accuse notre faiblesse. Nous recevons tout de Dieu. Il est le seul qui se suffit. Nous sommes en indigence de Lui. De plus, même "lavés" au baptême, "sanctifiés", "justifiés par le Nom du Seigneur Jésus-Christ et par l'Esprit de notre Dieu (1 Co 6,11), nous constatons que le "péché habite en nous" (Rm 7,20), c'est-à-dire la convoitise, cet instinct du mal, non effacé par l'eau baptismal, toujours en rébellion et prêt, une fois libéré, à donner la mort. Les vertus reçues de Dieu au début de notre vie filiale demeurent fragiles en nous, sans cesse attaquées par notre égoïsme, le tentateur et le monde : foi inconstante, espérance facilement déconcertée, charité trop timide...

    Mais voilà quelqu'un qui sait de quel limon la "main" divine nous a suscités. L'Esprit-Saint, Dieu comme le Père et le Fils avec qui Il partage même puissance, même éternité, même beauté, même divinité, l'Esprit dont notre cœur accueille la présence par l'état de grâce, l'Esprit plein de douceur et de force qu'attire notre impuissance radicale, provoque en nous comme une nouvelle haleine du Créateur et nous apprend à prier, à respirer en Dieu.

    "Nous ne savons que demander".  Notre prière s'égare sur l'objet de ses demandes. Combien sommes-nous enclins à gémir auprès du Seigneur pour des avantages, des chances matérielles, des bagatelles, pour une sainteté encore trop intéressée. Mais, lui, l'Esprit de feu, purifie l'âme  de ses projets et désirs égoïstes. Il redresse l'intention. Il l'oriente vers le Royaume. Il ouvre le cœur à la "sollicitude de toutes les Églises". Il l'incline vers une oraison plus conforme aux demandes du Pater : la sanctification du Nom à jamais béni, la prompte venue de Son Règne, l'accomplissement de sa Volonté.

    "L'Esprit-Saint lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables." L' Esprit ne se tient pas à l'intérieur de notre prière comme un pédagogue ou un conseiller. Il est lui-même notre intercession, son âme la plus authentique. Et parce qu'il l'anime  du dedans, Il lui insuffle un élan puissant et la persévérance  nécessaire pour la faire remonter jusqu'au Père. D'un mot, saint Paul décrit cette intervention de l'Esprit.  Elle s'exprime "en gémissements ineffables". Qu'est-ce à dire ? Peut-être la véritable oraison se réalise-t-elle au-delà de notre imagination, de la formulation de mots intérieurs. Il s'agit d'un contact simple, non exprimé - d'un regard, d'une présence, d'un silence. Sans doute, la Vierge Marie priait-elle ainsi en contemplant l'Enfant de la Crèche. (...) A suivre...

     

                                               Pierre Lauzeral s.j

  • Préliminaires à la prière - 11

    [suite de : préliminaires à la prière - 10 ]

     

    Les trois conditions requises pour prier :  seconde condition

     

    Pour entrer en prière (en oraison), trois conditions sont requises :

    - se placer sous le regard de Dieu, [billets 01 à 06 ]

    - purifier son cœur,  [billets 07 à 11 ]

    - invoquer l'Esprit Saint. [ billets 12 à 14 ]

    - conclusion : billet 15

     

    LA PURIFICATION DU CŒUR (suite)

     

    Conclusions pratiques

     

    De l'ensemble de ces textes on retiendra aisément que la purification du cœur s'impose à qui veut s'approcher de Dieu. D'abord, parce que chacun d'entre nous n'étant qu'une créature a besoin de s'humilier devant son Créateur et Seigneur. Reconnaître qu'elle est "l’œuvre de ses mains" (Ps 138,7), qu'elle reçoit tout de Lui, qu'elle est pauvre et insignifiante aux yeux de sa Souveraine Majesté glorifie assurément le Seigneur des Seigneurs, mais encore fait du bien à l'âme. Se remettre à sa vraie place, voilà qui nous assainit radicalement.

