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  • L'appel à la nation ivoirienne de l'archevêque d'Abidjan (RCI)

    La situation de la Côte d'Ivoire actuellement me conduit à répercuter l'appel lancé par Mgr Jean-Pierre Kutwa à ses concitoyens.

    Portons dans notre prière nos frères ivoiriens. Que cessent les massacres dont sont responsables les "deux camps" et que le pays retrouve sa paix.

     

    Nous, Ivoiriens et Ivoiriennes, avions véritablement cru que l’élection présidentielle nous sortirait de la situation de ni paix, ni guerre, que nous vivions depuis une décennie. Cet espoir a été de courte durée. Le rêve que nous caressions d’une Côte d’Ivoire pacifiée et plus prospère que jamais, s’est brisé, nous laissant sur le palais et dans le cœur, un goût amer.

     

    Des difficultés de tous genres ont vu le jour, la situation socio-politique n’a cessé de se dégrader dangereusement. Des quartiers entiers et des villages se sont vidés de leurs populations. Ici et là, des familles entières ont repris le chemin de l’exode, abandonnant leurs maisons, dans la plus grande précarité, ou trouvant par bonheur, refuge dans certains lieux de culte ou dans des sites de fortune aménagés à la hâte, à cet effet, aux prises avec l’angoisse et le désarroi. On ne compte plus les cas de destruction de biens matériels quand ils ne font pas l’objet de pillages systématiques ou de convoitises sordides ignobles.

     

     

    Ce qui est en jeu derrière ce spectacle désolant ou outrageusement affligeant, c’est la vie, la vie humaine bafouée, banalisée, dépréciée détruite sans vergogne et sans discernement. Oui, on tue, on tue et on tue par balles, à l’arme blanche, par le feu et que sais-je encore ! C’est le lieu de vous inviter à deux efforts d’une grande nécessité :

     

    A) Le respect de la vie

    B) Notre devoir de protéger la vie.

     

    A) Le respect de la vie :

     

    Point n’est besoin d’argumenter longuement pour comprendre que la vie est sacré, et à ce titre, nous nous devons de tout faire, pour éloigner d’elle le spectre de la mort. Respecter la vie, c’est en définitive, respecter Dieu lui-même. Jésus-Christ, Fils de Dieu et Dieu lui-même s’identifiera à la vie : « Je suis le chemin, la vérité, la vie » (Jn 14, 6).

    Dieu dans son amour pour nous, nous fait don de la vie et n’a de cesse de nous appeler à la vie. En retour et avec un esprit filial, nous nous devons de lui en être reconnaissant. Lui être reconnaissant, c’est d’abord aimer cette vie. C’est aussi soigner et rechercher constamment les moyens de protéger cette vie en nous et chez les autres.

     

    En ces heures sombres et difficiles que nous traversons, gardons à l’esprit et dans le cœur ce caractère sacré de la vie et ne ménageons pas nos efforts pour la protéger coûte que coûte. 

    B) NOTRE DEVOIR DE PROTEGER IMPERATIVEMENT LA VIE

     

    Dieu nous a donné un monde à transformer et des frères à aimer. Le 5ème commandement de Dieu nous dit : « Tu ne tueras pas » (Exode 20,13). L’épisode de l’assassinat d’Abel par son frère Caïn, nous interpelle à plus d’un titre : « Caïn se jeta sur son frère Abel et le tua. Le Seigneur reprit : Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre vers moi » (Genèse 4, 8. 10).

     

    Voilà pourquoi je vous lance cet appel pressant :

     

    1- Aux deux Leaders Politiques Protagonistes :

    · Pour l’arrêt immédiat des tueries, des agressions et autres formes de violences ;

    · Pour donner une instruction urgente à leurs états majors et militants pour l’apaisement des cœurs ;

     

    2- Aux Populations :

    · Pour rejeter la violence sous toutes ses formes, éviter de répandre les rumeurs et entretenir les suspicions ;

     

    3- Aux Médias :

    · Pour éviter les discours, propos et écrits haineux et l’incitation à la violence ;

     

    4- A toutes les Confessions Religieuses :

    · Afin de sensibiliser leurs fidèles à la culture de la paix, de la tolérance et de la non violence et de prier pour la conversion des cœurs des Ivoiriens et de tous ceux qui habitent la Côte d’Ivoire ;

     

    5- A toutes les Forces Militaires et Para-Militaires :

    · Pour assurer la sécurité des personnes et des biens et la protection de toute la population dans les différents quartiers, villages et les villes de l’intérieur, afin d’éviter les comités d’auto-défense qui transforment les jeunes en justiciers prompts à des exécutions extrajudiciaires ;

     

    6- A l’Union Européenne :

    · Afin qu’au nom du droit à la santé, elle lève l’embargo sur les médicaments.

