compteur de visite site web

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

ACTUALITES

  • Seigneur notre secours

     

    Seigneur, mon secours : psaume 120 cliquer ici

    en union de prière avec les victimes des attentats terroristes des 7, 8 et 9 janvier

    en union avec nos frères chrétiens persécutés dans le monde en particulier au Nigeria et au Proche Orient

  • L'EIIL et la Waffen-SS

    Les hordes Jihadistes et son calife auto-proclamé se comportent comme des barbares. Ce qui se passe en Irak et en Syrie est un immense Oradour. Les  sbires de l’État Islamique en Irak et au Levant rivalisent en horreur avec les atrocités commises il y a 70 ans par la Panzerdivision Das Reich de la Waffen-SS.

    Et tant pis si les historiens trouvent ce rapprochement factice. 

     

    O.B

     

  • L'Eglise et l'Islam (01)

    Je vous propose les réflexions d'Alain Besançon, extraites de son livre : "Trois tentations dans l’Église" paru en 2002 aux éditions Perrin (ISBN : 2-262-01952-5). Voici des extraits tirés des pages 145 à 222 (livre format poche). A titre de rappel ce site n'est pas là pour que je vous livre ma réflexion personnelle, mais pour éclairer votre réflexion et la mienne à la lumière du travail de personnes qualifiées en théologie, en exégèse, en histoire etc...c'est peut-être la marque propre de "Traversées christiques", à savoir mettre en valeur le travail (de l'ombre) de personnes compétentes qui ont quelque chose à nous dire. Merci à eux.

     

    145

    Bien que cela aille de soi, il est peut-être utile de déclarer une fois pour toutes qu'il n'est pas dans mes intentions de porter sur l'Islam le moindre jugement de valeur. Une religion qui s'est étendue sur une vaste portion de la terre, dont les adeptes sont en train de devenir plus nombreux que les chrétiens (toutes confessions réunies) ; une civilisation cohérente ; un art imposant : tout cela échappe évidemment au jugement global. 

    En s'étendant, l'islam au cours des âges a recouvert de vastes territoires peuplés de chrétiens. Ceux-ci se sont convertis ou bien ont bénéficié d'un statut juridiquement défini, celui de dhimmi. Il en est résulté que sous domination musulmane, le nombre de chrétiens a constamment diminué, soit que les conversions fussent faciles et rapides, soit que le statut de dhimmi enkystât les noyaux chrétiens de plus en plus réduits par l'émigration, la pression sociale et le prosélytisme. Du côté chrétien, la situation a été longtemps symétrique et le rapport des forces  a quelquefois conduit à l'élimination de l'islam, ainsi en Espagne ou à Malte.  La reconquête  des Balkans, l'expansion des empires russes, français, anglais, hollandais ont mis de vastes populations musulmanes sous le joug d’États plus ou moins sécularisés, mais de tradition chrétienne, encore que fort diverse, et considérés comme chrétiens par les musulmans. Sous cette domination, qui a duré souvent plus d'un siècle, les populations 146 musulmanes ne sont pas devenues chrétiennes et les femmes ne se sont mariées qu'avec des musulmans. Il n'y a eu ni conversion ni mixité.

    Depuis un demi-siècle, trois faits ont modifié la situation. L'islam ne subit plus nulle part la domination européenne. L'élimination progressive des minorités européennes (tenues par les musulmans pour chrétiennes) est en cours d'achèvement. Au Moyen-Orient, les observateurs prévoient l'extinction des vieilles chrétientés locales (maronites, coptes, arméniennes, syriaques...) et des villes , immémorialement bariolées, Istanbul, Alexandrie, n'abritent plus de chrétiens européens en nombre significatif. Enfin des millions de musulmans se sont installés en Europe occidentale. En France, on évalue leur nombre entre trois et cinq millions. Le chiffre n'est pas facile à établir, parce que notre République  étant fondée sur des principes laïques, l'administration n'est pas autorisée à procéder (comme cela est pourtant possible aux États-Unis et en  Allemagne, également laïques) à un recensement religieux. En France, d'autres motifs s'y opposent. Bornons-nous  à constater le fait : on ne peut discriminer sous peine d'être accusé de "racisme" entre les différents immigrants, tous désignés comme "étrangers" bien que dans son ensemble la population française de souche sache très bien que parmi ces derniers il y en a de plus étrangers que d'autres et qu'entre un Maghrébin et un Portugais, le premier est senti comme moins proche du seul fait qu'il soit musulman. Le tabou du "racisme" est d'autant plus périlleux qu'il ne s'agit pas de race mais de religion que notre laïcisme de principe nous empêche de prendre  en compte. Ainsi, ledit tabou risque de faire naître ce racisme qu'il est supposé conjurer. Laissons ici ces généralités historiques  qu'il n'est pas dans mon intention de détailler. Mon but est simplement de rechercher quelles ont été les attitudes des chrétiens en tant que tels vers l'Islam.

    Depuis quatorze siècles  qu'ils vivent à son contact, dominés ou dominants, les chrétiens l'ont en général senti comme aussi étrangers à eux que s'ils étaient séparés par des mers. La curiosité réciproque a été faible. On déplore cette ignorance  mutuelle, qui pourtant s'est établie presque dès le début  avec la force d'une séparation constitutionnelle, plus forte que celle qui séparait les chrétiens du paganisme 147 gréco-romain, alors que les deux communautés, chrétiennes et musulmane, faisaient profession d'adorer le même Dieu. Aujourd'hui, il semble en aller tout différemment. Il y a quelques années, l'archevêque de Marseille , rapporte t-on,  envisageait sérieusement   de donner aux musulmans de sa ville, pour en faire une mosquée, l'église basse de Notre-Dame-de-la-Garde. Entrons dans une librairie catholique : nous y voyons des livres aux titres éloquents : J'ai rencontré l'Islam ; Deux fidélités, une espérance ; L'islam, découverte et rencontre ;   etc. Nous examinerons plus loin cette littérature. Elle fournit sur l'Islam des informations précieuses  ; elle affiche aussi une attitude de bienveillance, de révérence, d'irénisme et de bénignité qui va quelquefois jusqu'à donner le soupçon d'un œcuménisme " sans  frontière", comme on dit, facile, et, à l'occasion , fallacieux.

