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M-D Philippe - Page 2

  • Au départ il y a eu Ephèse

    (...) Nous avons jusqu'ici regardé le premier chapitre de l'Evangile de saint Jean. Il reste donc encore beaucoup à découvrir. Il faudrait continuer cette lecture de l'Evangile selon saint Jean jusqu'au bout et ensuite, regarder la première épître [de Jean] et l'Apocalypse (puisqu'il faut regarder l'Apocalypse dans la lumière de l'Evangile de Jean). Si on faisait cela, on pourrait renouveler toute la théologie, car toute la théologie doit être renouvelée à travers Jean. N'est-ce pas précisément ce que Vatican II réclame de nous ? Il nous faut reprendre tout dans la lumière johannique, et c'est peut-être le rôle très particulier de la France - c'est pour cela qu'elle est tellement secouée - puisque le premier évêque de Lyon, saint Irénée, était disciple de saint Polycarpe, lui-même disciple de saint Jean. Il est important de regarder ces choses-là, car cela montre que nous sommes reliés à Jean d'une manière très particulière. Au point de départ il y a eu Ephèse, l'Eglise de Jean, qui est l'Eglise de la ferveur (cf. Ap 2,4). Mais l'Eglise de Jean ne doit-elle pas demeurer jusqu'au retour du Christ ? "S'il me plaît qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe ?"...

    M-D. Philippe - Suivre l'Agneau - Ed Saint Paul 2005 p. 231 - ISBN : 2-35117-001-6

  • le témoin, le serviteur et l'ami

    (..) La grâce chrétienne est donc en premier lieu une grâce d'amour et d'intimité avec l'Agneau ; c'est le mystère de l'oraison et de la contemplation. Cela, c'est premier. On n'est chrétien que quand on aime, et qu'on aime d'une manière telle qu'on demeure auprès de l'Agneau. C'est tout le mystère de l'oraison, qui est une exigence fondamentale de la vie chrétienne.

    La grâce chrétienne va faire de nous des témoins. André, c'est le témoin, le témoin auprès de Simon. (...) André est à l'origine de la vocation de Simon - qui est devenu Pierre - et cela nous montre la grandeur du témoignage. Le témoin au sens fort, c'est celui qui est à l'origine de la vocation de Pierre.

    Troisième dimension de la vocation chrétienne : elle implique le service. Ne confondons pas témoignage et service, car ce n'est pas la même chose. Quand on fait la cuisine, quand on épluche des légumes, on n'est pas témoin, on est serviteur. Le serviteur est toujours caché. Chacun de nous a un service plus ou moins caché : son travail. C'est le serviteur qui travaille. Et le travail est la seconde grande rectification de notre vie. Il y a en effet deux grandes purifications dans notre vie : l'adoration et le travail. Le travail nous maintient dans un équilibre sain et purifie notre imagination, notre sensibilité. (...)

    Quatrième dimension :  la vie chrétienne doit être vécue dans la gratuité - cela, c'est la vocation de Philippe : "Suis-moi ", un appel tout à fait gratuit. La contemplation, le témoignage, le service, doivent être vécus dans la gratuité, toujours. Nous sommes des "serviteurs inutiles "(cf. Lc 17,10) Cette question du service est très importante - surtout dans le monde d'aujourd'hui. Il est difficile d'être de vrais serviteurs. On accepte d'être témoin (c'est tellement beau !), on accepte d'être des amis (très bien!) mais le serviteur...c'est moins attrayant ! (...)

    M-D Philippe - Suivre l'Agneau - Ed. St Paul 2005 pp.  224-226. ISBN : 2-35117-001-6

  • Sur Jésus qui passait

    Fixant les yeux sur Jésus qui passait... Le témoignage de Jean-Baptiste est un témoignage contemplatif : fixant les yeux sur Jésus qui passait. Il est "en arrêt", dans une attitude contemplative, tout entier pris par l'Agneau. Fixant les yeux sur Jésus qui passait, il dit : " Voici l'Agneau de Dieu (...), Jean-Baptiste ne dit que cela... Les deux disciples, l'entendant parler ainsi, suivirent Jésus.