     

    Je voudrais terminer cet appel en vous invitant à méditer l’âge d’or dans le Livre d’Isaie 11,6-9. Ce que Dieu annonce avec le monde animal de façon métaphorique, est possible pour l’homme, est réalisable, sinon Dieu ne l’aurait pas proposé à l’homme : « Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau. Le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ours auront même pâture, leurs petits, même gîte. Le lion comme le bœuf mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra. Sur le trou de la vipère, le jeune enfant y étendra sa main. Il ne se fera ni mal, ni destruction sur toute ma montagne sainte. »

     

    Que Dieu guérisse nos cœurs et nous élève tous pour une vie fraternelle et heureuse.

     

    Fait à Abidjan, le 21 mars 2011

     

    + Jean Pierre KUTWÃ

     Archevêque d’Abidjan

  • an neuf

     

     

    "Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur, je le dis encore, réjouissez-vous".

    Paul aux Philippiens (Phil 4)

     
     
    Bonne année 2011 !  
     
     
  • Nativité

     

     

    Aujourd'hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le  Messie, le Seigneur.
    Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »

                                                                 Evangile de St Luc

    Joyeuse fête de Noël !

  • Que reste-t-il de Port-au-Prince ?

    Port-au-Prince

    Que reste-t-il de Port-au-Prince? Avant même que le séisme terrifiant d'hier ne se déclenche, n'importe quel visiteur était tenté de se demander comment une telle ville pouvait tenir debout. Et même, comment une telle société, tout simplement, pouvait continuer de vivre. Inégalités effarantes, misère absolue, violences constantes, corruptions de toutes sortes. Une humanité à l'abandon. Le blogueur était allé en Haïti il y a une quinzaine d'années avec une délégation de Reporters sans frontières. Il en était revenu avec l'impression d'avoir connu le pire endroit de la planète, la ville la plus rongée par tous les maux sanitaires, sociaux, politiques, etc. Il avait eu une seule fois, auparavant, l'occasion d'éprouver un sentiment d'une même intensité, c'était lors d'un séjour dans la bande de Gaza. La situation d'Haïti lui était apparue comme ne pouvant empirer. Erreur: il fallait que l'horreur s'ajoute à l'horreur, la catastrophe naturelle aux catastrophes dont l'homme est responsable. Haïti n'avait donc pas atteint le fond du malheur et il y aurait ce pire s'ajoutant au pire. Qui de nous peut s'empêcher ce soir de deviner et d'être hanté: la peur, les larmes, le désespoir d'une ville qui semblait en ruine avant même que de s'effondrer. Que dire qui ne soit dérisoire? Il y avait, avant, une chose qui sauvait ce peuple: l'humour et la gaieté, comme un défi. Le ciel est tombé sur leur joie.
                                                                     Bruno Frappat
    source : blogfrappat.la-croix.com

  • N'oubliez pas Haïti

    Témoignage de Bernard Collignon, Frère des Ecoles Chrétiennes. Présent depuis 2003 à Haïti, Bernard Collignon nous livre ici son témoignage sur la situation dramatique que traverse le pays depuis le tremblement de terre de mardi 12 janvier.


    Chers amis,

     

    Je reviens de faire un tour au centre ville de Port-au-Prince. Ce que l’on peut voir est inimaginable : des foules, des milliers de personnes errant dans les rues allant on ne sait où avec un petit baluchon. Des cadavres en décomposition partout, isolés ou en tas. Maintenant, ils sont recouverts mais on en a encore vu dans les décombres juste au bord de la route. Cet après-midi, j’ai vu quelque chose d’insupportable : une benne à ordures remplie de cadavres en décomposition. Je dis bien une benne à ordures. Insoutenable ! Il règne dans de nombreux quartiers une odeur de décomposition très forte. Les épidémies vont arriver. Les gens ont transformé toutes les places publiques en terrain de camping, certains ont une petite toile pour les abriter, d’autres n’ont rien.