    Il vaut donc la peine de regarder en arrière, jusque dans les débuts de la "disputation" chrétienne avec l'islam. Ensuite nous jetterons un coup d’œil sur la disputation contemporaine.

     

     A suivre...

  • Jean-Paul II et Thérèse : les saints ne vieillissent jamais

    A l'occasion de la canonisation de Jean-Paul II, j'ai choisi de retranscrire cette homélie de Jean-Paul II donnée à Lisieux le lundi 2 juin 1980 à l'occasion de son voyage apostolique en France du 30 mai au 2 juin 1980.

     

    1. Je suis heureux qu'il me soit donné de venir à Lisieux à l'occasion de ma visite dans la capitale de la France. Je suis ici en pèlerinage avec vous tous, chers Frères et sœurs, qui êtes venus vous aussi de bien des régions de France, auprès de celle que nous aimons tant, la " petite Thérèse ", dont la voie vers la sainteté est étroitement liée au Carmel de Lisieux. Si les personnes versées dans l'ascèse et la mystique, et ceux qui aiment les saints, ont pris l'habitude d'appeler cette voie de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus " la petite voie ", il est tout à fait hors de doute que l'Esprit de Dieu, qui l'a guidée sur cette voie, la fait avec la même générosité que celle par laquelle il a guidé autrefois sa Patronne la " grande Thérèse " d'Avila, et par laquelle il a guidé - et continue de guider - tant d'autres saints dans son Église. Gloire Lui soit donc rendue éternellement.

    L’Église se réjouit de cette merveilleuse richesse des dons spirituels, si splendides et si variés, comme le sont toutes les œuvres de Dieu dans l'univers visible et invisible. Chacun d'eux reflète à la fois le mystère intérieur de l'homme, et il correspond aux besoins des temps dans l'histoire de l’Église et de l'humanité. Il faut le dire de sainte Thérèse de Lisieux qui, jusqu'à une époque récente, fut en effet notre sainte " contemporaine ". C'est ainsi que je la vois personnellement, dans le cadre de ma vie. Mais est-elle toujours la sainte " contemporaine " ? N'a-t-elle pas cessé de l'être pour la génération qui arrive actuellement à maturité dans l’Église ? Il faudrait le demander aux hommes de cette génération. Qu'il me soit toutefois permis de noter que les saints ne vieillissent pratiquement jamais, qu'ils ne tombent jamais dans la " prescription ". Ils restent continuellement les témoins de la jeunesse de l’Église. Ils ne deviennent jamais des personnages du passé, des hommes et des femmes d'hier. Au contraire : ils sont toujours les hommes et les femmes du " lendemain ", les hommes de l'avenir évangélique de l'homme et de l’Église, les témoins " du monde futur ".

    2. " En effet, tous ceux qu'anime l'Esprit de Dieu sont fils de Dieu. Aussi bien n'avez-vous pas reçu un esprit d'esclaves pour retomber dans la crainte ; vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier : Abba ! Père ! " (Rom 8, 14-15)

    Il serait peut-être difficile de trouver paroles plus synthétiques, et en même temps  plus saisissantes, pour caractériser le charisme particulier de Thérèse Martin, c'est-à-dire ce qui constitue le don tout à fait spécial de son cœur, et qui est devenu, par son cœur, un don particulier pour l’Église. Le don merveilleux dans sa simplicité, universel et en même temps unique. De Thérèse de Lisieux, on peut dire avec conviction que l'Esprit de Dieu a permis à son cœur de révéler directement, aux hommes de notre temps, le mystère fondamental, la réalité de l’Évangile : le fait d'avoir reçu réellement " un esprit de fils adoptif qui nous fait  nous écrier : Abba ! Père ! ". La " petite voie " est la voie de la " sainte enfance ".  Dans cette voie, il y a quelque chose d'unique, un génie de sainte Thérèse de Lisieux. Il y a en même temps la confirmation et le renouvellement de la vérité la plus fondamentale et la plus universelle. Quelle vérité du message évangélique est en effet plus fondamentale et plus universelle que celle-ci : Dieu est notre Père et nous sommes ses enfants ?

    Cette vérité la plus universelle qui soit, cette réalité, a été également " relue " de nouveau avec la foi, l’espérance et l'amour de Thérèse de Lisieux. Elle a été en un certain sens redécouverte avec l'expérience  intérieure de son cœur et la forme prise par toute sa vie, seulement vingt-quatre années de sa vie. Lorsqu'elle mourut ici, au Carmel, victime  de la tuberculose dont elle portait depuis longtemps les bacilles, c'était presque un enfant. Elle a laissé le souvenir de l'enfant : de la sainte enfance. Et toute sa spiritualité a confirmé encore  une fois la vérité de ces paroles de l'Apôtre : " Aussi bien n'avez-vous pas reçu un esprit d'esclaves pour retomber dans la crainte  ; vous avez reçu un esprit de fils adoptifs..." Oui, Thérèse fut l'enfant. Elle fut l'enfant " confiant " jusqu'à l'héroïsme, et par conséquent " libre " jusqu'à l' héroïsme ". Mais c'est justement parce que ce fut jusqu'à l'héroïsme, qu'elle seule connut la saveur intérieure et aussi le prix intérieur de cette confiance qui empêche de " retomber dans la crainte " ; de cette confiance qui, jusque dans les obscurités et les souffrances les plus profondes de l'âme, permet de s'écrier : " Abba ! Père !"

    Oui, elle a connu cette saveur et ce prix. Pour qui lit attentivement son Histoire d'une âme, il est évident que cette saveur de la confiance filiale provient, comme le parfum des roses, de la tige  qui porte aussi des épines. Si en effet " nous sommes enfants, nous sommes donc héritiers ; héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ, puisque nous souffrons avec Lui  pour être aussi glorifiés avec Lui "  (Rom 8,17). C'est pour cela précisément, que la confiance filiale de la petite Thérèse, sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus mais aussi " de la Sainte-Face", est si "héroïque ", parce qu'elle provient de la fervente communion aux souffrances du Christ

    Et quand je vois devant moi tous ces malades et infirmes, je pense qu'ils sont associés eux aussi , comme Thérèse de Lisieux, à la passion du Christ, et que, grâce à leur foi en l'amour de Dieu, grâce à leur propre amour, leur offrande spirituelle obtient mystérieusement pour l’Église, pour tous les autres membres du Corps mystiques du Christ, un surcroît de vigueur. Qu'ils n'oublient jamais cette belle phrase de sainte Thérèse : " Dans le cœur de l’Église ma Mère je serai l'amour ". Je prie Dieu de donner à chacun de ses amis souffrants, que j'aime avec une affection toute spéciale, le réconfort et l'espérance.

