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ascension

  • Monté aux cieux

    [85]

    Après avoir confessé la résurrection du Christ, le Symbole de la foi poursuit avec ces mots : " Qui est monté aux cieux et siège à la droite du Père".

    Qu'entendons-nous par l'ascension du Christ au ciel ? Il est particulièrement important de nous arrêter sur le sens de ce terme que les détracteurs de la foi commentent sans scrupule : selon eux, les chrétiens ont conservé une vision primitive d'un ciel pour ainsi dire "physique", en quelque sorte un lieu dans l'univers où siège Dieu.

    En réalité, cette approche n'a rien de commun avec la signification et la perception chrétienne du mot "ciel". Evidemment, le terme a été emprunté à la symbolique courante, répandue dans toutes les cultures, et en ce sens il faut l'analyser par analogie avec des mots tels que "haut" et "bas", "large" ou "étroit" etc. Car lorsque nous disons d'une action qu'elle est "basse" ou que nous parlons d'un "haut fait" , il est évident que l'on ne parle pas de situation [86] spatiale, mais qu'il s'agit d'une estimation morale et spirituelle de ces actions.

    Ainsi le mot "ciel", dans le langage de presque tous les peuples, avait en plus de son sens "naturel", une signification symbolique, spirituelle : il renvoyait à quelque chose de grand, de pur, d'illimité. Dans ses représentations originelles du monde et du cosmos l'homme prenait ce symbole à la lettre. La cosmologie primitive divisait l'univers en trois parties : le ciel, la terre, l'enfer. Tout naturellement, ce qui était sain, divin, élevé se trouvait au ciel, tandis que ce qui était mauvais, coupable, terrifiant se situait en enfer.

    Dans notre expérience physique du monde, le ciel est un "élément" splendide, lumineux, éthéré. Mais cette cosmologie n'a aucun rapport avec le christianisme, comme l'attestent les paroles de l'apôtre Paul qui appelle les chrétiens à "penser à ce qui est dans les cieux et non pas à ce qui est terrestre", ou encore comme dans cette exclamation de saint Jean Chrysostome : "que me vaut le ciel puisque je deviens moi-même ciel ?"

    Ainsi, toute tentative pour accuser les chrétiens de primitivisme ou de superstition naïve et anti-scientifique dans leur usage du mot "ciel" est une démarche non seulement inadéquate, mais malhonnête.

    Or ce mot, ce symbole, a, sans aucun doute une signification capitale dans la foi chrétienne. Il suffit de se reporter au récit de la Genèse. La Bible s'ouvre sur ces mots : "Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre". Le ciel, pour les chrétiens, n'est pas un autre monde mais une réalité qui lui est inhérente : il est, en quelque sorte, sa dimension verticale, spirituelle. Le ciel représente la pureté, la grandeur : c'est ce que le christianisme appelle chez l'homme son esprit, son âme.

    Les incroyants, les matérialistes nient l'existence de toute réalité spirituelle ici-bas. Pour eux, tout s'explique en partant de la matière, de lois purement physiques, impersonnelles.

    Pour un croyant ce n'est pas la terre, la matière, qui permet de comprendre le ciel, mais inversement le ciel qui révèle la terre et ce qui est terrestre, et qui donne un sens à la vie. Selon la foi chrétienne, l'homme créé à "  l'image et à la ressemblance divine" est le réceptacle du ciel sur terre. Il a été doté de raison, possède une conscience : par conséquent, il a le pouvoir d'accéder à la connaissance et de discerner le bien. Il est pourvu d'un esprit, et a donc la possibilité de concevoir la beauté, la perfection. Mais l'homme dans sa liberté, peut se détacher de ce qui est[87] céleste en lui, et décider de vivre uniquement de ce qui est terrestre, ou pour parler en termes imagés, il peut abaisser son regard, diriger sa vision spirituelle et son coeur vers le bas. C'est cela que le christianisme appelle le péché, la chute.

    Le christianisme croit et affirme que le Christ est venu nous sauver précisément du péché, de cette chute, de cette rupture avec le ciel.

    Par sa venue dans le monde, par son "incarnation", le Christ nous a de nouveau révélé "le ciel sur la terre", une manière de vivre tournée vers le haut, vers Dieu, c'est-à-dire vers tout ce qui est pur, sublime, bon, vrai et beau, vers tout ce que l'homme avait rejeté dans sa volonté de réduire la vie aux seules réalités terrestres. Le Christ nous a fait découvrir le ciel, Il nous a indiqué que le sens de la vie doit être une élévation, une ascension, une force, une vérité. Il a rempli non seulement toute la terre de la perfection céleste, mais aussi l'enfer, pour reprendre la symbolique primitive.

    Le Christ est descendu sur terre. Il est descendu aussi dans la mort. Mais avec le Christ, en Lui, le ciel fut restitué à l'homme dans sa mort comme dans sa vie. Il lui fraya le chemin de la victoire sur tout ce qui est uniquement terrestre et qui devait s'achever  sur les ténèbres désespérantes de la mort. Ayant tout accompli, le Christ "est monté aux cieux". Cela signifie que dans le Christ l'homme est associé à la vérité céleste : il retourne vers Dieu, vers la connaissance de Dieu, vers l'unique et véritable vie éternelle. Chaque fois que nous affirmons dans le Symbole de la foi qu'   "Il est monté aux cieux" nous parlons non seulement du Christ mais aussi de nous-mêmes. Si nous croyons en Christ, si nous sommes avec Lui, alors nous aussi nous sommes au ciel, ou du moins, notre foi, notre esprit, notre amour sont dirigés vers le ciel, vers le Christ, vers Dieu. Nous percevons le ciel comme notre vie véritable et dès lors notre vie terrestre devient riche de sens, se remplit de joie car en Christ elle s'est élevée et s'est transformée en une ascension. 

    Alexandre Schmemann - Vous tous qui avez soif - YMCA Press/F.X. de Guibert 2005.