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Prier - Page 2

  • Préliminaires à la prière - 05

    * Croire intensément que Dieu est là


    Avant de parler à Dieu ou de l'écouter, il faut être convaincu de son existence. Conviction non pas cérébrale et comme extérieure à nous-mêmes, mais conviction vécue, actuelle, saisissant l'être tout entier et le courbant  en présence de son Créateur et Seigneur.

    Plus concrètement encore, il faut se persuader qu'un regard attentif et pénétrant nous enserre, le Regard du Dieu  vivant : Dieu est là près de moi, en moi, qui me regarde et qui m'appelle. Je le crois, j'en suis  sûr. Toute la pédagogie de Dieu dans l’Écriture n'a-t-elle pas consisté à convaincre Israël qu'il était un peuple passionnément regardé par son unique Pasteur ? Dès que s'ouvre la geste des Patriarches, dès qu'apparaissent les premiers  "chevaliers de la foi", Abraham, Isaac, Jacob, le Seigneur inaugurera magistralement sa leçon. Il s'agit de convaincre ces "primitifs" que le Très-Haut est un Dieu proche. A l'ombre d'un chêne, auprès d'une source, autour d'une pierre rayonne la Présence Glorieuse . Peu à peu ces nomades du désert, si peu friands d'aventures spirituelles apprennent en quelle proximité insoupçonnée se déroule leur banale existence.

    Le mot d'ordre donné à Abraham rappelle la densité de cette découverte : " Je suis El-Chaddaï (le Dieu des montagnes) marche en ma présence et sois parfait" (Gn 17,1). Plus tard, Jacob, au terme d'un songe révélateur, s'écriera : "En vérité, Dieu est en ce lieu  et je ne le savais pas" (Gn 28,16).

    En pratique, plusieurs moyens s'offriront pour nous saisir fortement de cette divine Présence. C'est la suggestion proposée par saint Ignace :

    Avant d'entrer en oraison (en prière), "J'élèverai ma pensée vers le ciel, considérant comment Dieu Notre-Seigneur me regarde" (Ex n° 75). Ma prière ne s'identifie en rien avec une considération philosophique ou morale. Elle ne s'apparente pas à une rêverie où je n'aurai qu'à me laisser aller au fil de l'eau. Je suis sous le regard de Quelqu'un, de Quelqu'un qui, en toute vérité, me voit. Là encore, ne sommes-nous pas instruits par l'expérience des hommes de la Bible ? Lorsque sur la montagne, Dieu rend à Abraham son fils Isaac, le père des croyants s'écrie : "Sur la montagne, Dieu pourvoit" ou selon le grec : "Dieu voit" (Gn 22,14). En d'autres endroits, notamment dans les Psaumes, il est sans cesse parlé "des paupières, des prunelles du Seigneur". Anthropomorphisme certes, mais combien suggestif ! Où que nous soyons, où que nous allions, un regard nous cherche, nous investit, nous scrute. Heureux qui consent à se laisser  regarder ! A son tour, il deviendra un "voyant" selon l'appellation que l’Écriture décerne aux anciens prophètes. Il saura traverser l'épaisseur des choses  et s'enhardir jusqu’à la pleine lumière, où Dieu habite. 

    Pratiquement, pour nous imprégner de cette certitude, peut-être sera t-il bon de nous répéter quelques uns des versets du psaume 129 : " Seigneur, tu me sondes et me connais - tu perces de loin mes pensées." Ou bien creuser cette magnifique interpellation : " Tu es le Seigneur, le Dieu qui contemple les siècles" (Eccl 36,17. trad Vulgate)


                        A suivre...


    Pierre Lauzeral - Préliminaires à la prière

  • Préliminaires à la prière - 04

    Les trois conditions requises pour prier - première condition

     

    Pour entrer en prière (en oraison), trois conditions sont requises :

    - se placer sous le regard de Dieu, (sous le regard de Dieu)

    - purifier son cœur, (la purification du cœur)

    - invoquer l'Esprit Saint. (l'invocation du Saint-esprit)

     

    Ces trois moments introduisent à l'oraison. Ils peuvent être plus ou moins longs, plus ou moins forts, mais, sauf grâce spirituelle de dieu, ils en constituent comme le seuil, et nul ne pourra aisément entrer en prière s'il ne l'a franchi.