    3. Avoir confiance en Dieu comme Thérèse de Lisieux veut dire suivre la " petite voie " où nous guide l'Esprit de Dieu : il guide toujours vers la grandeur à laquelle participent les fils et les filles de l'adoption divine. Déjà comme enfant, comme enfant de douze ans, le Fils de Dieu a déclaré que sa vocation était de s'occuper des affaires de son Père (cf. Lc 2,49). Être enfant, devenir comme un enfant, veut dire entrer au centre même de la plus grande mission à laquelle l'homme ait été appelé par le Christ, une mission qui traverse le cœur même de l'homme.  Elle le savait parfaitement, Thérèse.

    Cette mission tire son origine de l'amour éternel du Père. Le Fils de Dieu comme homme, d'une manière visible et " historique", et l'Esprit Saint, de façon invisible et " charismatique", l'accomplissent dans l'histoire de l'humanité.

    Lorsque, au moment de quitter le monde, le Christ dit aux Apôtres : " Allez dans le monde entier, et enseignez l’Évangile à toute créature "  (Mc 16,15), il les insère, par la force de son mystère pascal, dans le grand courant de la Mission éternelle. A partir du moment où il les a laissés pour aller vers le Père, il commence en même temps à venir " de nouveau  dans la puissance de l'Esprit Saint " que le Père envoie en son nom. Plus profondément que toutes les vérités sur l’Église, cette vérité a été mise en relief dans la conscience de notre génération par le Concile Vatican II. Grâce à cela,  nous avons tous beaucoup mieux compris que l’Église est constamment " en état de mission ", ce que veut dire le fait que toute l’Église est missionnaire. Et nous avons également mieux compris ce mystère particulier du cœur de la petite Thérèse de Lisieux, laquelle, à travers sa " petite voie ", a été appelée à participer aussi pleinement et aussi fructueusement à la mission la plus élevée. C'est justement cette  " petitesse" qu'elle aimait tant, la petitesse de l'enfant, qui lui a ouvert largement toute la grandeur de la Mission divine du salut, qui est la mission incessante de l’Église. 

    Ici dans son Carmel, dans la clôture du couvent de Lisieux, Thérèse s'est sentie spécialement unie à toutes les missions et aux missionnaires de l’Église dans le monde entier. Elle s'est sentie elle-même missionnaire, présente par la force et la grâce particulières de l'Esprit d'amour à tous les postes missionnaires, proche de tous les missionnaires, hommes et femmes, dans le monde. Elle a été proclamée par l’Église la patronne des missions, comme saint François-Xavier, qui voyagea inlassablement en Extrême-Orient : oui, la petite Thérèse de Lisieux, enfermée dans la clôture carmélitaine, apparemment détachée du monde. (...)

    4. " Le beau existe afin qu'il nous enchante pour le travail ", a écrit Cyprian Norwid, l'un des plus grands poètes et penseurs qu'ait donné la terre polonaise, et qu'a reçu - et conservé au cimetière de Montmorency - le terre française...

    Rendons grâces au Père, au Fils et au Saint-Esprit pour les saints. Rendons grâces pour sainte Thérèse de Lisieux. Rendons grâces pour la beauté profonde, simple et pure, qui s'est manifestée en elle à l’Église et au monde. Cette beauté enchante. Et Thérèse de Lisieux a un don particulier pour enchanter par la beauté de son âme. Même si nous savons tous que cette beauté fut difficile et qu'elle a grandi dans la souffrance, elle ne cesse de réjouir de son charme particulier les yeux de nos âmes.

    Elle enchante, donc, cette beauté, cette fleur de la sainteté qui a grandi sur ce sol ; et son charme ne cesse de stimuler nos cœurs à travailler : " Le beau existe afin qu'il nous enchante pour le travail ". Pour le travail le plus important, dans lequel l'homme apprend à fond le mystère de son humanité. Il découvre en lui-même ce que signifie avoir reçu " un esprit de fils adoptif ", radicalement différent d'un esprit d'esclave, et il commence à s'écrier de tout son être : " Abba ! Père !" (Rom 8,15)

    Par les fruits de ce magnifique travail intérieur se construit l’Église, le Règne de Dieu sur la terre, dans sa substance la plus profonde et la plus fondamentale. Et le cri " Abba ! Père ! " qui résonne largement dans tous les continents de notre planète, revient aussi par son écho dans la clôture carmélitaine silencieuse, à Lisieux, vivifiant toujours de nouveau le souvenir de la petite Thérèse, laquelle, par sa vie brève et cachée mais si riche, a prononcé avec une force particulière : " Abba ! Père ! ". Grâce à elle, l’Église entière a retrouvé toute la simplicité et toute la fraîcheur de ce cri, qui a son origine et sa source dans le cœur du Christ lui-même.

     

               

  • Alerte Syrie : prions avec ND le Rosaire

    En ce moment de tensions dangereuses pour le monde entier, retrouvons nous ensemble auprès de Notre Dame par le Rosaire.



  • Pape François

    Voici un extrait de l'entretien avec Christan Bobin, écrivain (je devrais dire "artisan en écriture"), paru dans la Croix du 16 et 17 mars. 