    En outre, l'homme mis en contact de la présence divine se découvre souillé et misérable. Le geste du publicain naît spontanément en lui-même pour peu qu'il veuille jeter  les yeux sur sa misère et regarder le Très-Saint dans la vérité. Enfin, il faudrait ajouter que l'âme aimante éprouve devant l'Amour lui-même comme l'instinct du Prodigue pénitent. Dire "Père, j'ai péché"  (Lc 15,18) avant d'oser toute requête, ou simplement avant de jeter un regard sur la splendeur de la maison paternelle - ne nous a-t-il pas appelés "des ténèbres à son admirable lumière"  (Lc 2,10) - paraît pour le cœur d'un fils  pardonné comme le premier devoir de l'amour.

    "Offrir à Dieu un cœur saint et pur de toute souillure actuelle de péché", pour citer  un ancien texte du Carmel, résume bien la seconde attitude à susciter lorsque nous passons le seuil de la prière. Alors seulement il nous sera accordé " de boire au torrent".

    Comment pratiquement réaliser cette purification ?

    "Faire un acte de révérence et d'humilité".

    Saint Ignace suggère, au début de l'oraison, un geste physique, par exemple faire une génuflexion, une prosternation, baiser la terre. Beaucoup de psychologie entre dans ce conseil. Au commencement de l'oraison, l'âme est froide, engourdie souvent ; un geste extérieur secouera son inertie et l'inclinera à se modeler sur la position  du corps. Cette révérence corporelle peut fort bien  s'accompagner de prières pour lui donner meilleure signification.

    Réciter le "Confiteor" comme au début de la messe. Répéter quelques versets de Psaumes (...)

    L’Écriture nous fournira de plus longs passages pour exprimer cette humilité intérieure, par exemple au Livre de Daniel chapitre 9, etc., ou des phrases incisives telle la prière du publicain répétée à satiété : " Seigneur, ayez pitié de moi." On sait combien la simple invocation " Jésus, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur " est devenue la source,  dans la piété orthodoxe, d'une véritable mystique de la prière.

    Notons enfin qu'il est urgent et bienfaisant, surtout en temps de sécheresse, de recommencer au cours de l'oraison cette humiliation initiale. Chercher sans se lasser, demander sans se décourager, frapper indéfiniment jusqu'à ce qu'on tire le verrou, selon le conseil du Seigneur, n'est-ce pas se tenir comme un mendiant à la porte  de la Grâce ? Alors seulement, la conviction de notre totale indigence amènera le Dieu de miséricorde à jeter les yeux sur nous pour nous combler de ses biens.

                                              Pierre Lauzeral s.j

     

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  • Préliminaires à la prière - 10

    [suite de : préliminaires à la prière - 09 ]

     

    Les trois conditions requises pour prier :  seconde condition

     

    Pour entrer en prière (en oraison), trois conditions sont requises :

    - se placer sous le regard de Dieu, [billets 01 à 06 ]

    - purifier son cœur,  [billets 07 à 11 ]

    - invoquer l'Esprit Saint. [ billets 12 à 14 ]

    - conclusion : billet 15

     

    LA PURIFICATION DU CŒUR (suite)

    Dès que nous nous sommes pénétrés de la présence de Dieu, il est nécessaire de travailler à la purification de notre cœur. C'est, normalement, la deuxième activité à laquelle nous devons nous livrer, une fois entrés en prière. Cependant, comment s'appliquer sérieusement à cette besogne, si nous ne sommes intimement convaincus de son urgence et de sa nécessité.