     

    Sous le regard de Dieu

    Pourquoi la plupart de nos prières sont-elles molles, ravagées de distractions, incapables d'émouvoir en profondeur les racines de l'âme ou de nous nourrir ? Reconnaissons-le sans ambages : souvent, trop souvent, nous avons omis de nous placer sous le regard du Seigneur. Aussi, semble-t-il utile de dérouler au ralenti les diverses phases de cette mise en présence de Dieu.

    * Se calmer

    On ne s'engouffre pas dans la prière. C'est folie de l'ignorer. La prière est avant tout exercice de foi et de foi vive. Comme Moïse, il faut  "voir l'Invisible" (Heb 11,21), le toucher, l'habiter, y établir sa demeure. Or, nous voici aux prises avec des réalités très visibles, contraignantes ou attirantes : nos affaires, nos soucis, nos passions, les provocations ou le divertissement de l'ambiance. Force nous est de nous arracher énergiquement à ce décor, à ces personnages, à nous-mêmes, de créer une zone de vide et de silence autour de nous et en nous, première étape de notre marche vers le Seigneur.

    Prier, en outre constitue une activité très sérieuse. C'est au Maître des mondes que je vais parler. Je deviens, éphémère et banal, celui qui tutoie Dieu ! Devant Lui, terre et ciel se taisent. Toute la Bible tonne sa grandeur et les prophètes qui le rencontrèrent tremblent au souvenir de ces rendez-vous peu rassurants. Je n'irai jamais aussi loin que ces familiers du Très-Haut. Combien plus, à leur exemple, dois-je prendre de précautions pour affronter cette Présence !

    La tradition de l’Église ne l'a pas oublié qui, depuis longtemps, introduit ses prêtres  et ses moines à l'Adoration par un psaume appelé "Invitatoire" : "Venez adorons le Seigneur" (Ps 94,6). Tandis qu'il est comme graduellement conduit vers le Seigneur de toute majesté , l'homme peut s'apaiser "et, reins ceints, lampe allumée" (Lc 12,35), sortir au-devant du Maître en attente."

    Concrètement pour faire oraison, il conviendra  de rechercher un lieu calme, un silence extérieur favorisant la détente nerveuse et la délivrance des pensées étrangères. Chacun doit, selon ses possibilités, appliquer le conseil du Seigneur : "Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre  et prie ton Père" (Mt 6,6). En fait, plus ce "secret" l'environnera, plus notre prière  se placera sous le regard du Père. 

    Pourquoi ne pas insister encore sur la création d'une atmosphère de recueillement comme  le suggère saint Ignace : les volets clos, un rideau tiré, une table nette, la Bible ouverte , voilà qui favorise l'entrée en oraison. 

    Enfin, pourquoi ne pas inviter celui qui va prier  à se détendre physiquement : respirer lentement, au besoin, s'étendre quelques secondes délasse le corps et laisse l'âme comme délivrée. Si l'on vient d'entendre les points d'oraison et que la tête  soit lourde, une rapide promenade, un oubli momentané de tout, facilite le début de la méditation ou de la contemplation. 

    Quant aux distractions légères  qui affleurent l'imagination, il ne faut pas s'en préoccuper, mais les laisser couler comme l'eau.

    Bref, si j'ai créé des conditions favorables de recueillement, il est bien assuré que troubles et énervements intérieurs se décanteront plus aisément.

                                                                        A suivre....

    Pierre Lauzeral - Préliminaires à la prière

     

      prochain post :  Se placer sous le regard de Dieu : croire intensément que Dieu est là.

     

  • Préliminaires à la prière - 03

    L'expérience des saints


    Aide de Dieu, collaboration de l'homme, ces deux vérités, les saints les ont vérifiées dans leur expérience. "Je ne sais pas prier, dites-vous, mais avant vous d'autres s'y sont essayés qui, grâce à Dieu, n'ont pas trop mal réussi." De leur intimité avec le Seigneur, ils nous ont laissé le souvenir. Sans doute, ont-ils gouté des rencontres indicibles, des états d'oraison qu'ils ne peuvent  décrire. "Si tu sondes la Majesté de Dieu, tu seras écrasé par la Gloire" (Prov 25,27) Mais, comme nous, beaucoup d'entre eux ont appris l'alphabet de la prière. Avant de devenir des maîtres, ils sont passés par un noviciat.