    A la question : Que pensez-vous du choix de ce nom de pape (voir note) ? Voici ce que Christian Bobin  répond :

    Un prénom est une force endormie posée sur le crâne du nouveau-né. Très souvent, les personnes ressemblent à leur prénom qui leur donne une orientation inconsciente, comme clandestine. L'homme qui vient de naître sous nos yeux, puisque c'est naître que de prendre un autre prénom, est déjà poussé par le choix qu'il vient de faire lui-même. Ce pape François dégage une autorité que nous découvrirons peu à peu. J'ai souri en voyant cet homme réussir, par une prière, à imposer le silence à toutes les télévisions du monde. Ce sourire est resté longtemps en moi. L'humilité patente de son discours et de ses premiers gestes n'est pas contradictoire avec une grande force. Le message de François d'Assise demeure le rêve d'une fraternisation avec d'autres civilisations. C'est aussi le rêve d'une langue si juste qu'elle se hisse au sommet de la poésie. Le Cantique des Créatures de François d'Assise est l'un des plus beaux joyaux de la poésie de tous les temps. N'oublions pas qu'il tutoie sa soeur la mort à la fin. N'oublions pas non plus ce langage ouvert aux animaux, aux éléments, au ciel, ni cette manière de tout rassembler, le murmure du tremble, le petit cri de panique d'une buse qui s'envole à notre venue, la prière désespérée pour les pauvres et les enfants. Il est heureux qu'un pape prenne ce nom-là. Comme s'il relevait un défi. Comme s'il relançait la partie. 

     

    Note : Le cardinal Jorge Mario Bergoglio, archevêque de Buenos Aires, a été élu Pape et a pris le nom de François ce mercredi 13 mars 2013.

     

      

  • La politique et le prince du mensonge (6)

    (suite et fin du post précédent)

     

    Ce n’est donc pas de façon artificielle et gratuite que nous avions choisi ce terme de démoniaque, il ne s’agissait nullement de «dramatiser » la question. Ce que nous avons montré ce n’est pas la différence entre l’idéal, ou la théorie, et puis une pratique, ce n’est pas davantage la reconnaissance des nécessités de la pratique politique: il y a bien plus. Il y a une certaine «structure» du démoniaque, qui rend compte de phénomènes réels dont rien ne peut expliquer de façon naturaliste et positiviste, l’existence et l’importance.

    Il y a une dimension en profondeur de cette superficie. Comment pouvons- nous nous prêter à cela? Telle est la question. Or, j’ai reconnu que la structure du politique actuellement correspond trait pour trait à cette structure du démoniaque. Mais réciproquement ne pourrait-on pas aussi généraliser, et banaliser : après tout n’est-il pas possible de dire aussi bien: l’économie est démoniaque, l’argent est démoniaque, la science, la technique, etc. J’ai fait pas mal d’études critiques au sujet de la technique, je me suis toujours gardé de dire qu’elle était démoniaque ou diabolique. Ceci parce que, autant que faire se peut, je tiens à garder un sens relativement précis aux mots. Si le démoniaque correspond à ce que la Bible nous en dit (et c’est mon choix) explicité par Castelli entre autres, si l’on ne prend pas ce mot à la légère pour signifier un peu globalement ce qui est désagréable, ou injuste, ou mauvais, alors on ne peut pas l’appliquer actuellement à d’autres domaines que le politique, car aucun ne comporte l’ensemble des caractères et leur réciprocité. La science n’est pas (en tant que telle) productrice de mensonge et falsificatrice. L’économie n’est pas «l’horrible indéfini, le sens de ce qui est définitivement dénaturé ». Je dirais par contre que certainement l’argent a été la puissance démoniaque par excellence au XIXe siècle, par exemple, ce que Marx a parfaitement dénoté, mais aujourd’hui, il a été si bien, souvent dénoncé, mis à jour, connoté comme démoniaque, que celui-ci s’est déplacé. Lorsque le Prince du mensonge est mis à jour, il disparaît. II cesse d’exercer sa puissance dans le lieu qu’il avait choisi pour élire d’autres domaines, pour employer de nouveaux miroirs. Nous sommes passés du démoniaque que de l’argent au démoniaque de la politique. C’est notre progrès et notre questionnement.

                                                                                   Jacques ELLUL

  • La politique et le prince du mensonge (5)

    (suite du post précédent)

     

    Mais il y aurait un pas de plus à faire pour comprendre la politique: elle est actuellement le lieu du démoniaque. Je ne développerai pas ce point l’ayant entièrement explicité ailleurs. Je me borne à rappeler mes conclusions. La politique est le lieu de l’illusion totale de notre société. Mais au-delà de mes analyses d’autrefois, il faut souligner que: la politique est l’art de généraliser les faux problèmes, de donner de faux objectifs et d’engager de faux débats. Faux par rapport à la vie concrète des hommes concrets, faux par rapport aux tendances socio-économiques effectives que la politique n’atteint jamais. Dans cette fausse orientation, la politique mobilise toutes les énergies, elle engage le tout en généralisant le faux. Tout se joue constamment sur de faux problèmes élaborés et proposés par la politique comme seuls vrais et finissant par les imposer comme tels. Cet illusoire doit être combiné avec le mécanisme de la médiatisation politique. La politique devient médiatrice universelle, la médiatrice obligée entre l’individu et le corps social. On ne peut agir sur le corps social que par la voie politique. Elle est investie d’une légitimité à priori pour la direction de notre société. Elle institue un corps de médiateurs normalement validés. Elle institue une médiation politique. Tout ce qui se produit est traduit en langage politique, et devient par là explicable et compréhensible. La médiation politique s’exprime enfin dans la transposition de la volonté particulière à la volonté générale, intérêt général, etc. Et cette médiation qui joue sur tous les registres finit par se faire accepter par tous et pour le tout. Car là est encore le démoniaque politique, le moyen est substitué à la vérité, la médiation se substitue au tout et remplace tout. Et le dernier pas à faire, c’est le constat bien banal que l’Etat moderne se veut sauveur: nous sommes passés au stade de l’Etat-Providence. Mais ceci est dépassé par l’Etat porteur de Salut. Ce qui est «mensonge» se déclare « porteur de salut ». Telle est la puissance de la dissolution.