     

    L’Etat a totalement disparu qu’il s’agisse du ramassage des cadavres ou pour donner à manger à ces gens qui ont tout perdu. L’ONU n’est pas plus présente, on a l’impression qu’elle a mis toutes ses forces pour retrouver des survivants dans leur quartier général qui s’est effondré. Mais on ne la voit pas ailleurs. Des hommes avec des pics, des pelles, essaient de percer des passages sous les dalles, beaucoup d’entraide, beaucoup de calme mais les gens sont seuls, livrés à eux-mêmes. Tous ceux qui le peuvent regagnent leur province d’origine. Les autobus habituellement surchargés sont pris d’assaut. Si vous avez 70 personnes à l’intérieur, vous en avez autant dehors. Tous les marchés sont fermés, des pénuries sont à craindre assez rapidement. On parle de secours étrangers, on les attend, mais ils ne sont pas encore là et cela va faire deux jours que la catastrophe est arrivée. C’est apocalyptique !

     

    Tous les symboles de l’Etat et de l’Eglise sont par terre. Le Palais national s’est affaissé, la DGI (direction générale des impôts) qui joue ici un rôle capital n’est plus qu’un amas de gravas. Le Palais de Justice, le Ministère de l’Intérieur, le Ministère de l’Education nationale, des Affaires étrangères, de la Condition féminine, de l’Environnement, la Mairie de Port-au-Prince, le Palais législatif. Seul a tenu le siège du Premier ministre, sa cour est devenu un camp de réfugiés, de sinistrés. Pour l’Eglise ce n’est pas mieux. Son archevêque a été tué dans l’effondrement de l’évêché, il ne reste pratiquement rien de la cathédrale. L’église du Sacré-Cœur, Saint-Louis roi de France, en ruines. La Villa Manrèse bien connue de tous les visiteurs en Haïti inutilisable. Quatre personnes y ont trouvé la mort dont Mme Cécile, une française qui travaillait pour l’éducation catholique. Le collège Canado-Haïtien, St Jean l’Evangéliste, St Louis de Gonzague, rue du Centre, en ruines (une centaine d’enfants ensevelis). La cathédrale épiscopalienne est dans le même état que sa jumelle catholique. Mariani (Filles de la Sagesse en ruines, six sœurs tuées). Le séminaire et le CIFOR en ruines. Ce soir j’ai transporté les affaires des sœurs de St Paul de Chartres de Delmas 33, leur collège s’est effondré, leur maison provinciale est inhabitable. Elles craignent les pillages qui ont déjà commencé. Quand on voit tout cela, on a mal quand on pense à tous les efforts qu’il a fallu faire pour construire ces édifices.

     

    Plus près de chez nous à Pétion-Ville, ce sont les Frères de l’Instruction chrétienne qui ont le plus souffert : leur maison provinciale s’est effondrée sur les trois frères qui s’y trouvaient : un n’a pas encore été retrouvé, l’autre a pu être retiré après une nuit de souffrances, il est décédé peu après (Frère Joseph), le troisième est très gravement blessé, mais il n’y pas un hôpital qui fonctionne. Si rien n’est fait pour son pied écrasé, il aura du mal à survivre. Leurs voisines, les Sœurs de la Charité de Ste Hyacinthe sont totalement sinistrées. Nous en hébergeons 9 chez nous en ce moment.

     

    Ceux qui connaissent Port-au-Prince s’y retrouveront, pour les autres, cela donne une ampleur des dégâts. Les gens semblent hagards, perdus. On les sent même passifs. Demain quand la colère grondera, ce ne sera pas facile à gérer. Mais pour moi tout ce que je vous ai raconté est littéralement insoutenable. On est désarmé. Bientôt nous allons manquer de tout. Comme tous les magasins, les banques sont fermées, viendra un jour où on n’aura plus rien. Pour le moment, on essaie de partager le peu que l’on a. Mais quand nous n’aurons plus rien à partager, quand nous n’aurons plus de carburant pour notre groupe électrogène… que ferons-nous ? Et la terre continue à trembler. (...)

     

     

    Nous, les Frères, dans tout cela nous apparaissons comme des privilégiés. Des dégâts mineurs. Mais nous ne pouvons plus vivre comme avant. Le noviciat est comme en congé tellement nous sommes retournés, incapables de penser à autre chose qu’à ce cataclysme.

     

    N’oubliez pas Haïti !

    Bernard Collignon

    sources : http://www.diocesedegap.com/article-lettre-de-bernard-collignon-frere-des-ecoles-chretiennes-sur-la-situation-en-haiti-42988289.html