    Aussi saint Ignace, nouveau converti, avouait-il que Dieu le traitait "comme un maître d'école". Sainte Thérèse d'Avila ne découvre que fort tard la vie d'oraison. Encore faut-il qu'elle en reçoive l'initiation des livres d'Osuna et de l'enseignement  de son oncle de Cepeda. Jean de la Croix, jeune prêtre, premier religieux de la Réforme carmélitaine, ne s'improvise pas aussitôt technicien de la Montée du Carmel. Mais, une fois déblayé le chemin, ces spirituels de race se tournent vers nous pour nous signaler le départ des routes, les manières d'engager l'étape, les chances et les risques de l'aventure. Voilà des guides sûrs : leur enseignement s'inspire de leur expérience. Ignace de Loyola, dès Manrèse, novice encore dans les voies de l'esprit, relève sur un cahier d'humbles remarques  destinées  à devenir les Exercices Spirituels. Thérèse  de Jésus, dans son Chemin de la Perfection, se réfère constamment, non à des théories abstraites, mais à l'itinéraire  que le Seigneur lui a fait suivre.

    De ces conseils autorisés, nul ne doute que nous puissions tirer quelque profit. Ils sont dotés d'une valeur quasi universelle. A ce titre, dirions-nous, ils s'imposent comme les lois générales de toute vie intérieure. Les négliger, surtout dans les premiers efforts d'une vie d'oraison, risque  de nous laisser indéfiniment piétiner à la porte du Royaume. Les appliquer avec fidélité nous achemine, au contraire, vers un succès à peu près  certain. Oui, l'art de bien prier, dépend avant tout de l'Esprit Saint, mais ce même Esprit, dans l'âme des saints, a laissé ses traces.

    Les suivre, n'est-ce pas aider la grâce ?


    A suivre....


    Pierre Lauzeral - Préliminaires à la prière


    prochain post : 3 conditions requises pour prier (faire oraison)



  • Préliminaires à la prière - 02

    Valeur et nécessité de l'effort

    Cependant, pour nous mettre à prier, il ne faut pas rester "oisifs sur la place" en attendant que le Maître nous embauche (Mt 20,3). De même que le Créateur nous a dotés d'une "intelligence capable, à travers ses œuvres, de saisir son invisibilité" (Rm 1,20), de même Il a mis dans notre esprit suffisamment de lumière pour l'atteindre. Bien plus, n'avons-nous pas été au baptême "plongés dans le Saint-Esprit" ? La Troisième Personne de la Sainte Trinité nous a été "donnée avec l'amour de Dieu qu'elle répand" (Rm 5,5). En nous, ce Dieu ne dort pas qui, dès l'origine, "couvait" le monde, "parlait par les prophètes", illuminait l'âme du christ, de la Vierge Marie, des Saints. Comme nous l'expliquerons plus au long, n'est-Il pas Celui dont la présence travaille le cœur de l'homme et l'oriente vers le Père ? De toute notre attention et la ferveur de notre amour, ne sommes-nous pas invités à collaborer à cette action de l'Esprit Saint qui, pour être mystérieuse, n'en demeure pas moins réelle ? Pour prier, il faut surtout la grâce de Dieu, il faut encore notre bonne volonté. Absolument comme pour parvenir au salut, il a fallu que le Fils de Dieu habitât chez nous, mais il faut que nous acceptions son Incarnation.


                           à suivre....

                       prochain post : L'expérience des saints


    Pierre Lauzeral - Préliminaires à la prière

  • Préliminaires à la prière - 01

    Seigneur, apprends-nous à prier

    "Un jour, quelque part, le Seigneur priait... Quand Il eut fini, un de ses disciples Lui demanda : " Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l'a appris à ses disciples" (Luc. 11,1)

    Cet épisode de l’Évangile en dit long sur le mystère de la prière. Seul, Jésus-Christ semble s'y mouvoir à l'aise. Sa dignité en présence de Dieu impressionne les apôtres, au point que l'un d'entre eux pose la question : " Seigneur, apprends-nous à prier !"