    Si nous combinons l’illusoire total avec la médiation obligée, nous arrivons d’une part à une organisation de la non-réalité, d’autre part à l’anti-médiation du corps social, ce qui sont les deux caractères dominants de la politique actuelle. Ce n’est donc pas à proprement parler la prétention à une médiatisation qui est attestation du démoniaque, mais d’une part la confiscation de la médiatisation (exclusive de toute autre) associée, d’autre part à l’illusoire, c’est-à-dire produisant une médiatisation de Rien à Rien, d’un mensonge à une illusion, cependant que cela même engage le tout de l’homme et tous les hommes de cette société. Nous avons là un caractère spécifiquement démoniaque. Comme les autres caractères de la politique. Le Démon est celui qui en outre prend possession intérieure de l’homme, qui effectue les promesses d’accomplissement d’une volonté de Dieu supposée, et qui, à cause de ses promesses et de réalisations « d’évidence », se substitue à Dieu. Il est en tout l’imitation inverse du divin. D’autre part, il est indispensable de se référer au Démoniaque dans l’Art de E. Castelli. « Communier sans en appeler au Christ veut dire croire à une suffisance que seul le démoniaque peut insuffler », «l’horrible indéfini : le sens de ce qui est définitivement dénaturé ». « La façade d’une face — anticipation allégorique de la foule, prélude au concept de Tous, c’est-à-dire de Personne. » «La Puissance de dissolution... » Voilà cinq formules de Castelli, explicitant le démoniaque et que nous retrouvons clairement dans la politique où nous avons rencontré tous les aspects qui caractérisent le démoniaque: le mensonge et l’illusion, la création d’un univers intégralement falsifié, l’évidence d’une promesse d’accomplissement de la volonté humaine, la communion suffisante, le sens dénaturé, la façade d’une face... Nous pourrions continuer.

    Enfin la politique possède un pouvoir d’absorption, d’assimilation, irrésistible. Les anarcho-syndicalistes français de 1900 avaient totalement raison quand ils démontraient que la politique pervertit, en elle- même, par elle-même, toutes les intentions, tous les projets. Quand ils affirmaient que les socialistes, dès l’instant où ils commençaient à faire de la politique, continuaient à tenir un discours socialiste, mais avaient une pratique anti-socialiste et que les révolutionnaires entrant dans le champ politique cessaient immanquablement d’être révolutionnaires, Ces affirmations de 1880 se sont toutes exactement confirmées: Millerand, A. Briand, Paul-Boncour, Clémenceau, tous socialistes et révolutionnaires sérieux et convaincus, sont, au pouvoir, devenus en tout l’inverse de ce qu’ils avaient promis. Et de même le chrétien est pris dans le dilemme tragique, ou il cherche à rester chrétien et fera une politique stupide (Carter), ou il sera un politique efficace mais cessera fondamentalement, radicalement d’être chrétien. Rocard a raison d’affirmer l’incompatibilité essentielle des deux.

                                                                                     A suivre....

                                                                                                          Jaques ELLUL

  • La politique et le prince du mensonge (4)

    (Suite du post précédent)

     

    Combien de milliers de fois ai-je lu ces phrases écrites en transe, par exemple «Le capitalisme est le Mal absolu ». Et c’était écrit par un chrétien. Mais tout autant: «Le communisme est le Mal absolu.» L’accusation sans aucune possibilité de pardon, de mitigation, de conversion. Une fois que vous avez été communiste, vous ne pouvez pas changer, vous restez toujours sous le poids de l’accusation satanique. Il n’y a rien de bon et d’estimable dans l’adversaire. Seule son élimination radicale peut être un remède. La solution. Et cela c’est la politique qui l’a inventé. J’entends aussitôt une protestation: «N’est-ce pas plutôt la religion? » N’avons-nous pas connu l’Inquisition, les excommunications, les conversions par violence et contrainte... Je réponds radicalement là-dessus: oui, parfaitement la religion est devenue satanique chaque fois qu’elle a été prise en main par la politique. L’inquisition atroce n’a pas été celle de l’Eglise mais celle pratiquée au compte de l’Etat, pour lui et souvent par lui. L’extermination des Cathares est bien plus le fait du roi, qui s’est servi de l'Eglise, que de celle-ci. L’Inquisition ne devient extrême qu’entre les mains du roi du Portugal, du roi d’Espagne, de la république de Venise. Jusqu’à ce qu’elle devienne instrument d’une politique, l’excommunication n’est rien d’autre qu’un « remedium animi ». Et les conversions forcées, qui les a provoquées?

    Qui a converti les Saxons par la violence ? Charlemagne. Qui a converti les Indiens par la violence ? Les conquistadores (alors que les chrétiens qui ne se mettaient pas au service de la politique pratiquaient au contraire la défense de la personne et des coutumes de ces Indiens). L’esprit d’accusation, de division d’un bien et d’un mal qui doit être extirpé est toujours le produit de la politique.

    L’accusation majeure de notre temps est toujours issue d’un politique, fondée sur des motifs politiques, aboutissant à la mort dans le politique. La vue admirable de Koestler dans Le Zéro et l’infini fait éclater cela à l’évidence. Et de même que c’est la politique qui se fait prendre pour l’universel, et détrône Dieu, en réciproque, elle est productrice de l’accusation absolue. Ce qui est la contre-façon rigoureusement inverse de la justice divine. Ce n’est donc pas image littéraire facile, mais vue en profondeur de la politique, de la déclarer satanique, construite par le Satan, et implantée au coeur des hommes par le Satan. Ici encore, d’ailleurs, cela se greffe sur des sentiments spontanés humains, celui de l'auto justification et celui de l’expulsion de l’ennemi pour se purifier. La catharsis. L’homme a toujours besoin de se sentir juste, et jusqu’ici, c’était le rôle de la religion de lui offrir les moyens de la purification, entre autres par le sacrifice. Les grandes religions classiques ont disparu, et n’ont plus de pouvoir par manque de foi. Mais le besoin de l’homme reste aussi intense, le besoin d’être à ses yeux et aux yeux des autres, pur et légitime dans son existence. Et la voie, la seule qui lui soit maintenant offerte est celle de l’accusation, de la découverte politique du bouc émissaire désigné par la politique. Tout le mal est concentré dans cet autre, dissemblable, tout le mal va être expulsé lorsque cet autre sera expulsé ou, mieux, détruit. L’adversaire devient ennemi. L’ennemi devient l’incarnation absolue du mal. Et seul son anéantissement nous garantit non pas une simple victoire politique, mais le paradis, la justice, la liberté. Intégré moi-même dans le groupe des justes, je ne puis que partager leur justice. Or, tout repose sur l’accusation. C’est-à-dire l’oeuvre de Satan. Il n’y a pas simplement une structure, une organisation politique, il n’y a pas un simple effet psychologique, nous devons aller plus loin: précisons cependant que bien entendu le Diable ou Satan n’est pas un personnage, une figure située en un certain lieu donné, une volonté personnifiée ayant un objectif. Je dis que bibliquement partout où il y a rupture ou accusation il y a plus qu’un simple phénomène sociologique ou psychologique, il est impossible d’en expliquer et ramener tous les effets, par ou à du socio-psycho, etc. Il y a plus. Il y a une dimension spirituelle du domaine divin, il y a une dimension extra-humaine. Il y a une puissance inanalysable, qui rend la chose si effroyable. Et c’est ce qui est alors désigné par le Diable ou Satan. Maintenant, dans le monde où nous sommes, la politique est l’incarnation du Satan biblique.