     

    La voie de l'Evangile

    Nul mieux que Jésus ne connaissait la grandeur de la divine Majesté. Son âme unie à la divinité, par le mystère de l'union hypostatique, jouissait d'une grâce unique. Jésus voyait son Père (cf. Mt 12,34). Aussi n'est-il pas surprenant que sa vie, sa mort, sa résurrection soient toutes consacrées à la Gloire de Celui qui l'avait envoyé et, dans le même instant, qu'Il ait exigé, en présence de la "sainteté" de Dieu, une totale révérence. Le Temple est sacré. Le Très Saint l'habite. Le Christ en chasse vendeurs et changeurs dès sa première Pâque à Jérusalem. "Ne faites plus de la maison de mon Père une maison de commerce" (Jn 3,16). Plus tard, ne le surprendra-t-on pas en train d'interdire le va-et-vient des gens pressés sur les parvis ? "Il ne laissait personne transporter d'objet à travers le Temple (Mc 11,16)." Mais voilà qui reste bien extérieur au culte du Seigneur. Au Temple, deux hommes montent pour prier. Nous connaissons tous la posture suffisante du pharisien. Jésus lui oppose le véritable modèle d'un priant en la personne du publicain. Regardez ce dernier : " Il se tient à distance (Lc 18,13)"  Entre Dieu et lui se creuse l'immense abîme de son péché. "Il n'ose même pas lever les yeux au ciel", car le ciel "est le trône de Dieu (Mt 5,34)". Une créature souillée peut salir , même de ses prunelles, une clarté si pure. "Il se frappe la poitrine", car il n'a rien à offrir d'un cœur mauvais, où suppurent tant de plaies. Et loin d'étaler fièrement des titres de noblesse, des œuvres, des mérites à la manière du pharisien, il répète : " Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis !" Sans doute, le publicain insiste t-il sur la confession de son indignité et, de ce fait, en creuse t-il la conviction. Or voilà, nous déclare Jésus , ce qui "le justifie", l'accrédite auprès de Dieu, l'introduit en son amitié beaucoup plus que l'étalage de pieuses entreprises. En somme, nul, s'il ne s'est enfoncé dans la connaissance de sa misère, ne peut prétendre prier. Jésus l'enseigne à la suite de tout l'Ancien Testament. Celui qui nous invite, dans l'oraison dominicale à souhaiter "que le nom du Père soit reconnu Saint", Celui qui déclare presque brutalement au jeune homme riche, épris de sainteté : "Dieu seul est bon (Mc 10,18)", nous sollicite d'adopter devant le Père l'attitude la plus exacte, celle de la créature et du pécheur. Faudrait-il rappeler qu'à pareil comportement Jésus a attaché une béatitude : "Bienheureux les cœurs purs : ils verront Dieu (Mt 5,8)." Pour que le regard récupère sa limpidité intérieur, pour que la foi lui permette de contempler Dieu, il faut, conclut Jésus, que le cœur se nettoie. Alors il deviendra transparence. Il "sera tout entier dans la lumière comme lorsque la lampe illumine de ses rayons (Lc 11,36)".

    A suivre....

    Pierre Lauzeral s.j  - préliminaires à la prière

     

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  • Préliminaires à la prière - 09

    [suite de : préliminaires à la prière - 08 ]

     

    Les trois conditions requises pour prier :  seconde condition

     

    Pour entrer en prière (en oraison), trois conditions sont requises :

    - se placer sous le regard de Dieu, [billets 1 à 6 ]

    - purifier son cœur,  [billets 7 à ... ]

    - invoquer l'Esprit Saint. [ billets ... à ... ]

     

    LA PURIFICATION DU CŒUR (suite)

    Dès que nous nous sommes pénétrés de la présence de Dieu, il est nécessaire de travailler à la purification de notre cœur. C'est, normalement, la deuxième activité à laquelle nous devons nous livrer, une fois entrés en prière. Cependant, comment s'appliquer sérieusement à cette besogne, si nous ne sommes intimement convaincus de son urgence et de sa nécessité.