    Prier n'est pas à la portée de tout homme, disons, plus radicalement, prier dépasse l'homme. dès lors, pour franchir le seuil de l'oraison, ne faut-il pas que le Maître de la prière vienne à notre secours ? S'il "habite une lumière inaccessible" (Tim. 6,16), ne convient-il pas qu'il éclaire Lui-même la route pour nous mener vers Sa splendeur ?

    A fréquenter le Christ, les disciples ont senti cette vérité et c'est là une grâce que nous devrions leur envier. "Nul n'est monté aux cieux, sinon Celui qui en est descendu" (Jn. 3,13) "Là où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant" (Jn 13,36)

    En somme, le chemin parcouru par le Verbe Éternel pour rencontrer l'humanité déchue, n'est-il pas celui que notre prière doit suivre, en sens contraire, pour atteindre son Créateur et Seigneur ? Étrange âpreté de  l'entreprise! Une parole de Jésus la décrit, encore qu'il l'ait prononcée en d'autres circonstances : " Pour les hommes, impossible, non pour Dieu  ; car tout est possible à Dieu" (Mc 10,27). En bref, savoir prier est une faveur de Dieu. Comme tout "don excellent, il descend d'En-haut, du Père des Lumières" (Jn 1,17). Jésus-Christ l'a clairement insinué. Après Lui, les saints l'ont répété à satiété. "Oh ! je ne voudrais pas aller à Dieu, si Dieu ne venait à moi", déclarait saint François de Sales, et Mme de Chantal en écho : " L'oraison doit se faire par grâce et non par artifice." Première certitude dont il faut nous assurer si nous voulons pénétrer dans les voies de la prière.

    Or, ce que la foi enseigne, l'expérience bien souvent le démontre. Combien de jeunes s'enquièrent : "Que faut-il faire pour prier ? Comment s'y prendre ?" Des adultes, des prêtres, après plusieurs années de vie spirituelle s'aperçoivent avec effroi qu'ils ne savent pas prier.

    La prière elle-même ne connaît-elle pas ses saisons ? Dans les premiers temps, facile et simple, elle s'écoule quasi naturellement de l'âme. Puis viennent les heures arides ou froides. "La terre sèche, altérée, sans eau" (Ps 63,2). Prier s'avère très pénible : marche au "pays qu'on n’ensemence pas". La tentation surgit, redoutable, de laisser un exercice (l'oraison) où l'on perd son temps. Faut-il ajouter que notre prière est fonction de notre allure spirituelle tout court ? Au lendemain de fautes, dans le doute ou le malheur, en référer à Dieu, à plus forte raison Le contempler nous paraît surhumain. "Route barrée de pierres de taille, sentiers obstrués" (Tim 3,9), la Bible dit bien. Ignorance, malfaçons ou difficultés quelles qu'elles soient, l'expérience spirituelle nous ramène à la conclusion de tout à l'heure : prier, nous ne le pouvons pas, si Dieu lui-même n'intervient. Première donnée de foi.


                                             A suivre....


    Pierre Lauzeral - Préliminaires à la prière - Apostolat de la prière 1960


    Prochain post :  " Valeur et nécessité de l'effort"





  • Le quart d'heure de prière (4)

    [21] Bergson a montré que les personnes les plus précieuses et les plus parfaites de l'humanité étaient les mystiques, à cause justement de leur vie de prière. Mais nous, comme chrétiens, nous savons de plus qu'il y a le Corps mystique de Jésus, et que cette unité entre les hommes dépasse de beaucoup ce que la raison peut nous dire (...)

    [24] Le bon Dieu ne nous demande qu'une toute petite tâche au point de vue de notre travail. Mais ce tout petit travail, si humbe soit-il, prend une valeur universelle par la prière et l'amour que nous y attachons.  

    [25] Nous devons veiller à être fidèles à ce petit quart d'heure, au moins, de prière, comme un acte de foi dans l'amour de Jésus. Nous devons veiller à ce rôle que nous avons par rapport à l'ensemble de l'univers...