    M-D. Philippe - Suivre l'Agneau - Ed Saint Paul 2005 p. 203-204 - ISBN : 2-35117-001-6

  • S'il venait ce soir

    (...) Cela est très significatif pour nous. tous les chrétiens attendent le retour du Christ. Ils sont bien obligés, puisque les Actes des Apôtres nous disent, au moment de l'Ascension du Christ, qu'un jour il reviendra (cf. Ac 1,11). Ils l'attendent en disant : " Pas tout de suite, Seigneur ! ", parce que, ayant jeté un coup d'oeil à l'Apocalypse sans essayer de la lire en profondeur, ils sont affolés : "C'est effrayant, les derniers temps ! L'Eglise n'en est qu'au début de son pèlerinage !" Ils disent attendre, mais en réalité ils n'attendent pas du tout. C'est une espérance messianique temporalisée, politisée. Ils attendent la libération de l'humanité pour elle-même, ils n'attendent pas vraiment le retour du Christ. Pour l'attendre, il faut être un pauvre qui n'a rien à perdre et qui a soif du retour de Jésus. Celui-là seul l'attend vraiment. 

    Demandons-nous si nous attendons vraiment le retour de Jésus, si dans notre coeur il y a cette soif ardente, cette soif de le rejoindre, d'être avec lui éternellement ; ou bien si, au contraire, nous sommes trop occupés de notre avoir, de nos opinions, en considérant que notre gloire humaine n'est pas encore suffisamment achevée. " Je n'ai pas encore dit tout ce que j'avais à dire ! Il ne faut surtout pas que le Christ arrive avant ! Il ne faut pas que le Christ arrive avant que l'humanité soit parfaitement épanouie, qu'elle soit adulte." Mais si l'on attend que l'humanité arrive à une sorte de splendeur et de gloire humaines, après quoi le Christ reviendrait pour couronner cela, alors on attend pas vraiment le retour du Christ.   On ne peut l'attendre que comme celui qui seul nous donne l'amour, comme le feu du Ciel qui doit tout transformer. Chacun de nous doit faire ce petit examen de conscience, c'est excellent. C'est là qu'on voit combien il est difficile d'être chrétien ! Parce que cela nous demande un grand déracinement.

    Il faut accepter de reconnaître que nous sommes encore très enracinés et que nous avons beaucoup de peine à attendre le retour du Christ. Il faut reconnaître que nous ne sommes pas encore totalement chrétiens, que nous avons beaucoup d'attaches à quantité de choses, et que nous avons de la peine à désirer le retour du Christ.

    Si le Christ devait revenir ce soir, combien parmi nous seraient-ils dans la joie, dans la vraie joie, la joie plénière en disant : "Enfin, il est là !" Ne dirions-nous pas au contraire : " Mais je suis encore trop jeune, j'avais tellement de choses à faire et à voir !  (...) Pour ceux qui sont au terme de leur vie, très bien, ils ont vécu, mais nous ? Attendez encore un peu, Seigneur, laissez-nous réaliser quelque chose ! " (...) Attendre le Christ comme devant venir ce soir exige de nous de l'attendre comme de vrais pauvres, c'est-à-dire en comprenant que ce ne sont pas nos réalisations que Dieu regarde avant tout, mais bien plutôt les désirs de notre coeur (cf. Catherine de Sienne). Comme c'est apaisant !

    Marie-Dominique Philippe - Suivre l'Agneau (t1) - 1 ère édition, 1978. 3 ème tirage : Ed St Paul 2005 pp.195-196 (ISBN : 2-35117-001-6)

  • le Vivant

    Chaque fois qu'on nous demande pourquoi nous sommes chrétiens, chaque fois que nous sommes en face d'un athée, de quelqu'un qui ne croit plus, n'oublions jamais que nous sommes chrétiens parce que le Christ est vivant. Le Christ, mort, est ressuscité. Il est vivant et il est proche de nous, il habite en nous par la foi. Nous avons donc, si notre foi est vivante, un contact direct avec lui. Si nous avons une foi contemplative, personnelle, si notre foi est libre, alors nous sommes en contact direct avec Jésus et il n'y a pas de distance entre lui et nous. Jésus est plus proche de nous que nous le sommes de nous-mêmes, puisqu'il habite en nous par la foi et qu'il est source de notre grâce, actuellement. (...)