     

    L'exemple d'Isaïe

    Quelques siècles plus tard, le prophète Isaïe retrouve, en présence de Dieu, le même cœur contrit et humilié. Avant d'être investi de sa mission, il est lui aussi, introduit dans le face à face divin (cf Is, 6,1 et sv). Yahvé lui apparaît sous la vision d'un monarque prestigieux, "assis sur un trône élevé", revêtu d'un manteau "dont la traîne remplit le sanctuaire ". Détail nouveau : le Dieu de majesté n'est plus seul. Toute une cour l'environne, celle des Séraphins, hérauts de sa gloire : "Saint, Saint, Saint est Yahvé Sabaoth." La puissance de cette acclamation secoue jusqu'au gond des portes et "le Temple lui-même se remplit de fumée". 

    Alors Isaïe de confesser : "Malheur à moi, je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres incirconcises et mes yeux ont vu le Roi Yahvé Sabaoth."

    Il ne s'agit pas d'être introduit à la cour céleste, encore faut-il se conformer aux gestes et aux rites de ceux qui y demeurent. Aux pieds du Très-Saint, encore une fois, une seule attitude: se voiler le visage puis, à l'instar des anges, devenir le chantre de la Splendeur divine.

    Or, le prophète ressent avec violence combien sa bouche est inhabile à cette louange. Ce peuple dont il est le compatriote n'est pas mieux exercé à glorifier Dieu. Bien plus, sont-ils voyants et Israélites, des pécheurs à la nuque raide, au cœur mauvais. "Et la bouche parle de l'abondance du cœur" (Mt 12,34). Comment affronter la pure lumière d'En-Haut et célébrer sa magnificence ?

    Isaïe s'humilie et Dieu condescend à le purifier. Un séraphin, d'un charbon embrasé, brûle la souillure : " Vois donc, ceci a touché tes lèvres ton péché est effacé, ton iniquité est expiée !" Désormais il pourra contempler la Gloire. Quoi donc, partout il sera habilité à proclamer : "Toute la terre en est remplie !"

    Moïse, Élie, Isaïe, que veulent-ils nous livrer de leur expérience de Dieu ? Sans nul doute, une leçon de révérence. On ne peut aborder le Tout Autre à la légère. Sa Majesté, sa Grandeur, sa Sainteté requièrent de l'homme une intime purification. Tel est l'enseignement de l'Ancienne Alliance. Lorsqu'il descendra des profondeurs de l’Éternité, le Fils de Dieu parlera t-il autrement ? 

    A suivre....

     

                                           Pierre Lauzeral s.j  (jésuite)

     

     

     

     

     

     

  • préliminaires à la prière - 8

    [suite de : préliminaires à la prière - 7 ]

     

    Les trois conditions requises pour prier :  seconde condition

     

    Pour entrer en prière (en oraison), trois conditions sont requises :

    - se placer sous le regard de Dieu, [billets 1 à 6 ]

    - purifier son cœur,  [billets 7 à ... ]

    - invoquer l'Esprit Saint. [ billets ... à ... ]

     

    LA PURIFICATION DU CŒUR (suite)

    Dès que nous nous sommes pénétrés de la présence de Dieu, il est nécessaire de travailler à la purification de notre cœur. C'est, normalement, la deuxième activité à laquelle nous devons nous livrer, une fois entrés en prière. Cependant, comment s'appliquer sérieusement à cette besogne, si nous ne sommes intimement convaincus de son urgence et de sa nécessité.

     

    L'exemple d’Élie

    Au temps de l'universelle apostasie d'Israël, alors qu'une menace de mort pèse sur sa tête, le prophète Élie rejoint la montagne où jadis Dieu s'était laissé entrevoir à Moïse. Lui aussi appartient à cette race montante et privilégiée qui, ne fléchissant pas le genou devant les Baals, [quels sont les Baals de notre époque ?], adore le Seigneur Unique. Son "cri de guerre" : "Yahvé est vivant devant qui je me tiens" (1 R 17,1), ne trahit-il pas une vie intérieure fortement éclairée par les cimes ? Or, l'homme de Dieu, meurtri par le combat de la foi, éprouve le besoin de marcher, à travers le désert, vers les sources : là-bas, à l'Horeb, il sait que Yahvé l'attend, comme autrefois il attendit ses pères.