     

    P. Thomas Philippe - Le quart d'heure de prière - St Paul éditions religieuses, 2008

  • Le quart d'heure de prière (3)

    La spiritualité chrétienne est tellement différente de la spiritualité stoïcienne, par exemple ! Certaines personnes (mais elles sont rares) pourront réserver chaque jour un petit quart d'heure pour un exament de conscience, uniquement d'un point de vue moral. Le petit quart d'heure dont je vous parle se place à un point de vue très différent : c'est très bien de venir chaque jour en face de soi, mais si c'est pour constater  chaque jour qu'on est rempli de défauts et d'infidélités, si c'est pour sentir chaque jour qu'on est incapable de suivre le règlement qu'on s'est soi-même donné, c'est très décourageant !

    Au contraire, la parabole des ouvriers de la onzième heure est tellement réconfortante : nous sentons bien que nous avons raté toute notre journée, nous sentons que nous n'avons rien fait de ce que Dieu voulait, mais nous croyons que dans cet humble quart d'heure de prière, Dieu peut tout rattraper par sa miséricorde.

    Ou encore mieux, nous pensons au bon larron, et à la fin de notre misérable journée, à la mort de cette journée, nous pouvons toujours dire : " Mon Dieu, aie pitié de moi !" Cette journée alors peut être la meilleure, parce que Dieu peut nous donner une grâce qui répare tout ce que nous avons pu faire de mal, et nous rendre plus humbles que si tout avait été bien à nos yeux.

    Cet acte de foi nous empêche par là-même de tomber dans un des dangers les plus forts actuellement : le dégoût de soi-même, et le découragement. Ce petit quart d'heure de prière concilie tout à fait le sentiment d'être un pauvre pécheur et la certitude que notre personne, dans ce qu'elle a de plus profond, de plus secret, est connue et aimée de Dieu.

                                                                                    A suivre au prochain post...

    Père Thomas Philippe - Le Quart d'heure de prière - St Paul Editions religieuses

  • Le quart d'heure de prière (2)

    Suite du post du 13 mars 2011

     

    Le "moi" et notre vraie personne

    Un des pauvres lots de notre nature humaine, c'est de sentir toujours notre moi. Nous ne savons pas comment il s'est constitué, mais dès que nous réfléchissons un tout petit peu, nous n'avons aucune difficulté à découvrir qu'il y a en nous un énorme moi égoïste, un moi égocentrique, jouisseur, vaniteux, dominateur, un moi qui veut toujours tout ramener à lui...

    Et dès que nous cherchons un peu à aimer Jésus, nous souffrons terriblement de ce moi. C'est lui le grand obstacle à la vie intérieure, bien plus que toutes les conditions extérieures dans lesquelles nous pouvons nous trouver. Socrate déjà le disait : " convertis-toi toi-même !"

    Avant que le bon Dieu nous ait touchés, nous étions peut-être beaucoup moins tiraillés par ce moi... Notre moi nous faisait souffrir uniquement par les désagréments sociaux qu'il pouvait  nous attirer. Mais dès que l'Esprit Saint se donne un peu à nous, nous souffrons de notre moi, et cela prouve que nous n'y sommes déjà plus attachés. 

    L'amour de Jésus nous découvre ce moi, et nous donne le désir qu'il meure, pour que naisse notre vraie personne d'enfant de Dieu. Or c'est la prière, et la prière uniquement, qui peut former notre vraie personne, profondément. 

    La prière, en effet, repose sur cette foi que la grâce de Dieu est enfouie au plus profond de nous-mêmes dans la conscience d'amour du tout petit enfant. Cette grâce s'enracine en nous avec les trois vertus théologales : la foi, l'espérance, et la charité qui nous mettent directement en rapport avec Dieu et permettent au Saint Esprit d'intervenir en nous par ses dons.  (...)

                                                                            Suite au prochain post... 