    Comprenons bien qu'il y a deux connaissances de Jésus. Il y a d'abord une connaissance selon les traditions religieuses et familiales. Si nous appartenons à une famille chrétienne, on nous a parlé du Christ dès notre enfance. C'est bien, c'est très heureux, c'est un patrimoine merveilleux, mais à un moment donné nous avons compris que nous étions chrétiens, non pas parce que nous appartenions à telle ou telle famille, mais parce que le Christ est vivant, parce que c'est lui qui nous choisit et que nous avons ce lien direct avec lui. C'est lui qui nous appelle, c'est lui que nous suivons. Si nous sommes chrétiens, ce n'est pas pour être fidèles à nos parents ou à nos grands- parents (...) la raison première, c'est ce lien direct que nous avons avec celui qui est l'Agneau de Dieu. Il faut demander à l'Esprit Saint cette révélation de l'Agneau de Dieu (...)

     

    Marie-Dominique Philippe - Suivre l'Agneau (t1) - 1 ère édition, 1978. 3 ème tirage : Ed St Paul 2005 pp.187 (ISBN : 2-35117-001-6)

  • L'oeillet du Saint-Esprit

    " (...) Il y a à Fribourg (en Suisse) des peintures d'un grand artiste qu'on appelle "le peintre à l'oeillet" parce qu'il signaint toujours ses tableaux par un petit oeillet. N'est-ce pas magnifique, de mettre un petit oeillet comme signature, au lieu de signer de son nom ? Le Saint-Esprit signe d'une manière semblable. C'est très caché, mais il y a réellement une signature particulière du Saint-Esprit, qu'il faut discerner dans la foi. C'est cela le discernement des esprits. Il y a aussi, bien sûr, la signature du démon, une grosse signature ! Le Saint-Esprit, lui, signe toujours par la pauvreté, parce qu'il est le Père des pauvres. Et le Père des pauvres ne prend que les pauvres ; les autres, il les laisse. "Vous voulez aller votre chemin ? Très bien, allez-y !" Le Saint-Esprit ne va pas nous faire des remontrances, il nous laissera tranquille, parce qu'il est très respectueux de notre liberté. Mais il est le Père des pauvres, et cela il le montre  toujours. 

    A Abraham Dieu avait précisé : "Va vers le pays que je te montrerai, vers la terre de Canaan ", et à Jean-Baptiste il demande d'aller au désert sans rien lui dire. C'est différent ! La foi n'est pas directement la pauvreté ; c'est l'espérance qui est la pauvreté. La foi réclame une direction, une orientation, elle réclame une doctrine. Car il faut avoir une doctrine - mais il faut toujours la dépasser. La doctrine est nécessaire, il faut connaître la parole de Dieu, il faut connaître quelle est la vérité de Dieu. Et la foi nous conduit vers la terre de Canaan, elle fait de nous des étrangers dans la culture du monde d'aujourd'hui. L'espérance, elle, nous met au désert, dans la pauvreté ; elle exige de nous de ne pas savoir où nous allons, d'être comme portés par l'Esprit saint, et puis... d'attendre - la patience divine ! Il ne nous est pas dit combien de temps Jean-Baptiste a attendu au désert, cela fait partie de la pauvreté. Car si on le savait on dirait : " Voilà, j'ai fait un an de noviciat, je suis formé... !" Pas du tout. C'est toute notre vie que nous sommes novices du Saint-Esprit ; et plus nous avançons, plus nous le sommes, quel que soit notre âge. Nous devons aller toujours plus loin dans la pauvreté, car elle n'a pas de limites. Je parle de la pauvreté intérieure, bien sûr. La pauvreté extérieure est un signe, mais la pauvreté intérieure est un abîme qui creuse en nous le don de crainte ; et la pauvreté intérieure nous donne cette docilité parfaite à l'Esprit-Saint. "

     

    Marie-Dominique Philippe - Suivre l'Agneau (t1) - 1 ère édition, 1978. 3 ème tirage : Ed St Paul 2005 pp.185-186 (ISBN : 2-35117-001-6)