    De fait, au creux de la grotte de Moïse, le tête-à-tête divin a lieu. Après l'ouragan, le tremblement de terre, les éclairs, sa Majesté passe dans le froissement d'une "brise légère".

    Or, notons aussitôt le geste du prophète : " Dès qu’Élie l'entendit, il se voilà le visage avec son manteau" (1 R 19,13). La créature ne peut soutenir la Présence de Yahvé, pourtant apparemment moins redoutable que lors du Buisson ou des manifestations sur le Sinaï. Une seule attitude : se cacher le visage, par respect sacré, et "sortir" de ce creux du rocher, sanctifié par le passage du Très-Haut.

    A suivre...

                                       Pierre Lauzeral - Préliminaires à la prière

     

       prochains posts (billets) :

      post n° 9 : L'exemple d'Isaïe

      post n° 10 : La voie de l’Évangile

      post n° 11 : conclusions pratiques

      post n° 12 et suivant  : la 3ème condition requise pour prier : l'invocation de l'Esprit-Saint

     

     

     

  • Préliminaires à la prière - 07

    Les trois conditions requises pour prier :  seconde condition

     

    Pour entrer en prière (en oraison), trois conditions sont requises :

    - se placer sous le regard de Dieu, [billets 1 à 6 ]

    - purifier son cœur,  [billets 7 à ... ]

    - invoquer l'Esprit Saint. [ billets ... à ... ]


    LA PURIFICATION DU CŒUR

    Dès que nous nous sommes pénétrés de la présence de Dieu, il est nécessaire de travailler à la purification de notre cœur. C'est, normalement, la deuxième activité à laquelle nous devons nous livrer, une fois entrés en prière. Cependant, comment s'appliquer sérieusement à cette besogne, si nous ne sommes intimement convaincus de son urgence et de sa nécessité.


    L'exemple de Moïse

    "Il ne s'est plus élevé en Israël de prophète pareil à Moïse, lui que Yahvé connaissait face à face" (Dt 34,10). Le Deutéronome résume par cette phrase la carrière de cet ami exceptionnel du Seigneur. Or, si ce géant d'Israël s'est confronté souvent avec l'Invisible, ces rencontres n'en ont pas moins connu des saisons, des rythmes, disons même des lois très spéciales. Au commencement, le libérateur des Hébreux n'est qu'un pâtre du désert de Madian lorsque l’Éternel, à l'affût dans un buisson l'interpelle : " l'Ange de Yahvé se manifeste à lui sous la forme d'une flamme de feu, jaillissant du milieu d'un buisson. Moïse se dit alors : " Je vais m'avancer pour considérer cet étrange spectacle et voir pourquoi le buisson ne se consume pas." (Ex 3,2 et suivant). Moïse affronte soudain un phénomène étrange. Des épines embrasées qui ne se consumaient pas. Flaire-t-il le mystère ? Veut-il en sonder la grandeur ?...

    " Yahvé le vit s'avancer pour mieux voir et Dieu l'appela du milieu du buisson :  Moïse, Moïse - Me voici, répondit-il." Au plus ardent de ces braises, une voix parle. Elle appelle Moïse par son nom. Moïse répond. Entre l'invisible interlocuteur et le berger de Jethro, un dialogue commence. Remarquez alors la suite. " N'approche pas d'ici !" Paradoxe de Dieu : il attire et il repousse. Il convoque et il renvoie. Entre la créature et Lui s'étend un espace, une zone sacrée qu'il ne doit pas franchir. "Autant le ciel est haut au-dessus de la terre." (Is 55,9)