                                                                                                                à suivre

                                                                              Jacques ELLUL


     

  • La politique et le prince du mensonge (3)

    suite du post précédent

     

     

    Je pourrais prendre d’autres exemples: quand il y a un sentiment de distinction entre des gens de race ou de couleur différentes, et des moeurs jugées étranges, et des coutumes ou des costumes curieux, cela n’empêche pas les gens de s’entendre. Ils sont aptes à se reconnaître. Jusqu’au moment où ces différences sont saisies par la politique, alors les dissemblances deviennent affaire tragique, les différences sont des motifs d’exclusion, alors naît le racisme. La provocation du racisme est toujours une création politique, à partir de sentiments naturels d’opposition qui n’empêchaient pas de coexister, parfois avec des heurts mais qui n’étaient jamais irrémédiables. Ainsi la politique rend les différences meurtrières, les conflits irréversibles, les oppositions d’idées irréparables. C’est-à-dire la vraie division diabolique.

    Mais il faut sans doute ici préciser deux choses : je n’ai jamais voulu d’un unitarisme, d’une identification, de la reproduction indéfinie par un moule d’un seul type humain ou social. J’ai toujours lutté contre la production en série et pour les pluralismes. J’ai toujours dit que le dialogue se fonde inévitablement sur la différence. Donc quand j’accuse la politique d’être diabolique, ce n’est en rien au nom de l’unité ! Mais la division diabolique est celle qui n’est fondée sur rien de vrai, qui conduit à refuser le pluralisme, la coexistence, la reconnaissance de l’autre, le respect des opinions multiples, l’arrangement de relations humaines bricolées, l’attention à tous les intérêts multiples et divergents. Et si vous me dites que c’est justement cela qui définit la politique libérale, je vous renvoie à la pratique de ce libéralisme politique, et vous verrez qu’il est aussi diviseur que les autres politiques.

    La seconde remarque porte sur le fait que mon accusation ne concerne ni la philosophie ni la théologie. C’est-à-dire que je ne prétends pas ainsi caractériser la politique en soi, éternelle, perdurable, considérée en métaphysique. Je parle, comme toujours, hic et nunc, le temps présent. La politique depuis trois cents ans, occidentale, mais qui maintenant a envahi et convaincu le monde, si bien que la politique africaine ou asiatique est exactement entrée dans cette même catégorie. Le diabolique a pris des formes diverses au cours de l’histoire, actuellement le diable, le diviseur, c’est la politique. Elle seule. Et dans son diabolisme, on la voit corrompre le droit, mentir sur la justice, provoquer les fausses espérances (les lendemains qui chantent...), engager l’homme dans des ruptures sans issues. Car tel est bien le diabolique: dramatiser, rompre irrémédiablement, faire entrer dans des impasses. Et tout cela par la voie de la séduction, de la promesse, de l’illusion. N’oublions pas que l’arme par excellence de toute politique, c’est la propagande. Et que celle-ci est le mensonge en soi. Le Prince du mensonge s’exprime aujourd’hui dans la propagande, créatrice de passion et de fausses évidences, d’engagement passionnel et d’aliénation intérieure. Et le mensonge majeur aujourd’hui, c’est la célèbre formule: « Tout est politique », ou encore: « Les peuples ne peuvent s’exprimer que par la voie politique », ou encore: « Si on n’agit pas politiquement, on ne fait rien.» Ces trois formules absurdes sont l’expression même du mensonge du Prince du mensonge exactement et totalement incarné aujourd’hui dans la politique. La politique aujourd’hui, c’est le Diable.

    Mais elle est aussi et en même temps, le Satan. Bibliquement Satan et le Diable ne sont pas identiques (pas plus que Lucifer, qui d’ailleurs n’existe pas dans les textes bibliques et est une invention très postérieure). Le Diable, donc, le diviseur par moyen de séduction. Le Satan, c’est l’accusateur. Devant Dieu se tient celui qui en permanence accuse, accuse les hommes par exemple, mais Dieu aussi ! Et partout où il y a accusation (même légitime, même fondée, même judicieuse), il y a oeuvre de Satan. Il y a le Satan lui-même. Leur point de rencontre, c’est évidemment que tous deux par des voies différentes sont la négation de l’amour et de la communion, la négation et la destruction et la corruption de l’amour. Or, aujourd’hui où se situent les grandes accusations, qui désigne tel autre, tel groupe comme le Mal absolu ? Qui joue le rôle de procureur mondial, qui met en accusation une classe, un peuple, une race? Exactement et uniquement la politique. Nous avons vu que dans le diabolique, il y a une certaine corrélation du politique et de l’économique. Mais pas ici. Le satanique est du politique à l’état pur. II n’y a plus aucune raison, il n’y a plus aucune mesure, il n’y a plus aucune considération humaine qui puisse jouer. L’autre est accusé de tout le mal qui se produit, il est porté au niveau du Mal absolu, avec la certitude que si on arrive à l’éliminer, aura lieu enfin la purification, la libération. Accusation du communiste, ou du bourgeois, ou du nègre, ou du colonialiste, ou du capitaliste, ou du nazi, ou du juif...

                                                                                                A suivre....