  • Témoin du Christ

    Etre témoin du Christ dans notre vie, c'est laisser toujours le Christ "passer devant", c'est-à-dire faire passer la foi, l'espérance, la charité avant notre intelligence, nos désirs et nos sympathies ou antipathies. Il faut que la foi soit toujours première et que nous ne croyions pas dans la mesure où nous avons "compris" - ce ne serait plus la foi. La foi, c'est une adhésion au mystère de Dieu parce que Dieu nous a donné sa lumière. Et nous adhérons dans l'obscurité, parce que la lumière de Dieu nous dépasse et excède la capacité naturelle de l'intelligence qui, par le fait même, en est aveuglée. La foi est une adhésion inconditionnelle, parce que nous adhérons à la lumière de Dieu. Nous savons qu'elle n'est pas irrationnelle, mais "super-intelligible". Nous savons que croire, ce n'est pas imprudent, mais "super-prudent"; Il faut donc toujours que la foi passe avant l'intelligence. Autrement, nous retombons dans un humanisme, nous ne sommes pas chrétiens, et nous ne rendons pas témoignage au Christ.

     

    Marie-Dominique Philippe - Suivre l'Agneau (t1) - 1 ère édition, 1978. 3 ème tirage : Ed St Paul 2005 pp.153-154 (ISBN : 2-35117-001-6)

  • pourquoi ne suis-je pas bouddhiste ?

    (...) " Pourquoi suis-je catholique et non pas bouddhiste ? " Il y a de très grands bouddhistes - j'en ai rencontrés. J'ai eu un ami musulman qui semblait avoir une vraie vie mystique, une véritable vie d'adoration, une vie de prière étonnante. Chaque fois du reste, que je le voyais, il me demandait une bénédiction en disant : " Nous sommes frères en Dieu ". Oui, c'est vrai, dans le Dieu créateur nous sommes frères mais je prie un jour pour qu'il ait la lumière plénière. Pourquoi ne sommes-nous pas musulmans ? C'est pourtant très grand ? D'une certaine manière, l'Islam a gardé beaucoup plus que nous l'adoration. Quand on visite Damas, ville sainte, on voit des choses qu'on ne verrait absolument pas chez nous. Quand on sonne la prière, le coiffeur fait sortir son client, même si ses cheveux ne sont pas entièrement coupés - peu importe ! puis, déployant son petit tapis, il fait son adoration devant tout le monde. Où verrait-on cela chez les chrétiens ? L'adoration d'un véritable musulman qui croit, c'est merveilleux à voir. On peut alors se demander : " Mais pourquoi suis-je chrétien ? " Le motif profond est celui-ci : le christianisme a uni l'homme à Dieu. C'est Dieu qui est venu vers nous et qui nous a élevés jusqu'à lui. Le coeur de l'homme est devenu le coeur de Dieu. L'amour à l'égard de Dieu et l'amour à l'égard du prochain, cela ne fait qu'un. Là on touche ce qui est caractéristique de la vie chrétienne, ce qui en elle est unique : il n'y a qu'un seul amour. L'amour à l' ègard de Dieu et l'amour à l'égard du prochain, c'est le même amour. Cela, on ne le trouve dans aucune autre religion. C'est vrai : le coeur de l'homme est devenu le coeur de Dieu, et le lieu de rencontre de l'homme avec Dieu, c'est le Christ, en qui l'homme et Dieu sont unis d'une unité substantielle, personnelle.

    Il est bon de se rappeler cela, parce que quelquefois les traditions religieuses semblent être mieux gardées dans l'islam, ou dans d'autres religions, que dans la religion chrétienne. Pourquoi ? Parce que, justement, le chrétien dépasse les traditions religieuses. Ce qui caractérise la vie chrétienne, c'est la foi, la foi en Christ, en le Verbe devenu chair, Dieu au milieu de nous. La vie chrétienne, c'est en premier lieu la contemplation. Donner la primauté aux traditions religieuses est une matérialisation de la vie chrétienne, car celle-ci n'est pas premièrement tradition religieuse - heureusement. Les traditions religieuses, en effet, considérées en elles-mêmes, indépendamment de leur source, se matérialisent toujours. Le grand danger qui menace l'islam, c'est le progrès technique, scientifique, économique, contre lequel les traditions religieuses, prises en elles-mêmes, ne peuvent pas se défendre. C'est un fait : cela ne "tient" pas, et c'est un phénomène qu'il serait très intéressant d'étudier de près. En face des progrès scientifiques et économiques, seule la foi peut demeurer, parce qu'elle dépasse le conditionnement humain. C'est Dieu lui-même qui vient vers nous, c'est Dieu qui nous assume. La foi vient de Dieu, c'est un don de Dieu, alors que les traditions religieuses viennent de l'homme et tendent vers Dieu. (...)