    "Ôte les sandales de tes pieds, car le lieu que tu foules est une terre sainte" Partout où réside le Très-Haut, partout où tombe l'ombre de ses ailes, s'étale en même temps un lieu infiniment respectable. Nul n'y pénètre sans précaution, disons mieux, sans purification. Les sandales que le Voyant du Buisson doit retirer de ses pieds symbolisent cette révérence. Pour fouler la terre sainte où Dieu se manifeste, il faudra toujours se dépouiller, s'humilier [attention cependant aux contrefaçons de l'humilité : remarque de l'auteur de ce blog], s'abaisser. Nous pourrions maintenant évoquer d'autres rencontres de Moïse avec Yahvé. Elles révèleraient toujours, d'une manière ou d'une autre, cet instant de respect, d'humiliation totale que le Seigneur des Seigneurs impose à l'homme fragile et pécheur. Mais il est plus intéressant de saisir à d'autres moments de la Révélation biblique  des attitudes semblables pour mieux comprendre combien, de la part de Dieu, il y a une volonté continue de susciter chez ses adorateurs les mêmes comportements. 

                                                           A suivre...

                                       Pierre Lauzeral - Préliminaires à la prière

     

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  • Préliminaires à la prière - 06

    Si "les yeux du Seigneur sont ouverts sur les justes" (Ps 100,6), ses oreilles ne sont point fermées "à ceux qui crient vers lui nuit et jour" (Lc 18,7). 

    Pour chasser les distractions, pour secouer l'indolence de l'âme, peut-être serait-il bon, selon le conseil de sainte Thérèse d'Avila, de s'adresser au Seigneur, à mi-voix ; de le traiter, dès le début de l'oraison, comme un interlocuteur authentique et d'entamer avec Lui un dialogue. Ce qu'il faudra exprimer surtout avec vigueur, c'est sa foi en ce Dieu qui met tout son sérieux à nous écouter. "Seigneur, je suis certain que vous êtes là à me prêter l'oreille." 

    A ce propos, notons en passant combien le mot "croire", en français moderne, s'est affadi. Dire "je crois qu'il fera beau demain", n'est pas avancer une certitude absolue. Aussi dans le langage de l'oraison, vaudrait-il mieux lui substituer des expressions synonymes, par exemple : " Seigneur, je suis sûr de Vous, je suis absolument convaincu de Votre Présence, je m'appuie ferme sur Vous, je compte sur Vous, etc..."

    Ces paroles, ou de semblables, proférées à mi-voix, répétées plusieurs fois avec insistance procurent un double avantage : elles sont déjà une prière au vrai sens du terme, elles aident à délivrer l'âme , à rompre  les attaches qui la rivent  à tant d'objets étrangers, à la larguer vers le Seigneur. Là encore point de hâte. Il faut parler  lentement, laissant de brefs silences se couler au milieu de ces cris venus des profondeurs. Peu à peu j'en viendrai à me trouver seul avec Celui qui m'accorde une attention éternelle et "ma clameur sera entendue dans les hauteurs" (Is 58,4).

     

    Remarque :

    Il ne suffit pas  de se placer sous le regard de Dieu au début de l'oraison. L'expérience nous démontre, surtout lorsqu’il s'agit de durer longtemps dans la prière, combien les préoccupations, les froissements de l'amour-propre, voire les tentations remontent progressivement à la surface et, trompant la vigilance de l'âme, envahissent le champ de la conscience, comme une herbe tenace. Impossible de retrouver la limpidité de l'attention, la vivacité de la foi à travers laquelle Dieu pourrait se laisser voir. Au cours de l'oraison, il conviendra de  recommencer souvent ces remises sous les yeux du Seigneur - plus courtes, plus ardentes ou plus calmes selon la grâce - maintenant l'intention du cœur dans la vérité.

    "Mettez-vous en présence de Dieu par un acte de foi qu'il faut renouveler de temps en temps pendant le cours de l'oraison" (Rigoleuc). Si l'on tourne à vide, si l'on est miné de distractions, si la sécheresse règne, ces actes constitueront  la trame de notre prière. Rien ne sera perdu, puisque notre bonne volonté de croyant nous aura rendu agréable au Maître Souverain : " Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu" (Heb 11,6)

    Pour nous mettre à la disposition de notre Créateur et Seigneur, croire en Sa Présence paraît primordial. De cette intensité  dans l'application, de cette vigueur dans l'effort initial, la plupart du temps, dépend sinon la réussite, du moins la qualité de notre rencontre avec Dieu. La grandeur de Celui dont le regard nous cherche, et dont l'oreille nous écoute, explique qu'on accentue l'importance de notre premier pas vers Lui.