     

                                     Jacques Ellul



  • La politique et le prince du mensonge (2)

    (suite du poste précédent)

     

    Si on veut maintenir l’unité de la classe ouvrière, il ne faut pas faire de politique disaient Merrheim, Griffuelhes, Pelloutier. Et ils avaient senti exactement la nature de la politique, on ne les a pas entendus, et on a vu ce qui est arrivé. Les hommes politiques qui se présentent comme des rassembleurs font rire! Ils sont rassembleurs d’un groupe à condition d’approfondir le fossé qui le sépare de tout le reste de la nation, de même que la politique ne rassemble la nation (Union nationale) que dans la mesure où elle engage cette nation dans une guerre mortelle avec un autre pays. C’est même un moyen connu, admis, sans problème que la guerre pour unir le pays! La politique ne crée rien, et surtout pas la rencontre vraie, l’union des êtres, la marche en avant d’une société, fondamentalement unie et humainement décisionnelle et responsable. Elle ne produit que la division, le conflit en soi, rigoureusement inutiles, fondés sur rien, absurdes. Car lorsqu’un demi-siècle plus tard on regarde les divisions qui opposaient dans une haine farouche les adversaires politiques, on reste toujours stupéfait de la vanité, de la stupidité des motifs de division et de haine, comme en général des motifs de guerre. C’était donc pour cela que ces gens s’égorgeaient, se massacraient ? Nous ne serions pas si bêtes ! Mais ce que nous ne voyons pas, c’est que, avec d’autres objectifs, d’autres motifs nous faisons exactement la même chose ! Et nos motifs politiques de combat paraîtront aussi imbéciles à nos petits-fils. C’est le fait de la politique. Qui induit, séduit, provoque, engage les gens dans des conflits délirants. C’est elle qui nous fait prendre avec un sérieux absolu la «cause» qu’il faut défendre, ou la doctrine, les opinions, contre celles des autres. C’est elle qui fait que nous nous dressons pour des motifs superficiellement idéologiques contre nos frères. Et c’est au nom de ces stupidités, qu’elle provoque les grands massacres. Au nom de la mise en culture de la Sibérie, le goulag. Au nom d’une inutile production intensive de riz, Pol Pot massacre un tiers de son peuple, au nom du prestige politique la France envahit un quart du monde... Solennelles, grandiloquentes proclamations politiques ne produisant en fait, en profondeur que massacres et divisions, Mais dans l’instant, on y croit. On y croit les yeux fermés. La politique rend aveugle, totalement. Elle invente toutes les idéologies en même temps meurtrières et mobilisatrices. Elle provoque des conflits irréversibles. Un exemple simplifié: il y avait depuis le Moyen Age des communautés coexistantes, les Druzes et les Maronites, opposées sur tous les points, mais étant arrivées par le contact quotidien, par la pratique, par la connaissance humaine à un modus vivendi satisfaisant. Et puis voilà que la politique s’en mêle. La politique anglaise qui concurrence et veut mettre en échec la politique française. Et les Russes, et les Autrichiens. Chacun intervenant, soi-disant pour protéger telle ou telle communauté qui n’en avait nul besoin. Et voici qu’à partir du moment où la politique se saisit des relations des communautés. celles-ci sont rompues, les Druzes massacrent les Maronites, pour la première fois, et ceux-ci répondent. Et depuis 1840 cela n’a plus cessé. L’éclatement atroce du Liban est le fruit immédiat de l’entrée de la politique dans les relations humaines.

                                                                            Jacques  Ellul

  • La politique et le prince du mensonge 1

    Dans cette période entre les deux tours des élections présidentielles j'ai trouvé intéressant de relire avec vous quelques textes de Jacques Ellul sur la politique. Avec Ellul c'est toujours "décapant". Il y aura chaque jour, jusqu'au dimanche du second tour (dans huit jours) une série de textes.

     

    La politique est diabolique. Le diable, le diabolos, c’est étymologiquement celui qui divise, qui sépare, qui désunit, qui rompt la communion, qui provoque le divorce, qui brise le dialogue. Le diable biblique, c’est celui qui a provoqué la rupture entre l’homme et Dieu, qui a utilisé des moyens multiples pour amener l’homme (dans la Genèse) à briser la communion qui caractérisait le rapport du Créateur et de la Création. Il a agi sur des tendances parfaitement naturelles et saines de l’homme: Dieu a créé celui-ci libre et il l’a chargé de diriger, de soumettre la création. Le diable induit de là l’homme à se déclarer indépendant à l’égard de Dieu, et à se vouloir autonome envers sa volonté. Et de même, il transforme le pouvoir donné par Dieu en volonté de puissance et de domination. Cette utilisation et cette déviation est typique de l’action diabolique qui transforme l’oeuvre de Dieu en son inverse, en prétendant l’accomplir. Et c’est aussi bien le passage de la politique, idéale, idéaliste, morale et communautaire en cette politique réelle que j’évoquais plus haut. Pour procéder à ce retournement, le diable agit, bibliquement par la séduction (Eve regarde «l’arbre », et voit de toute évidence qu’il est beau, bon, agréable, intelligent...) et par ce que l’on appelle souvent le mensonge (le diable, prince du mensonge) mais qui est plutôt l’utilisation de la vérité pour produire des effets inverses de ceux de la vérité. Ainsi dans le dialogue entre Eve et le Diable, celui-ci ne ment pas: il annonce bien qu’ils seront comme des dieux, décidant le bien et le mal, et qu’ils ne mourront pas. Mais il séduit en opérant un glissement de sens et de valeurs. La réalité devient vérité. Et la réalité place l’homme dans une situation différente de celle qu’il avait imaginée ou espérée au travers des miroitements et des réfractions multiples de la séduction diabolique.
    Or, aujourd’hui, concrètement dans nos sociétés, qu’est-ce qui est le prince du mensonge ? La politique, et j’irai jusqu’à dire seule la politique. La France est divisée en deux blocs, absurdement, car nous savons bien en effet que l’un et l’autre sont à très peu de choses interchangeables, et que c’est réellement bonnet blanc et blanc bonnet. Mais ce nonobstant la France est divisée. Il y a des vaincus et des vainqueurs, par étiquette politique. Rien d’autre qu’étiquettes! Il y a impérialisme blanc et rouge, prêts à se faire la guerre. Et qu’est-ce qui pousse les peuples, qui en général n’en ont pas l’idée spontanée, droit à la guerre: la politique. Qu’est-ce qui amène des gars du Texas à aller tuer des Vietnamiens ? Et des gars d’Estonie à aller tuer des Afghans ? La politique seule, qui prétend représenter l’intérêt général, les intérêts collectifs, la patrie et tout le tintouin. Il y a bien sûr, de toute évidence des groupes et des clans qui ne s’entendent pas, et des tribus et des familles, et des corporations qui sont hostiles les unes aux autres, cela ne tire pas à grande conséquence, au pire, des vendettas. Mais quand ces intérêts locaux sont pris en main par la politique, alors ils deviennent représentatifs de l’intérêt général ! Alors on passe aux drames collectifs où les innocents paient pour les coupables. Et en vain on parlerait des intérêts économiques qui sont plus fondamentaux: sans la structure, la stratégie, les appareils, les idéologies, tous politiques, les intérêts économiques ne sont rien et ne changeraient pas grand-chose. C’est la politique qui conquiert (je veux bien au profit de l’économique) les colonies et les marchés, c’est la politique qui mobilise les hommes pour des guerres rendues inévitables par les intérêts économiques. Et ce n’est pas toujours exact que la politique soit mue par l’économique, mais même ainsi, c’est elle qui est le diviseur par excellence: c’est la politique (et non l’économique, comme on le croit trop souvent!) qui est productrice de la division en classes, et qui organise la lutte de classes. Voyez l’incroyable difficulté des partisans à sortir de la politique. Les syndicats y sont inévitablement ramenés. Et lorsqu’une pensée ouvrière se veut à la fois révolutionnaire et hostile à la politique, comme fut l’anarcho-syndicalisme, elle ne réussit pas et ne peut durer longtemps. « Les progrès » du socialisme se font par la voie politique et non par la lutte des classes économiques. Et les anarcho-syndicalistes condamnant la politique avaient parfaitement vu ce caractère de diviseur quand ils affirmaient que le syndicalisme ne doit pas entrer dans la voie politique, parce que celle-ci ne produit que des divisions, et qu’elle entraînerait inévitablement l’éclatement de la classe ouvrière en «tendances» diverses.