     Le quart d'heure de prière - P. Thomas Philippe - Ed St Paul, 1994

    (Le P. Thomas Philippe (+) est à l'origine de l'Arche avec Jean Vanier)

  • Le quart d'heure de prière (1/2)

    Entretien  du père Thomas Philippe sur la prière (5 octobre 1974)

     

    Nous avons tous beaucoup de difficultés à être fidèles à la prière. Quand l'Esprit Saint se donne très fort à nous, prier est encore relativement facile, mais perséverer dans la prière est peut-être une des choses les plus exigeantes et les plus rudes de notre vie spirituelle...

    Pour un vieux prêtre comme moi, qui ai pu suivre des personnes depuis très longtemps, il est frappant de voir que celles qui ont toujours été fidèles à la prière, malgré beaucoup de bouleversements, ont tout de même contribué à ce que l'Esprit Saint puisse faire son oeuvre en elles. Mais ce n'est pas du tout le cas quand il y a eu des éclipses trop fortes dans la prière. Bien sûr, la miséricorde de Dieu peut toujours agir et ressaisit souvent, mais il faut comme un véritable recommencement. C'est pourquoi il est très important de voir comment être fidèle à la prière.

    Chaque jour...

    Pour la fidélité à la prière, la première chose qui est nécessaire est de donner chaque jour un moment au bon Dieu : cinq, dix, quinze minutes, un peu plus si on peut, mais l'important est que chaque jour il y ait ce moment où l'on s'attarde près de Dieu.

    Dans les desseins de Dieu, il est certain que le jour forme une unité naturelle dans notre vie, un petit tout concret. Il y a le jour et la nuit, ces divisions ne sont pas du tout artificielles... Il faut donc avoir chaque jour une vraie rencontre avec Dieu, du moins en faire l'effort.

    Et si nous voulons vraiment répondre à ce que le bon Dieu attend de nous dans sa pédagogie divine, il ne faut pas que cette prière soit simplement une formule. Une prière récitée, c'est déjà beaucoup, mais ce n'est pas suffisant. C'est tout à fait différent de saluer une personne rapidement sur la route, en continuant son chemin, et de s'arrêter pour lui parler, ne serait-ce que cinq minutes... Nous pouvons faire partie d'un groupe de prière, c'est excellent, mais cela ne remplacera jamais ce petit quart d'heure de prière que nous devons tous avoir ; au contraire, cela exigera encore davantage de nous la prière personnelle.

    Nous sommes avant tout des personnes. Dans une communauté, même dans la communauté la plus intime, dans la famille, dans le couple, cette prière individuelle, personnelle, est indispensable pour chacun.

    Il est important de voir aussi que ce petit quart d'heure de prière doit être distinct de la messe. Par exemple, le prêtre qui célèbre sa messe tous les jours le fait comme serviteur. S'il ne réserve pas au moins un quart d'heure de sa journée pour une prière personnelle, gratuite, comme marque d'amitié à Jésus, sa vie intérieure sera en danger. Et ce n'est pas la messe dite tous les jours qui la sauvera.

    C'est la même chose pour nous tous. Certes, il faut aller à la messe tous les jours quand on en a la possibilité. Mais il sera toujours nécessaire, si nous voulons progresser dans la vie intérieure et répondre à l'appel de Jésus, d'avoir un moment de prière personnelle.

     

    Ne pas douter de l'appel de Jésus...

    Dans notre rencontre quotidienne avec Jésus, il est très bon de faire des actes de foi et d'espérance pour lui dire que nous croyons à son amour, en nous rappelant toutes les grâces que nous avons reçues. Cela nous empêche justement de nous mettre à douter de l'appel de Dieu.

    Le manque de confiance, le doute, sont des dangers qui nous guettent facilement dans la prière. Ces petits doutes qu'on laisse : "après tout, est-ce que c'était si fort que cela ?... Est-ce que c'était vraiment un appel ? " Ces petites questions qui au premier abord ne semblent pas méchantes, grandissent si vite, si on les laisse s'installer, et un jour on s'aperçoit qu'on doute réellement de l'appel de Dieu. 