    On me dira : " Il y a une foi dans l'islam ". C'est vrai ; mais la foi de l'islam est dépassée et submergée par les traditions religieuses et, de ce fait, ce sont les choses extérieures, l'aspect moral, l'aspect de la lettre, qui dominent, et non plus la parole vivante reçue dans la foi. Ce qui est si merveilleux dans la vie chrétienne, c'est que nous recevons une parole vivante qui nous lie à une personne - je dis bien : à une personne - et non pas à une loi ni à une doctrine. La doctrine existe, les traditions religieuses existent, mais elles sont secondes et demandent d'être sans cesse purifiées par la foi. Il ne faut pas supprimer les traditions religieuses en s'opposant à elles ; il faut les purifier, les décanter dans une lumière de foi. Cette lumière de la foi nous est montrée dans toute sa puissance et toute sa force dans le Prologue de saint Jean.

    Marie-Dominique Philippe - Suivre l'Agneau (t1) - 1 ère édition, 1978. 3 ème tirage : Ed St Paul 2005 pp.150-151 (ISBN : 2-35117-001-6)

  • Nature et grâce

    (...) Je rappelle cela parce qu'aujourd'hui on est prisonnier d'un humanisme. On croit que l'homme doit être d'abord parfait avant de se mettre à croire. Cela, c'est le meilleur moyen pour qu'il ne croie jamais - parce qu'on n'est jamais parfait. Nous avons tous nos fêlures psychologiques. La seule différence c'est que les uns arrivent à les cacher d'une façon suffisamment habile, alors que les autres n'arrivent pas à les cacher. Mais nous en avons tous, des fêlures psychologiques. Il y a les fêlures du sous-sol au niveau biologique, les fêlures au niveau passionnel, les fêlures au niveau intellectuel... Personne d'entre nous  n'est exempt de fêlures, puisqu'il y a les conséquences du péché original qui mettent en nous ces fêlures, ces crevasses qui sont  fameuses. Nous  avons en nous les trois concupiscences (cf. 1 Jn 2,16) et elles montrent bien que c'est fêlé de partout. La grâce supprime le péché originel, mais en laisse les conséquences - c'est cela qui est extraordinaire ! Cela montre bien que la grâce vient d'en-haut et non de notre nature. Nous naissons à la vie divine à partir de Dieu et non à partir de nos propres parents. La foi est un don de Dieu, et non pas un don de nos parents. Bien sûr, s'ils ont fait baptiser leur enfant, les parents sont responsables de l'éclosion de la foi, de la croissance de ce germe divin qui a été donné à leur enfant. Ils sont responsables de créer  un milieu qui favorise cette éclosion, cette croissance ; mais ce ne sont pas eux qui ont donné la grâce. Celle-ci nous fait appartenir directement à Dieu.