                                                                                                       A suivre...(demain)

                                                       Jacques ELLUL

  • DSK et mes jeunes par le P. Guy Gilbert

     

    DSK et mes jeunes

    Mes jeunes connaissent arrestations, menottes et paniers à salades.

    Très jeunes ils y sont habitués. C’est parfois très valorisant pour eux, surtout quand leur

    interpellation est publique et se fait dans leurs quartiers.

    J’ai toujours eu une tendresse instinctive pour les puissants de la terre, qui chutent.

    Passer des palaces et des ors à un commissariat menottes aux poignets, dans le cas de

    DSK, c’est l’opprobre mondial, une honte planétaire.

    Quoi qu’il ait fait, je pense à ce qu’il représente pour sa famille, son parti et sa vie de

    responsable. C’est une grande souffrance.

    Comment peut-on afficher ainsi le visage de celui qui est d’abord «présumé innocent» ?

    C’est le système de communication américain. Et il est putride.

    Rien d’autre à ajouter.

    Les medias pourront en rajouter à l’infini.

    Notre solidarité pour la victime, s’il y en a une, est notre priorité absolue.

    Pour celui qui est tombé dans l’abîme, la seule réponse d’un chrétien est la prière et la

    méditation de cette phrase :

    « On est toujours plus grand que ses fautes ».

     

    Guy Gilbert

     

  • A propos du dernier livre de Frédéric Lenoir

    Le dernier numéro du magazine "Le Monde des religions" de novembre-décembre 2010, pages 78 et suivantes, retranscrit le débat entre  Frédéric Lenoir (auteur d'un livre paru en avril 2010 et intitulé "Comment Jésus est devenu Dieu") et le théologien Bernard Sesboüé qui explique pourquoi il a publié le " Christ, Seigneur et Fils de Dieu" :

    Bernard Sesboüé : " J'ai d'abord voulu écrire ce livre en réaction à la médiatisation du vôtre [celui de Frédéric Lenoir]. J'ai trouvé cette dernière à la fois un peu facile et agressive, car la caricature de deux de vos affirmations y était mise en relief. Un : "Jésus n'a jamais prétendu être Dieu. Deux : s'il n'y avait pas eu les empereurs au IV ème siècle, le christianisme serait un peu vieille lune. Cela m'a rappelé le Da Vinci Code (...) "

    Voilà tout est dit. Je vous invite à lire cet échange très intéressant dans ce magazine.

    Personnellement je retiendrai de cet article la remarque (p.81)  du P. Sesboüé : " Le propre de la foi chrétienne consiste non pas à annoncer que Dieu existe mais à annoncer qu'il s'intéresse à l'homme ; que Dieu se penche sur lui et d'une manière particulièrement émouvante sous la forme d'un homme, qui affronte la condition humaine jusqu'à la mort. Au coeur de la foi chrétienne, il y a donc cette conviction que le Christ est le visage de Dieu. Voyant le Christ, nous voyons ce que c'est qu'être Dieu. Et à travers lui, nous sommes en communion avec Dieu. Si vous avez raison, et que Jésus n'est pas Dieu, l'édifice de la foi, l'édifice de notre communion avec Dieu s'effondre. Si Jésus n'est pas vrai Dieu, alors moi qui suis en communion avec Jésus, je ne suis pas en communion avec Dieu."

    Effectivement, chaque mot pèse très lourd quand on aborde la christologie. Et les conséquences sont infinies pour la foi des chrétiens.

    Chacun est libre d'écrire sa vie de Jésus-Christ mais il doit préciser que sa réflexion est strictement personnelle et n'est en aucun cas la Parole de l'Eglise sur le Christ. Seulement la parole d'un homme, en recherche.    

     

    Références des livres :

    "Christ, Seigneur et fils de Dieu" - Bernard Sesboüé, éd. Lethielleux 2010.

    autres livres du P. Sesboüé :

    http://search.alapage.com/search?a=15641648-0-0&s=bernard+sesbo%C3%BC%C3%A9&adv=0&x=54&y=3

    "Comment Jésus est devenu Dieu" - Frédéric Lenoir - éd. Fayard 2010