    Or c'est capital pour notre vie intérieure car cet appel de Dieu était le début d'une vocation, le début d'une amitié avec Jésus, les premières grâces où Dieu nous avait manifesté qu'il voulait avoir avec nous des relations directes et personnelles

    Il faut maintenir sa foi en cet appel, revenir tous les jours près de Dieu, s'attarder près de Lui, Lui redire :

    " Je crois, bien que je sois dans la sécheresse complète, bien que tout extérieurement semble aller à l'encontre. Si j'écoutais mon imagination, si je me mettais à raisonner, j'aurais l'impression que je ne suis pas du tout appelé, mais je veux croire..." 

    Quand on fait cette prière toute simple, on s'aperçoit presque toujours qu'au moins une grâce de foi nous est donnée. Dans la prière, c'est peut-être ce qu'on découvre le plus : la foi, ce que c'est que la foi...

    Et il ne faut pas hésiter à ce que notre acte de foi soit très concret, en nous rappelant tel moment où l'Esprit Saint s'est donné particulièrement à nous, alors que nous priions avec telle ou telle personne, par exemple.

    J'ai toujours pense qu'un des rôles essentiels du prêtre est de nous rappeler les grâces que nous avons reçues et dont il a pu être témoin et confident. Nous oublions très facilement les grâces reçues, parce qu'elles ne marquent pas la mémoire ou la raison, mais touchent directement le coeur... Le prêtre, ou quelquefois un ami, a un rôle capital pour être ce témoin et ce soutien de notre foi et de notre espérance.

    Le joug léger

    Dès que le bon Dieu s'est un peu révélé à nous, même d'une façon qui reste très voilée, la première chose à faire est donc de chercher chaque jour à avoir ce rendez-vous avec Lui. Notre progrès dans la vie intérieure dépendra énormément de notre fidélité à ce petit quart d'heure de recueillement. C'est la première chose absolument indispensable.

    Quand Jésus parle du bon serviteur "fidèle dans les petites choses", quand il demande de prendre son joug, qui est léger, Jésus ne pense t-il pas à cette prière ? Donner un quart d'heure, ou même cinq minutes à Dieu chaque jour, on ne peut pas dire que ce soit un joug tellement pesant...On donne bien plus de temps au soin de son corps, chaque jour, et il s'agit ici du soin de notre coeur, de notre âme !

    La double finalité de la prière

    Pour mieux voir comment bien profiter de ce minimum de prière que nous tacherons de donner chaque jour à Dieu, il est important de rappeler la double finalité de la prière :

    1 - La prière sanctifie. La prière constitue notre vraie personne, en tant qu'elle se distingue de l'individu et du "moi". La prière est un acte de foi où nous prenons conscience que notre véritable personne est à la ressemblance de Dieu, et se constitue dans ses relations mêmes avec le Père, le Fils, l'Esprit Saint.

    2 - D'autre part, il faut savoir que Dieu veut se servir de notre personne dans son gouvernement divin. Nous avons un rôle à jouer par la prière pour tout l'ensemble de l'univers. Ce n'est pas de la présomption de le croire. Nous n'avons pas le droit de nous désintéresser de l'ensemble du monde. Tous les hommes sont nos frères.

    Pour nous encourager à être fidèles à ce petit quart d'heure de prière quotidien, le premier point de vue  peut nous aider beaucoup : nous savons que nous ne pourrons jamais trouver notre véritable personne, notre véritable identité, en dehors de la prière.

    (...)

    Pour certains, la prière sera surtout une intimité avec Jésus, un coeur à coeur avec Jésus. Après les avoir pris près de Lui, cependant, Jésus leur fait comprendre qu'ils ne doivent pas se désintéresser de leurs frères. Et c'est Jésus Lui-même qui leur apprend ce très grand mystère de notre nature humaine : nous sommes tous solidaires les uns des autres.

    D'autres au contraire, pensent naturellement à leurs frères dans la prière, et cela les aide à rester près du bon Dieu, de penser à leur responsabilité vis-à_vis des autres, de ceux qui souffrent, et de prier pour eux.

    Les vocations seront différentes suivant chacun, mais de toutes manières ces deux aspects doivent exister dans notre petit quart d'heure de prière donné à Dieu chaque jour.

                                                                          A suivre...

     

     Le quart d'heure de prière - P. Thomas Philippe - Ed St Paul, 1994

    (Le P. Thomas Philippe (+) est à l'origine de l'Arche avec Jean Vanier)