                              

                                            A suivre....

    Pierre Lauzeral- Préliminaires à la prière

     

  • Préliminaires à la prière - 05

    * Croire intensément que Dieu est là


    Avant de parler à Dieu ou de l'écouter, il faut être convaincu de son existence. Conviction non pas cérébrale et comme extérieure à nous-mêmes, mais conviction vécue, actuelle, saisissant l'être tout entier et le courbant  en présence de son Créateur et Seigneur.

    Plus concrètement encore, il faut se persuader qu'un regard attentif et pénétrant nous enserre, le Regard du Dieu  vivant : Dieu est là près de moi, en moi, qui me regarde et qui m'appelle. Je le crois, j'en suis  sûr. Toute la pédagogie de Dieu dans l’Écriture n'a-t-elle pas consisté à convaincre Israël qu'il était un peuple passionnément regardé par son unique Pasteur ? Dès que s'ouvre la geste des Patriarches, dès qu'apparaissent les premiers  "chevaliers de la foi", Abraham, Isaac, Jacob, le Seigneur inaugurera magistralement sa leçon. Il s'agit de convaincre ces "primitifs" que le Très-Haut est un Dieu proche. A l'ombre d'un chêne, auprès d'une source, autour d'une pierre rayonne la Présence Glorieuse . Peu à peu ces nomades du désert, si peu friands d'aventures spirituelles apprennent en quelle proximité insoupçonnée se déroule leur banale existence.

    Le mot d'ordre donné à Abraham rappelle la densité de cette découverte : " Je suis El-Chaddaï (le Dieu des montagnes) marche en ma présence et sois parfait" (Gn 17,1). Plus tard, Jacob, au terme d'un songe révélateur, s'écriera : "En vérité, Dieu est en ce lieu  et je ne le savais pas" (Gn 28,16).

    En pratique, plusieurs moyens s'offriront pour nous saisir fortement de cette divine Présence. C'est la suggestion proposée par saint Ignace :

    Avant d'entrer en oraison (en prière), "J'élèverai ma pensée vers le ciel, considérant comment Dieu Notre-Seigneur me regarde" (Ex n° 75). Ma prière ne s'identifie en rien avec une considération philosophique ou morale. Elle ne s'apparente pas à une rêverie où je n'aurai qu'à me laisser aller au fil de l'eau. Je suis sous le regard de Quelqu'un, de Quelqu'un qui, en toute vérité, me voit. Là encore, ne sommes-nous pas instruits par l'expérience des hommes de la Bible ? Lorsque sur la montagne, Dieu rend à Abraham son fils Isaac, le père des croyants s'écrie : "Sur la montagne, Dieu pourvoit" ou selon le grec : "Dieu voit" (Gn 22,14). En d'autres endroits, notamment dans les Psaumes, il est sans cesse parlé "des paupières, des prunelles du Seigneur". Anthropomorphisme certes, mais combien suggestif ! Où que nous soyons, où que nous allions, un regard nous cherche, nous investit, nous scrute. Heureux qui consent à se laisser  regarder ! A son tour, il deviendra un "voyant" selon l'appellation que l’Écriture décerne aux anciens prophètes. Il saura traverser l'épaisseur des choses  et s'enhardir jusqu’à la pleine lumière, où Dieu habite. 

    Pratiquement, pour nous imprégner de cette certitude, peut-être sera t-il bon de nous répéter quelques uns des versets du psaume 129 : " Seigneur, tu me sondes et me connais - tu perces de loin mes pensées." Ou bien creuser cette magnifique interpellation : " Tu es le Seigneur, le Dieu qui contemple les siècles" (Eccl 36,17. trad Vulgate)


                        A suivre...


    Pierre Lauzeral - Préliminaires à la prière