    Il faut bien saisir les rapports de la grâce et de la nature, car cela a été de tout temps le grand problème théologique. et toutes les bêtises (il faut appeler les choses par leur nom) qui peuvent se dire aujourd'hui au niveau catéchétique, au niveau de l'éducation à la foi, proviennent tout simplement d'une théologie qui est fausse et qui affirme le primat de l'homme sur la grâce. Une telle conception oublie que la grâce a son rythme propre, qu'elle a des exigences qui ne sont pas celles de la nature et qui les dépassent infiniment. Il y a des exigences de la foi, de l'espérance et de l'amour, qui sont tout autres que celles de notre intelligence et de notre volonté. Et n'oublions pas que s'il y a des refoulements au niveau psychologique (on est bien obligé de les reconnaître, et aujourd'hui on est très sensible à cela), les refoulements les plus terribles sont au niveau surnaturel... et cela, on n'y pense même pas ! Refouler les exigences de notre vie divine, c'est plus grave que tout, car la vie divine est plus forte que tout, elle a une puissance extraordinaire ! Quand je pense que nous avons un germe divin en nous...! Or la grâce est un germe divin (cf. 1 P 1,23) qui demande à croître, qui demande à devenir le plus grand arbre (cf. Mt 13,31-32 ; Mc 4, 30-32 ; Lc 13, 18-19) et de tout prendre, de tout assumer. En effet, ce germe divin, précisément parce qu'il est divin, est capable de tout assumer (tout notre psychisme) pour tout transformer et tout orienter vers Dieu. Et quand on fait des refoulements dans l'ordre surnaturel, c'est plus terrible que tout. Notre Europe n'est-elle pas malade de cela ? En effet, elle a été chrétienne, ne l'oublions pas ! C'est la grande vision de Nietzsche, lui qui est né dans le christianisme et qui, dans sa jeunesse était pieux. Il y a des prières du jeune Nietzsche qui sont extraordinaires, dignes des psaumes. Il avait une aspiration mystique, cet homme ! Il était fait pour cela, mais il n'a pas trouvé la nourriture, il n'a pas trouvé les âpôtres qu'il fallait. Alors il y a eu chez lui un refoulement, un refoulement terrible qui l'a conduit à la folie. Et on comprend qu'un tel refoulement détraque tout. On peut du reste, se demander si Dieu n'a permis la folie de cet homme pour le sauver, parce qu'il y avait en lui quand même une grâce première, très cachée. (...)"

    Marie-Dominique Philippe - Suivre l'Agneau (1) - Ed. St Paul 2005, pp.140-141

  • Luc et Jean

    Ce lien entre jean et Luc me rappelle toujours celui que Dieu a réalisé entre Moïse et Aaron (cf Ex.3) (...)

    N'y a-t-il  pas quelque chose de très semblable entre Jean et Luc ? Jean ne bégaie pas - mais il aime trop, ce qui est une autre manière de bégayer. Quand on aime beaucoup, on n'a pas envie d'écrire. On a envie que d'aimer. Jean prêchait, c'est sûr. Il avait l'Eglise d'Ephèse, qui avait été fondée par lui. Il prêchait, cela oui. Mais écrire, il n'en avait aucune envie. Et lorsqu'il rencontre Luc, Jean se croit déchargé. C'est merveilleux : Luc transmettra tout ce que Jean a à dire, tout ce que Marie a transmis à Jean. C'est pour cela, du reste, que l'Evangile de Luc est tellement proche de celui de Jean, et les bons exégètes sont attentifs à cette dépendance de Luc à l'égard de Jean. Je crois que c'est Jean qui a communiqué à Luc la plupart des choses que celui-ci nous dit. Regardons tout ce que saint luc nous raconte sur le début de Jésus : l'Annociation, la Visitation, Bethléem, la naissance, toute la vie cachée... qui est-ce qui a été témoin de la vie cachée ? Luc est un historien, il a une très bonne intelligence ; et il nous prévient, dans le Prologue de son Evangile, qu'il veut nous dire les choses depuis le commencement (cf Lc 1,2-3 et Ac 1,1). Il veut donc avoir des témoins. Or qui est-ce qui a été  témoin du point de départ ? Il n'y a qu'un seul témoin, c'est Marie. Et qui est-ce qui a reçu Marie ? C'est Jean. Il est donc facile de comprendre que Luc a beaucoup reçu de Jean. Je ne dis pas qu'il a tout reçu de lui, mais Jean est tout de même sa source principale. Du reste, si nous avions été à la place de Luc, intelligents comme Luc, nous aurions tous fait cela. Mettons-nous un instant à la place de Luc : Marie, sans doute, vit encore, elle est chez Jean ; Luc, lui, veut écrire un Evangile plus complet que celui de Marc et de Matthieu. Que va t-il donc faire ? Il va trouver la source, cela va de soi. (...) Le coeur de Marie...c'est une source. "Elle gardait dans son coeur" la parole de Dieu... (Lc 2,19.51)

    Marie-Dominique Philippe - Suivre l'Agneau (1) - Ed. St Paul 2005 - pp.51-52